La pétoche de Malo

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L’impact des gouttes sur le métal rempli de stupeur Malo qui traînait dans le coin avec son vélo (il s’essayait à faire des dérapages contrôlés... contrôlés, pas toujours, car il venait de se prendre une sacrée gamelle, et tout endolori, les genoux en sang et le pantalon déchiré il se relevait avec peine en pensant à la colère de sa mère « tu ne peux pas faire attention ! ».
Un seau posé là, par hasard, lui évita de s’écraser contre le mur, sans son casque oublié une fois de plus. Il aurait pu finir là, sa vie de cascadeur cycliste !
Mais la vue du seau sauveur le glaça d’effroi lorsqu’il réalisa qu’il y gouttait des larmes de sang. Le sien ne fit qu’un tour, ses yeux sortirent de leur orbite, ses cheveux se dressèrent sur la tête, il hurla de peur et d’épouvante...
La trouille au ventre, il emporta le seau dans lequel gouttaient les couteaux ensanglantés. « C’est moi qui ai l’arme du crime, je vais la cacher, et les assassins ne pourront pas la retrouver » se dit-il ! En chemin, il abandonna la seille trop difficile à cacher, et plia dans son sac de sport la lame des tueurs. Il remisa en catimini au fond du garage son vélo à la roue voilée, et se glissa en douce dans sa chambre, se doucha, se badigeonna d’éosine et enfila son pyjama. « J’ai mal à la tête et n’ai pas très faim, on s’est gavé de crêpes chez Yann, déclara-t-il. Je préfère me coucher de bonne heure ce soir, j’ai un contrôle de math demain matin. »
Sa nuit fut peuplée de cauchemars, une silhouette sombre lançait des couteaux sanguinolents qui s’abattaient sur lui comme la grêle sur la plage. Il plongeait dans une mer écarlate, un cormoran l’emportait puis lui crevait les yeux. Un ouragan se leva et l’engloutit dans une spirale de feu.
À la récréation, il attira Yann dans les toilettes. Sous le sceau du secret Malo raconta à sa manière l’épopée de la veille. Il le fit jurer sur le livre d’histoire (ils n’avaient pas de bible) de garder le secret et de ne rien avouer à quiconque l’interrogerait : « Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer ! » Comprends-moi, j’ai la pétoche ! j’ai assisté à un meurtre épouvantable, des tueurs me recherchent, et j’ai emporté l’arme du crime, résuma-t-il. Devant l’air sceptique de son ami, il sortit le couteau maculé de sang séché qu’il avait pris soin de d’entourer de papier transparent, au cours de la nuit : « c’est pour les empreintes, on ne sait jamais... »
— Mais en fait, qui est mort demanda Yann ? Tu ne peux pas me le dire ?
— Je ne l’ai pas vu, ! les assassins l’ont emporté dans leur voiture pour l’enterrer ou le noyer dans le lac. Si tu avais entendu ses hurlements, c’était horrible. Mes poils se dressaient tout seuls. Tu sais les exterminateurs envoient toujours quelqu’un nettoyer la scène de crime, alors ils ont laissé l’arme dans le seau pour qu’un autre vienne les faire disparaître. Ils vont être bien surpris de ne pas retrouver le seau plein de sang et le couteau.
— Combien ils étaient ?
— Au moins trois, tous habillés de noir avec de grands chapeaux mous. Brrr ! C’était un carnage. Je les ai vus de loin, mais il semblait peser lourd ce corps, car je les entendais souffler comme lorsqu’on fait des efforts, c’était peut-être un homme costaud qui a été tué. Un gros sans doute.
— Tu inventes des histoires, personne n’en a parlé aux informations !
— Et le couteau, et le seau, c’est des blagues tout ça, s’énerva Malo.
— Il faut le dire à la police, insista Yann.
— Tu es fou, je suis en danger, et toi aussi maintenant que tu le sais. Lorsqu’il ne trouvera pas son couteau il va le chercher il nous retrouvera et nous poursuivra. Les assassins ont toujours des tas d’armes, tu sais bien.
— Il faut se débarrasser du couteau, on le jette à la mer, ou dans un puits.
— Non on l’enterre...
La fin de la récréation sonnait et mis fin à la discussion.
Dans la cabine voisine, quelqu’un n’avait perdu aucun mot de la conversation. Gwendoline, vexée d'être mise à l'écart par ses amis et intriguée de les voir s’enfermer dans les toilettes, les avait suivis.
— Ah, les voyous, je vais les dénoncer, car si c’est un fou qui a fait ça nous sommes tous en danger. Malo est vraiment stupide, il est mort de trouille devant sa bêtise. Il faut toujours qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas.
Et la voilà partie chez la directrice.
Pendant ce temps sur le lieu du délit Loïc Boutreau était inquiet. Il était certain, selon ses habitudes, d’avoir posé son couteau dans le seau de métal prévu à cet effet, il devait encore avoir la lourde tâche de tout nettoyer. Aucune trace ne devait rester, c’était son contrat. Mais voilà, où était passé ce fichu seau ! Il était persuadé d’avoir tout rassemblé après son forfait, il ne devait pas traîner pour faire place nette et ce seau il devait le retrouver à tout prix. On le payait pour ça, et on le payait bien ! Il augmentait ses gages au fil des demandes. Son travail était toujours soigné, sans traces. Pour résumé, Loïc Boutreau était tueur, un tueur célèbre dans la région.
Il avait bien choisi son heure, tout le monde était devant la télé à regarder le match de foot, même les femmes et les mioches y étaient, vous pensez Brest contre Guingamp, ça ne pouvait pas se rater. Vingt ans de métier risquaient de s’envoler en fumée à cause d’un maudit seau qui disparaissait. Il fouilla la grange de fond en comble, rien. Tout était net et avait repris son aspect habituel. Il était très soigneux dans sa pratique et travaillait seul pour éviter les bavures. Mais ce foutu seau lui fichait la trouille... surtout lorsqu’il finit par le retrouver dans le fossé près du champ du maire. Le seau était bien là... mais la panique le prit... il était vide ! Quelqu’un l’avait vu, avait emporté les couteaux et allait le dénoncer. Il était anéanti. Se trouvait grotesque devant cette situation absurde. Il portait toujours de gros gants pour travailler, mais une empreinte pouvait se glisser là où l'on ne l’attendait pas. Il fallait qu’il disparaisse avant d’avoir le pays en émoi.
Madame Nedelec, la directrice de l’école primaire Marie Curie à Ploumasiou, n’en croyait pas ses oreilles. Les accusations de Gwen la consternèrent, il lui fallait agir. Des enfants, dans son établissement, jouaient avec des couteaux qui auraient servi à commettre un crime. Gwendoline fut consignée dans son bureau, et elle se dirigea vers la classe de CM2 où devaient se trouver les deux crétins.
— Elle murmura quelques mots à l’oreille de Madame Legoff, qui sembla atterrée et pria Malo et Yann de la suivre avec leurs cartables.
En traînant les pieds, ils obéirent ne voyant pas d’autres solutions, ils étaient encadrés par les deux professeurs.
— Videz-moi vos sacs jeunes gens !
La peur au ventre personne ne bougea. Madame Legoff empoigna le sac de Yann et le renversa sur le bureau... rien d’anormal, malgré bien des choses inutiles pour les cours, mais rien de répréhensible. Par contre Malo avait changé de couleur. Il passait du rouge au violet, puis devint livide lorsque Madame Nédélec empoigna sa besace.
– Non, madame, ne faites pas ça, je vais tout vous expliquer, hurla-t-il. Je vais me faire tuer si vous me dénoncez à la police, ils vont nous prendre en otage, brûler l’école...
— Tu vas d’abord t’expliquer mon bonhomme, et vider ton sac.
Malo, en larmes raconta son odyssée, en rajouta un peu, beaucoup, un peu trop même.
Les deux enseignantes se regardèrent, et laissant les enfants dans le bureau, se glissèrent dans la salle des profs.
— Il a dû croiser Loïc qui allait tuer un cochon non déclaré chez les Brédec, et l’imagination fertile de Malo a fait le reste. Une punition est méritée, mais adaptée à la situation, sinon tout le village se retrouve en prison et le pauvre Loïc aussi.

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Arlo G · il y a
À L'AIR DU TEMPS est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Bonne journée de la part d'Arlo.
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Naliyan · il y a
Ah, l'imagination fertile des enfants... original :)
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Keith Simmonds · il y a
BRavo pour de Bon texte bien escrit...mes votes et je vous invite a soutenir mon Kidnapping, MErci.
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Kyou · il y a
les gamins ont une belle imagination... comme vous!
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Geny Montel · il y a
Encore à temps de voter pour votre texte Henriette ! Bravo !
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Philshycat · il y a
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Henriette Delascazes · il y a
Merci à tous ceux qui ont voté pour moi, et qui ont eu la gentillesse de me laisser un petit message.
Je vais voter moi aussi et surtout vous lire;
Bon Week end
Henriette Delascazes

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Utilisateur désactivé · il y a
Mes votes au maximum de mes possibilités. Bravo pour votre texte que j'ai apprécié et bonne chance.
Mon texte, " Maudit roman" est en course, si vous voulez le lire.

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Chantane P. · il y a
mon vote pour une histoire particulière qui marque combien un gamin est capable du pire, bravo et bonne chance
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Thara · il y a
Scotché, par votre récit...
Le délit découvert (et sans aucun doute répréhensible), n'est pas celui que croyait Malo !