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la malédiction des sirènes

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Anne Maurice

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Ce matin il règne une grande agitation sur le navire de Barbe de Corbac le sanguinaire. Dans la lignée Corbac on est pirate de père en fils depuis la nuit des temps et Barbe de Corbac s'avère être le plus féroce de tous. Tout l'équipage est sur le pont, chacun s'affaire comme dans une fourmilière car le bruit court que le navire de la flotte royale est en mer et qu'à son bord il y a une quantité d'or comme jamais ils en ont vu, un véritable trésor! C'est l'occasion d'un butin inespéré après plusieurs mois très rudes au pain sec et à l'eau. Le pavillon noir à tête de mort claque au vent comme un fouet prêt à fendre l'air. Le vent souffle dans la grande voile qui se gonfle et mène le navire vers sa conquête.
Sur le pont Barbe de Cor.....
QUOI ?????
Le moussaillon qui s’occupe de récurer le pont à coup de brosse et de savon noir est tellement ébahi qu'il tombe à la renverse assis dans son seau d'eau croupie. Il se frotte les yeux à deux mains, il se croit encore endormi. Il écarquille plusieurs fois les yeux et doit se rendre à l'évidence : Barbe de Corbac ce matin est vêtu de pied en cap de vêtements couleur bleu ciel et sa barbe est ornée...... de fleurs!
"B..b..b..arb..b..b..e fl..fl..eurie": se met-il à bégayer.
"BARBE FLEURIE" : hurle-t-il à présent.
Alertés, tous les hommes d'équipage lèvent la tête d'un seul coup et à la vue de l’allure de leur chef leurs visages affichent un air totalement effaré.
"La malédiction des sirènes !": vocifèrent-ils tous terrifiés.
Tous les pirates connaissent cette légende de la malédiction des sirènes mais jamais personne, de mémoire d'homme, n'avait vu quelqu'un en être victime.
Cette légende raconte que si un pirate imprudent reste sur le pont d'un navire une nuit de pleine lune et qu'une sirène par son chant merveilleux vient à l'envoûter alors ce pirate perd toute sa férocité et toutes ses envies de conquête. Par ailleurs il se met à réciter de la poésie, à chanter et à jouer de la musique. Il n'aspire qu'à se vêtir de couleurs pastel et des fleurs lui poussent dans la barbe. Tout ce débordement de douceur est un malheur effroyable pour un pirate.
Très vite un chuchotement se répand entre tous : " L'île maudite, l'île maudite..."
En effet, la légende précise aussi que pour annuler cette malédiction, il faut se rendre sur l'île maudite. C'est une île située aux confins des mers. Y accéder est quasiment impossible car des vagues aussi hautes que des immeubles viennent se briser sur son récif. Si l’on parvient à y mettre les pieds, il faut ensuite affronter le crabe géant pour lui extraire un morceau de carapace qu’il convient de faire bouillir jour et nuit jusqu’à la pleine lune. Lorsque ce jour est enfin arrivé, il faut filtrer cet élixir à travers la mousse d’un arbre centenaire et le faire boire au pirate victime de la malédiction.
Il n’y a donc pas de temps à perdre. Le navire vire immédiatement de bord pour mettre cap plein Nord et commencer son périple vers l’île maudite.

Au bout d’une semaine de ce dangereux voyage, les choses empirent sur le navire. Le moussaillon et deux hommes d’équipage sont contaminés. L'un chante tel un troubadour et les deux autres l’accompagnent de leurs flûtes. Barbe Fleurie quant à lui déclame haut et fort de la poésie à l’eau de rose. Les autres n’osent pas les approcher car la légende ne précise rien concernant le mode de contagion.
C'est la catastrophe ! Chaque jour une personne de plus est contaminée. Tous s’organisent en fanfare. Il règne sur ce navire une ambiance festive et joyeuse à faire se consumer les oreilles du plus terrifiant des pirates. Et comble de malheur, l’île maudite n’est toujours pas en vue.
Par contre, le hasard faisant bien les choses, ce qui est en vue à présent, c’est le navire de la flotte royale. Immédiatement les derniers pirates valides entreprennent la manœuvre pour se rapprocher le plus possible et préparer l’abordage. En désespoir de cause ils pensent que la vue du trésor fera l’effet d’un électrochoc sur leurs partenaires et que la soif de conquête coulera à nouveau dans leurs veines. L'équipage de la flotte royale voit s’approcher dangereusement ce navire au pavillon noir. La terreur est à son comble quand ils entendent crier : “ A L’ABORDAGE!”. Mais quelle n’est pas leur surprise quand ils voient finalement monter à leur bord une bande de joyeux drilles qui viennent entraîner tout le monde dans leurs danses et leurs chants festifs.
Finalement, au fond d’une cale, les rats du navire sont les seuls à entendre les pleurs et les cris de désespoir des trois derniers pirates qui n’ont pas été contaminés par cette joyeuse folie et qui voient s’éloigner la promesse d’un merveilleux trésor.
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Eddy Bonin · il y a
Un conte très agréable. Drôle. J'adore :-) Merci Anne...
Si un voyage surfant entre Biscarosse et Biarritz vous tente, c'est par là : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/hotel-du-palais
Ne vous étonnez pas si vous y croisez aussi une petite sirène... ;-)

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Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Un conte fleuri et guilleret ... !
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