La Marilyn-Poupoupidou

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Bonjour à vous ! Merci pour vos visites et vos commentaires même négatifs, argumentés, non pas pour démolir, et ceci pour avancer dans l'écriture... J'aime aussi, en fonction de mes  [+]

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Deux ans plus tard.
Face à cette Covid, ses variants, les vaccins plus ou moins efficaces, ses re-variants, les re-doses, un certain Brett Sinclair, chercheur américain, nous fait part de son innovation pour se protéger de ces boulettes aux embouts en forme de trompettes. 

Rue de San Francisco, homme portant moumoute s'exprimant au Vingt heures :
« Ecoutez, le vaccin H.I.V. on l'attend depuis quarante ans, mais il vous suffit de porter la perruque ‘‘Marilyn-Poupoupidou'' et de la porter tout le temps et vous retrouverez une vie normale. » (1)

La Marilyn Poupoupidou, la chevelure blond platine de Marilyn dans Certains l'aiment chaud, de Billy Wilder (1959). 
Ce chercheur nous explique que cette crinière aspire par le haut du crâne les gouttelettes de salive grâce à de l'électricité statique produite par les fibres de kératine artificielles. 
Les bouclettes sur les côtés retiendraient les gouttelettes ; et la couleur argent de la marque Collargol, la même utilisée par Jayne Mansfield, les rendrait inoffensives en agissant comme un anticorps.
On pourrait se passer des masques, du gel, baiser avec des inconnu.e.s, voyager, et faire pleins de câlins auprès de nos anciens.

Branle-bas de combat. Le monde en déconfinement.
Littoral chinois en mode fabrication de moumoutes à teinter, réquisitions de porte-conteneurs déroutés depuis Suez et Panama, direction Shanghai, embouteillages cotons dans le détroit de Malacca.
Il s'en passe des choses en janvier 2024. Depuis les plateformes portuaires, distributions gratuites via les grues, de perruques à blanchir toutes financées par les États, du plus nanti au plus fauché.
B.C.E., F.M.I en sourdine, sécurité oblige et néo-libéralisme rangé au fond du placard.

France. 
Bataillons de facteurs en mode Jour de Fête en milieu rural. Distributions via les bicyclettes et coups de sifflets à tue-tête. De grands échalas, casquette et buste droits, ils pédalent à coups de : "Ogho ! Ogho !", rapidité, rapidité ; à l'arrière, des cris d'animaux : chiens, poules, vaches, cochons. Des « tournées à l'américaine » pour une distribution à la volée ; efficacité, rentabilité.

Tutoriel de Sibeth Ndiaye diffusé sur le Net.
Un : cheveux tirés à l'arrière. 
Deux : mettre le capuchon. 
Trois : appliquer la colle. 
Quatre : fixer la perruque. 
Et la vidéo se termine par : 
« Et vous savez quoi, moi, je sais utiliser la Marilyn-Poupoupidou. »

Relance de l'économie : Librairies, compagnies aériennes qui redécollent, salons, drogueries qui se font tout un beurre pour de la couleur argent Collargol, et files d'attente devant les vitrines des pharmacies :
« De l'eau oxygénée ! Du Vingt volumes pas moins, je vais lui faire une coloration intense à ma Marilyn. »
Dans les sacs à main, sacoches, poches et dans les revers des manches, un flacon de poudre blanche ; camoufler les dérapages jaune pisseux.

Sinon ? « Vous n'êtes n'est pas bien protégés et il faudra vous re-confiner. » Selon le gourou Sinclair devenu bien plus riche que Jeff Bezos. « Remets de la poudre, arrange tes boucles, rajoute des barrettes, fais comme il a dit Sinclair et tout ira pour le mieux. »

Son dogme. 
Coloration Collargol tous les deux mois, passage à la machine à soixante degrés une fois par semaine, et chaque matin, boîte d'épingles, bigoudis, vingt minutes sous un casque avec Télé Z, petit coup de laque Master, cela suffit largement pour sortir couvert et passer pour un sex-symbol.

Écouvillons dans les groins, buée sur les lunettes, masques, bavettes, visières, et pistolet braqué sur le front, tout ça, c'est derrière. 

Faillites en cascades chez les fabricants de gels hydro-translucides ; artistes qui peuvent jouer, tourner ; enseignants plus obligés de tester des trucs, machins, bidules pour leur télé-école ; hôpitaux qui libèrent des charrettes, il était temps ; personnel médical libéré de ces suppléments covidés et priorité à ceux qui chialaient devant Romy et La Petite Maison dans la Prairie. Les patients à fragilités psychologiques font leur "tournée" dans les médias. Ils s'expriment enfin, toussent, se mouchent, éternuent, s'injectent même du spray nasal sans éveiller une quelconque paranoïa.
Oui, c'est l'hiver.

Une semaine à peine après l'annonce miracle, ces médias faiseurs de tracas, font un silence total sur les tueries, drames et autres fracas. Fin des bilans contaminations-hospitalisations-réanimations-décès, reportages sur les fêtes, kermesses noubas en lien avec les distributions de la Marilyn-Poupoupinette ; opportunité pour se rendre encore un peu plus pompette.

Par ce remède, les termes gestes barrières, distanciation physique, cluster, confinement, couvre-feu, respirateur, intubation, dé-mondialisation, et dette indolore disparaissent du présent pour rejoindre l'Histoire.

La ‘‘Poupounette'' entre dans le langage courant et notre vie quotidienne :
« Lave ta Poupounette ! N'oublie pas ta Poupounette ! »

Partout, de nouvelles gueules qui incitent à de nouvelles dégaines.
Au turbin, à l'école, dans les trains, restaus, bars, cinés, théâtres, boîtes de nuit et même dans les EHPAD, des visages rehaussés par un blond dégradé - du blond-Champagne au blanc taie d'oreiller -, il vient de se propager à une vitesse grand V. 
Mais plus encore, une lumière dans les yeux, front lisse, traits détendus, corps en mouvements. Et il et elle deviennent un peu ELLE.

Paris. 
Sur les trottoirs, des crottes à chihuahuas et le retour de doigts cradawas, mais avant tout des hugs, de vrais hugs, comme s'il en pleuvait.
Mains masseuses sur les épaules, bisous dans le cou, coups de langues sur les joues, et au sous-sol, des chenilles argentées en mode "collé-collé" ; un vrai Big Bazar ces couloirs carrelés de la R.A.T.P. 

Ah cette perruque mise en plis bouclée ! Boucles lisses fixées par de la laque de la marque Master, et faire l'amour, baiser, chanter, danser, se disputer et même dormir sans se décoiffer. 

Dès le réveil, front dégagé, teint tonique, enfin un visage dans sa totalité qui reçoit la lumière.
« Tiens, tu souris ! Et on fait quoi ce soir ? Un théâtre ? Un ciné ? La côte de Boeuf ? Je la veux saignante. Pas mal finalement notre nouvelle voisine du dessus. »


Rappel sur la coiffure de Marilyn du temps de I wanna be loved by you et de son "Poupoupidou" : frisures naturelles, carré en boucles, boucles qui font des grosses virgules qui, par grand vent, viennent caresser les commissures des lèvres, même chez les machos, fachos, intégristes et obscurantistes de tous poils ; une tignasse couleur de l'enfance, sexy et angélique à la fois, ça détend l'atmosphère.

Ailleurs ?
Sous mon casque, on me signale des pogos de potes à Londres, des méga-concerts torses-poils à Woodstock, des concours Lépine-câlins à Kinshasa sur des airs de All you need is love, et partout des fêtes, du collé serré, de jour, de nuit, et des tempes qui dégoulinent. Plus de chauves, donc..., que du blond platine, il fait des vagues, ondule à l'infini. La planète vient de se décongeler à l'aide d'un artifice à la Marilyn.

New-York. À l'aide de cet accessoire cache-misère, des imitations de Norma Jean Baker dans Sept ans de réflexion, elles se déroulent au-dessus des bouches d'aération des lignes de métro.
« Vous sentez la fraîcheur ? C'est délicieux.»
Non, c'est l'hiver ! Mais on n'a plus le moral dans les chaussettes, grâce à la trilogie : Fête, Argent, Bonheur de Notre Grand Créateur Brett Sinclair.

Un retour à la source fait le plein de spectateurs : celui au croisement de la 52e rue et Lexington Avenue. Femmes, hommes, enfants défilent chacun leur tour. Robe blanche qui gonfle, souffle, gonfle et s'envole, Jambes écartées, talons aiguilles posés sur la grille métallique, mains plaquées sur le bas des hanches, ne pas dévoiler ses dessous, ne plus dissimuler son visage, sourire à la vie, rendre hommage à cette icône fragile de la 20th Century Fox et lui dire Merci !



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(1) Messe du Vingt heures d'Anne-Sophie Lapix. Voix off de Maryse Burgot, envoyée spéciale aux Etats-Unis, France 2, 17/1/2024, 20 H 02.

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Les Histoires de RAC · il y a
Un récit bien barré ♫
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JL DRANEM · il y a
Une sacrée réalité-fiction et comme je suis un inconditionnel de Marilyn , bravo !
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caroline suchodolski · il y a
Un rêve 😜