La petite fille et la tourterelle

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Calme et amoureuse de la vie, je suis une tricoteuse de rêves pour petits et grands ... tout simplement  [+]

Image de Été 2018
Enfant, dès les premiers beaux jours ma grand-mère m’emmenait très souvent au square. C’était un lieu apprécié des mamans et des mamies parce que paisible et sans danger pour les enfants. Des aires de jeux y avaient été aménagées autour desquelles sur les bancs ces mêmes mères et grands-mères s’asseyaient pour bavarder en jetant un œil sur leur tendre progéniture. J’étais sensée m’y faire des amis. Mais à vrai dire, j’étais un peu timide et réservée si bien que je préférais la compagnie des tourterelles. J’y emportais donc systématiquement un petit sac de pain dur et m’asseyais un peu à l’écart de l’agitation. Les tourterelles arrivaient très vite à mes pieds et virevoltaient au-dessus du pain que j’égrenais. Elles se chamaillaient, se disputaient, revenaient à l’assaut de chaque miette lancée. Un jour, l’une d’elle, un peu plus petite que les autres sans doute parce qu’elle était encore toute jeune, se cogna malencontreusement contre un réverbère. Elle chuta, assommée. Je me précipitai auprès d’elle, confuse à l’idée que j’étais responsable de cet accident. Elle gisait sur le sol, petit corps fragile et blanc. Je la pris dans le creux de mes mains et commençai à la caresser. Je sentais sa poitrine se gonfler au rythme de son cœur ; le mien lui répondait à l’unisson, soulagée à l’idée qu’elle n’allait peut-être pas mourir. Je la gardai longtemps ainsi auprès de moi. Enfin, elle ouvrit le bec et s’envola de mes mains.
Les jours qui suivirent correspondaient aux vacances de printemps ; passant plus de temps que d’habitude chez ma grand- mère, je devins une habituée du petit jardin. Je revis très souvent ma petite tourterelle, elle était devenue ma protégée ; elle guettait mon arrivée perchée sur une branche toute fleurie d’un cerisier du japon... un petit cœur blanc parmi les fleurs roses. Elle attendait que je m’installe sur le banc et m’observait de ses deux yeux ronds emplis de douceur. Nous échangions des regards, des miettes de pains contre des caresses ; elle était devenue la compagne de mes lectures. Les vacances ont passé, je me suis fait finalement une amie avec qui je partageais mes livres et mes rêves, mes fous rires et mes courses folles dans ce petit square. J’ai fini par délaisser la petite tourterelle. Puis l’école a repris et la vie a continué.
Ma grand-mère, quelques mois plus tard m’a demandé si je voulais l’accompagner de nouveau au petit jardin. J’ai accepté. L’automne était là avec ses couleurs chaudes et sa lumière orangée. Nos bavardages nous conduisirent jusqu’au cerisier ; et là je remarquai parmi les premières feuilles tombées, une fleur d’une blancheur sans pareil. Je me penchai pour d’avantage l’observer : deux pétales ailés s’ouvraient, comme deux bras tendus. En leur naissance, un troisième, plus ramassé, dessinait un bec d’oiseau. J’y reconnus ma tourterelle. A force de m’attendre, elle avait pris racine. Des larmes coulèrent de mes yeux et glissèrent au cœur de la petite fleur blanche.
C’est alors, que dans un léger murmure , je la vis s’envoler.

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