La poupée et le fauteuil (Extrait)

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J'écris pour m'amuser, flâner, rêver, voyager. Merci à Toutes et à Tous de votre visite  [+]

« Alors c’est vous la nouvelle !» s’entend-elle dire. Elle se retourne et voit un homme aux tempes grisonnantes assis dans un fauteuil roulant. Malgré la pénombre dans laquelle il s’est laissé volontairement, elle devine qu’il s’agit d’un bel homme, grand et distingué.

« Trois jours, je vous donne trois jours pour me détester. » Lui annonce-t-il d’un ton sec et cassant.

Sans s’émouvoir, elle retire son manteau, le suspend à un cintre du placard, dépose son sac au pied d’un guéridon sans forme, sans grâce, puis sans prêter attention à l’homme, visite la maison. Il la suit, elle le sent à chaque pas derrière elle.
Après une inspection sommaire mais cependant nécessaire, elle se met au travail. Elle commence par ouvrir la fenêtre de la chambre à coucher. Une bouffée d’air frais la saisit et lui fait beaucoup de bien. D’un geste rapide et énergique, elle défait le lit, entasse couvertures et draps sur la fenêtre et tape fortement les coussins. Puis, toujours sans regarder l’homme qui est resté près de la porte, elle remet en ordre la table de chevet et les quelques livres qui jonchent le sol. Après quoi, elle va dans la salle de bains où règne un désordre égal à celui de la chambre. Lui la fixe durement, épie ses gestes mais ne dit toujours rien.
Tout en nettoyant la robinetterie du lavabo elle lui demande ce qu’il souhaite pour le déjeuner. Il la dévisage et, appuyant fortement sur ses roues, lui tourne le dos. Elle hausse les épaules, le regarde indifférente s’éloigner et reprend son ménage.
Les reins brûlants, les bras et la nuque raides, elle fait une pause, et part se préparer un thé.
Adossée à la fenêtre, ses écouteurs rivés aux oreilles, elle examine la cuisine. C’est un vaste carré blanc du sol au plafond. Aucune décoration, juste deux étagères pour les plats et les assiettes, une machine à café, et quelques ustensiles rangés froidement sur un plan de travail luisant et impeccable. La porte agrandie pour laisser passer le fauteuil roulant donne sur le séjour dans lequel une table pour six personnes en palissandre épais attend bordée de ses six chaises. De cette maison, de ces murs, aucune chaleur, aucun sentiment ne transpire.
Elle boit son thé à petites gorgées, comme pour tuer le temps.

« Ma femme est toujours pleine d’attention lorsqu’il s’agit de se débarrasser de moi ». De surprise, elle serre fortement sa tasse qui manque de lui échapper des mains. Jean-Yves Fabroux est là, ses longues mains blanches posées prétentieusement sur ses genoux. Elle le regarde avec étonnement, car un court instant, elle l’avait oublié.

« Bon, vous me répondez. Que voulez-vous pour midi ? » Lui demande-t-elle d’un ton sec. Et sans attendre la réponse, le frôle et s'en va aérer le séjour.
Du fond de son fauteuil, Fabroux lui crie « Partez, laissez-moi, allez vous-en ! ». Mais elle reste stoïque et sort dans le jardin, bien décidéd à accomplir la tâche pour laquelle elle est payée
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