La page blanche

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Hantise de tous les écrivains depuis la création du papier blanc, cette page vide effraie tout auteur non inspiré (ou tout élève n’ayant pas assez révisé une évaluation). Elle provoque un vertige angoissant, une sensation terrible que tout écrivain a connu dans ses débuts, au moins. Cette première page blanche de papier recyclé (car bien sûr, vous utilisez du papier recyclé ou venu de forêts gérées durablement) sera souvent froissée, jetée dans une corbeille. Chaque année, les poubelles des grands écrivains regorgent d’embryons de best-sellers qui ne connaîtront jamais le succès qu’ils auraient pu avoir. Les concierges chargés de vider les poubelles des romanciers pourraient gagner plein d’argent rien qu’en fouillant dans les corbeilles à papier. Pauvres romans, recueils de poèmes et autres chefs-d’œuvre qui ne verront jamais les regards émerveillés des grands lecteurs à travers une vitrine de librairie.
Malheureusement, l’angoisse de la page blanche se pourrait de disparaître, de plus en plus d’écrivains quittant la plume, le stylo ou même la machine à écrire pour les ordinateurs. L’angoisse de la page blanche va donc se transformer en “angoisse des pixels blancs”. Heureusement, les mauvais élèves resteront à perpétuer cette tradition en rendant page blanche à la place d’une rédaction au subjonctif présent ou d’un développement construit sur l’importance du règne d’Henri IV.
La page blanche peut être très démoralisante, du vide à la place d’un récit palpitant mettant en scène des êtres fantastiques ou des policiers ne parvenant pas à mettre la main sur un serial killer ou alors très inspirante, du papier, des lignes à remplir d’histoires d’amour ou de vers rimant poétiquement. Cette page blanche peut aussi être le sujet d’un court récit. Par exemple, il y a une nouvelle très farfelue qui s’appelle “La page blanche” qui ne parle que de la page blanche.
La page blanche est donc : pour les écrivains effrayés par leur métier, une angoisse qui leur donne de quoi passer des nuits blanches ; pour les écologistes, un morceau d’arbre coupé blanchi au chlore ; pour les informaticiens, un ensemble de pixels sur un écran ; pour les peintres optimistes, un support pour exprimer le bonheur du printemps enfin revenu ; pour les professeurs, une copie en moins à corriger et pour les écrivains farfelus, un sujet pour écrire une nouvelle.
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