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La moustache de Brautigan

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Victor Vixou

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Il s'était levé un matin avec son sourire qui répondait aux abonnés absents.
Il sortit de son lit pour se rendre dans la salle de bain où il resta planté une bonne dizaine de minutes devant la glace. Il ne voulait pas y croire. Sa bouche ressemblait à un cul de poule béant sans son sourire.
Pour cacher son absence il décida de se laisser pousser la moustache et de ne plus se raser tant qu'il ne serai pas revenu.
Parti. Envolé. Dézingué à Pearl Harbor par un Japonnais kamikaze qui venait de se taper une bonne partie du Pacifique pour s'écraser contre le coin de sa figure. Peut-être.
A la place de sa bouche on trouvait un cul de poule béant, un rond d'interrogation qui s'est transformé en une mare mélancolique quand les larmes de toutes les filles qui n'auront jamais de poèmes écrits pour elles sont venus y trouver refuge. Pour cacher tout ça il a décidé de se laisser pousser la moustache. Une vraie, une blonde, fournie et tombante à souhait, qui lui donnait l'air d'être sorti tout droit d'une autre époque.
L'histoire pourrait s'arrêter là. C'est vrai, des moustachus ce n'est pas une chose si extraordinaire à la fin. Pourquoi pas un livre sur les barbus? Et un essai sur les rouflaquettes tant qu'on y est? Soyons sérieux tout de même!
Oui mais voilà sa moustache acquit très vite une grande renommée. Où qu'il aille, quoi qu'il fasse, et surtout quoi qu'il écrive elle le précédait toujours de plusieurs bons kilomètres.
« Tiens voilà la moustache de Brautigan qui se ramène, entendait on souvent dire au détour d'un bar, au coin d'un café. Hé, la moustache de Brautigan, qu'est-ce que tu nous a encore inventé? J'te paye une bière et tu me racontes? ».
Il venait de disparaître derrière ses bacchantes et il en devenait de plus en plus mélancolique et son sourire s'éloignait de plus en plus mais il avait décidé qu'il ne se raserait que lorsque il serait revenu, son sourire.
Au bout d'un moment la mare a débordé à force de mélancolie et trop c'est trop, on ne va pas se laisser effacer par quelques poils quand même! Il a mis sa moustache dans un avion et il est parti voir ailleurs si son sourire n'y était pas, si par hasard il ne se serait pas noyé quelque part dans le Pacifique entre le Japon et le Montana.

Aujourd'hui c'est son enterrement.
Tous ces amis sont réunis autour du cercueil avec une seule question en tête. Une seule.
Et si personne n'ouvre ce foutu cercueil ils ne sauront jamais si, oui ou non, il l'a gardée jusqu'à la fin, sa putain de moustache.
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