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Là où le réel et l’irréel se mêlent.

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Esther Ka

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Il était un univers dessiné dans les cieux bleutés que seuls des êtres hors du commun pouvaient voir à travers les nuages. Peu nombreux étaient les humains possédant ce pouvoir de regarder dans les rêves.

Esther, habitait une grande ville surpeuplée, dans un pays aux multiples facettes. Des concentrations de population jouxtaient des larges plaines vides et arides. Au-delà, elle pouvait apercevoir, lorsque la pollution ne cachait pas l’horizon, une longue chaîne montagneuse aux sommets parfois blanchis par les neiges. Elle savait que derrière cette barrière, il existait un océan bleu et infini. Lors de quelques une de ses périodes de voyages, Esther avait traversé ces différents paysages, rencontré d’autres images.

Et dans son esprit où le réel et l’irréel se mêlent, ses rêves l’ont porté et emporté sur les rives d’Un Autre Ailleurs.

Voilà quelques mois qu’elle n’était pas partie en voyage, l’hiver touchant à sa fin, lui donnait l’envie de reprendre son sac. Partir les yeux levés vers le ciel, toucher l’irréel.

Esther n’avait pas grands préparatifs à organiser, peu de personnes à prévenir, c’était une jeune femme si discrète que son absence ne se remarquerait guère. Un petit mot sur la boite mail de la bibliothèque pour leur signaler qu’elle ne viendrait pas de quelques temps, et tout serait réglé. Elle n’avait pas de contrat à proprement parlé avec la ville, c’était un petit boulot comme un autre, qui lui permettait de survivre dans cette société commerciale.

Ce matin là, après avoir vérifié surtout qu’elle n’oubliait pas le foulard de soie aux multiples couleurs qui l’accompagnait toujours, elle referma la porte de son appartement et partit.

La sortie de la ville lui prit du temps, la circulation, les embouteillages, la cohue des marées humaines se déversant des bouches de métro fumantes en ce premier soleil de printemps. Mais cela ne la décontenança pas, elle savait où elle allait.

Ou plutôt, son esprit dirigeait ses pas, inconsciemment ou en conscience, ce n’était plus son corps qui la mouvait, mais bien cette différence que possèdent les êtres hors du commun, ceux que l’on nomme :

Les êtres purs.

Il lui fallait atteindre les montagnes, Esther connaissait déjà cette route. A chaque fois, ses pas la poussaient un peu plus loin, un peu plus près de la limite d’un horizon que seul son esprit lui dévoilait. Et depuis plusieurs nuits, de plus en plus omniprésent dans ses rêves, elle voyait cet arbre rose, ce cerisier fleuri. Tel un gardien, il cachait derrière lui, une sombre forêt sous un ciel immense aux nuages blancs.

Cette image brillait dans les pensées d’Esther depuis quelques semaines. Elle avait fait quelques recherches à la bibliothèque, car, dans ses précédents voyages, elle ne l’avait jamais même à peine aperçue dans ses horizons irréels.

Il y avait quelques textes, très courts qui en parlait, un immense cerisier rose ceinturé d’une rambarde de métal brillant, une pente verdoyante se déroulant à ses pieds, il était là, fier et fort à la fois. Le gardien d’un autre monde, L’emblème d’Un Autre Ailleurs.

Grâce à son travail à la bibliothèque, Esther avait pu en lire sur cet univers. Elle n’était pas seule, quelque part, d’autres êtres purs recherchaient aussi ce monde où le réel et l’irréel se mêlent. Une quête de millions d’années, des textes très anciens, toujours inachevés, personne ne pouvait définitivement raconter ce qu’il était. Ces êtres purs avaient tous en eux, cette certitude, Un Autre Ailleurs n’était pas que dans leur cœur.

Enfin sortie de la ville, elle pu sentir sur ses épaules le relâchement de l’étau des hautes tours. Le ciel se découvrait, elle pouvait voir le bleu cinglant de son immensité, éclaire par un soleil pur. Plus de relents nauséabonds, juste l’air frais de la liberté.

Passées plusieurs heures, la fatigue commença à alourdir ses jambes, il lui fallait trouver un refuge pour la nuit. En ces contrées quelque peu désertées par les populations, il y avait encore des chaumières accueillantes dans lesquelles on pouvait trouver de quoi dormir un peu et manger.

Esther poussa la porte grinçante de l’une d’entre elles. Celle-ci se situait en contrebas d’un chemin, tout près d’une rivière chantante. Le cadre était idyllique pour un être comme Esther. Là, elle pourrait se ressourcer et méditer. Une fois reçue par ses nouveaux hôtes, elle s’installa sur les racines d’un saule au bord de l’eau claire.

La douce musique de l’eau glissant sur les rochers submergés, le souffle de l’air portant les odeurs fraîches des plantes aquatiques, tout était réuni pour Elle. Et c’est ainsi que ses paupières se fermèrent.

L’esprit endormi d ‘Esther prit place dans son cœur, et son corps délaissa ses tourments pour se fondre en une seule et unique entité : L’être pur qui brillait au fond d’elle.

Le voilà devant ses yeux mauves, lui et sa fière allure. Esther n’avait pas peur, c’était plus un soulagement de pouvoir enfin s’en approcher, l’apprivoiser. Le grand cerisier aux fleurs roses, sans hâte, elle grimpa les quelques mètres qui les séparaient et posa doucement les mains sur le tronc rugueux.

Esther sent les millénaires qui l’ont vu grandir, traverser l’empreinte de ses doigts, venir irriguer son corps, racontant toute l’histoire.

Jeune pousse aux bourgeons entrouverts, il fut porté par le souffle des vents au sommet de la colline verdoyante.

Ses racines s’enfoncèrent dans le sol et s’insinuèrent vers le plus profond de la Terre, là où le magma bouillant donne sa force à la Nature, celle qui peint les mondes...

Mais tout ceci n’est peut-être pas un rêve, Esther...

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