La mort, sa non-vie, son oeuvre

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Auteur pour Nectar d'Acide (compagnie de théâtre toulousaine). Théâtre à disposition sur http://theatreajouer.f  [+]

Mesdames et messieurs bonsoir et merci d'être venus si nombreux pour cette conférence intitulée, comme vous le savez : « La mort, sa non-vie, son œuvre ». Nombreux sans doute sont ceux, parmi vous, qui sont venus ici par curiosité aussi vais-je entreprendre un bref résumé de nos connaissances globales sur la mort avant d'entrer dans le vif, ou plutôt le non-vif, du sujet. Les autres me pardonneront j'espère cette incartade au programme.

Il y a débat sur l'origine de la mort. Certains, la considérant comme la non-vie, affirment qu'elle est présente dès l'origine de l'univers et du temps, voire avant. D'autres, la considérant comme le terme de la vie, avancent que l'univers était précédemment dans un état neutre et que ça n'est qu'à l'apparition de la vie que la mort est née. Vous connaissez tous ces théories de la soupe primitive dans laquelle le glycéraldéhyde, le cyanamide, le cyanoacétaldéhyde, le cyanoacétylène et le phosphate inorganique forment du 2-aminooxazol qui, évidemment, se transforme en ribose et cytosine liés, puis, comme chacun sait, en acides cytidylique et uridylique. Je ne m'étendrai donc pas sur le sujet.

Que ce soit l'une ou l'autre de ces possibilités, la mort est toujours mal considérée.

Soit elle est l'aïeule de tous et toutes, la matriarche éternelle, dont la gloire est pourtant totalement absorbée par la gesticulation grotesque de quelques pauvres acides nucléiques qui font leurs marioles en se transformant en proto-cellules, et qui, bien que rappelés à la sagesse par leur mère-mort, et non pas leur mer morte, continuent leurs pitreries jusqu'à, quelques années plus tard, enfin quelques milliard d'années plus tard, s'esbaudir de leur propre capacité à amuser la galerie, galerie qui n'est finalement composée que d'eux-même. Ainsi, le vivant étant affreusement plus bruyant, agité et curieux, là où le mort est plus serein, sage et indifférent, le premier se targue toujours d'être meilleur que le second et le second laisse faire. Que la jeunesse s'amuse tant qu'elle le peut, qu'elle rie bien maintenant, car, à la fin, personne ne rira. La mort sait bien qu'elle reprendra ses droits et que la vie, si rebelle fut-elle, finira par rejoindre ses rangs.

Et si elle n'est pas cet aïeule mille milliard de milliard de fois millénaire, elle est la petite sœur incomprise vivant dans l'ombre de sa jumelle, la cadette de quelques nano-secondes, timide, réservée, sombre diraient certains. La vie, exubérante, est une créatrice, tout le monde est très fier d'elle et la regarde avec admiration tandis que la pauvre petite mort, dans son coin, qui ne sait rien faire de ses dix doigts n'a d'autre choix pour attirer l'attention que de donner des coups de pied dans les constructions de sa sœurette. On lui crie alors dessus, on la maudit, on la tance et s'énerve contre elle. Alors, cette pauvre petite créature, qui n'intéresse personne quand elle est sage, pleure, geint et retourne dans son coin de ténèbres en jurant qu'elle ne recommencera pas. Mais elle ne peut pas ne pas recommencer, car la solitude lui pèse, et, au fond d'elle, très profondément caché, il existe un secret qu'elle ne dévoilera pas. Elle adore être la fauteuse de troubles, elle adore être grondée. Si c'est toute l'attention qu'elle peut avoir, très bien ! Elle s'en contentera. Chaque fois que sa sœur essaiera de produire quelque chose de nouveau, elle le brisera. Jusqu'à ce qu'un jour, lassée de ses caprices d'enfant, mais toujours pleine de haine contre sa sœur, elle ne décide de tout revendiquer comme sien, en ruinant tout ce que sa sotte de sœur aura mis tant d'énergie à créer.

Aussi, mesdames et messieurs, je vous enjoins à ne plus juger si durement la mort. Certes, elle est soit une vieille rabougrie et grincheuse, soit une petite peste, et n'inspire pas l'amour de prime abord, mais enfin, n'avons-nous toujours pas retenu cette leçon ? On n'accorde pas son amour, on le donne, sans critère. C'est ce qui différencie l'amour de l'estime. Alors n'estimez pas la mort si vous le souhaitez, du reste, elle ne mérite pas notre estime, mais aimez-la. Aimez-la et peut-être sera-t-elle plus clémente avec nous.

En ces temps troublés, la clémence est l'espérance à laquelle nous aspirons.
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