La Forêt des Fées

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Je serai brève, promis ! Tu es le-a bienvenu-e ici même si, je te l'avoue, tu ne trouveras pas grand-chose de gai dans mon bric-à-brac... N'hésite pas à laisser un commentaire derrière toi  [+]

« Blanche ! Blanche ! »

La forêt perçoit l'appel lancé aux vents, frissonne. Jalouse, elle referme ses branches sur ce cri qu'elle déforme jusqu'à l'imperceptibilité.
... anche... anche... anch...

La quête est vaine, Blanche est partie.

Transcendée, la jeune fille s'enfonce au cœur des ténèbres par des mouvements vifs, résolus. Elle esquive sans les voir les racines, ronces et roches recouvrant la terre aux odeurs d'humus. Elle semble désormais plus bête que femme, ombre parmi les ombres. Ses pieds nus foulent le sol, produisant un léger bruit humide. Sa peau aussi laiteuse que la lune qui la guette, sombre astre fantôme à la face grêlée, ses membres fins et osseux tels les branches noires et griffues tendues vers les nues ne forment plus qu'une enveloppe dédiée à un but unique qu'elle ne saurait formuler. Elle se dirige, assurée, sans savoir où elle va, sa robe de mousseline d'un bleu gris frémissant derrière elle. Son souffle se mue en buée au contact du froid piquant de l'air automnal ; des perles de sueur glacée coulent le long de son dos, longeant la crête qu'impriment les vertèbres à la chair.

Le murmure sourd de la forêt qui accompagne ses pas exalte ses capacités, occulte ses sens ; sa respiration s'accélère, son escapade devient course, elle n'entend plus que le battement du sang à ses tempes, ne voit plus que l'obscurité profonde de la nuit.

Elle s'arrête. Devant elle se dressent les ruines pâles d'une chapelle abandonnée, ornées de lierre bruissant dans la brise. Elle s'avance au milieu des pierres éboulées, sacrées, avec la solennité sereine d'une sainte en procession. Elle s'agenouille devant l'autel où repose la dernière relique du lieu, tête baissée en signe d'humilité, ses lèvres exsangues égrenant des prières en latin ; elle tend sa main frêle vers l'opportun calice qu'elle porte à sa bouche. Elle en avale le contenu âcre sans ciller, à même la terre se couche, les bras en croix, le visage dirigé vers les cieux.

« Pour toi je renonce, à toi je me livre. »

Son corps gisant fut retrouvé des mois plus tard, miraculeusement conservé, auréolé d'une mystique grâce. Son empoisonnement avait été lent et douloureux, cependant, nulle trace d'agonie ne pervertissait son imputrescible beauté.
La martyre insensée s'était sacrifiée dans les ruines perdues de la première église du pays, bâtie au cœur de bois vénérés par des peuples depuis longtemps éteints, que l'on disait repaire de druides, sanctuaire de fées aujourd'hui oubliées, reniées, bafouées. Personne ne sut comment la jeune fille avait découvert cet endroit où s'affrontaient des croyances antagonistes, ni qui avait déposé là la coupe létale mais encore aujourd'hui, des promeneurs relatent entendre des murmures indécents et des voix tentatrices en arpentant les sentiers de terre parcourant la forêt.
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