La Pierre et le Cerf-volant

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Depuis trois jours il neige sur Kaboul, je vais rejoindre mon amie, j’ai quelque chose d’important à lui dire.
Non, pas par téléphone.

Le taxi glisse dans les rues de boue et de neige mêlées, dans les faubourgs populaires de cette ville qui nous a vu naître.

Heureusement, et je mesure mon travail et ma chance d’avoir pu faire ici quelques études supérieures, je suis admise en faculté de droit ; mais il ne s’agit pas de ça.

Mon amie, tiens bien ma main et pour l’instant ne la lâche pas, j’ai osé aimer pour la première fois, quelqu’un qui ne le mérite pas et j’en porte déjà les stigmates en mon ventre. Ici, ça ne pardonne pas.

Ô mon amie, par ma main ou celle de mon père, je risque de disparaître car je n’ai pas le choix, et celui à qui j’ai donné aussi mon âme, m’a trahie.

Pleure avec moi mon amie ; mon père se déchaînera sur la famille, m’enfermera dans la petite pièce où l’on range le bois, j’aurai faim, j’aurai froid. Je verrai les larmes dans les yeux de ma grand-mère, mais elle, il ne la frappera pas.

Elle subtilisera la clé de la pièce où je suis prisonnière, mais je le suis de toute façon déjà. Elle me portera sans doute mon dernier repas, puis de quoi me réchauffer...

Pourtant, désespérée, ne voyant aucune issue à ma détresse, je laisserai brûler tout le bois ; la fumée et les flammes envahiront tout autour de moi. Mais n’aie crainte, je mourrai sûrement avant de ne plus pouvoir respirer.

Je fermerai les yeux, je penserai très fort à toi, à ma mère, et à tous les ciels si bleus dans la vallée de Kapisa, bien plus beaux que le bleu de nos burqas.

A toutes celles disparues pour moins que ça, qui n’ont pas eu la même chance que moi.

La neige a cessé, la boue l’a remplacée.

Où que je puisse me trouver et avant que la dernière minute ne sonne,

Etre convaincue que seul Dieu pardonne.

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