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La fille de dos

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Louise007

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Je ne croyais pas aux fées et les grands traits de mon esprit étaient perclus de ces amertumes qui m’empêchaient de trouver les matins et les brumes romantiques. Je me sentais construit d’un béton gris sale, armé de fers qui me trouaient le corps, traversaient mon cœur en le blessant et dépassaient de ma tête aussi pesante qu’une tonne.

Je ne croyais pas aux fées, ni aux feux follets ni à aucune de ces légendes qui m’auraient tenu la main, m’auraient donné l’envie de rire sans ironie, d’aimer sans pécher, de donner sans attendre, d’oser sans regretter, d’être libellule, moi qui me sentais lourd et rugueux et ne croyais plus à rien qui ressemblât à un début.

Je me sauvais tous les matins après avoir subi l’affront d’un miroir qui se refusait à me faire le don d’une image convenable, attachante. Mes traits avaient l’appât du beau mais ils n’avaient pas le goût du bon.

Je me sauvais et courais dans le jardin du Luxembourg aussi vite que mes pieds le pouvaient, aussi fort que mon cœur percé de fers à béton l’admettait. Je me sauvais en regardant en arrière. Pour être sûr que l’homme à la barbe ombrée ne me suivait pas.
Un jour particulier, j’en étais à ce point de ma course, saoulé de l’air encore frais, pas loin du grand bassin, oublieux de mon corps essoufflé, essoufflé, lorsque je la vis. Elle devançait ma course de quelques mètres à peine et ses cheveux d’un brun chocolaté noués en queue de cheval caressaient ses omoplates en un mouvement hypnotique. Balancier d’une pendule vivante, gauche, droite, masse ondulante, à gauche, à droite, qui se raccourcissait puis s’étirait à chaque foulée.

J’étais capturé, happé, par le rythme de ses épaules, rondes, qui bousculaient chacune à leur tour le monde, sans s’excuser. Elles dansaient, parallèles parfaites, à gauche, à droite. Un coup d’épaule et l’air devenait éther, géométries douces, elles balançaient comme un mouvement perpétuel.
Mes yeux écrivirent à mon cerveau, une lettre en arabesques. Je reconnus le mot beauté, calligraphie appliquée pour l’occasion. Mes doigts au bout de ces mains qui ne servaient plus à rien, à rien qui ressemblât au désir de toucher une peau, poussèrent un long cri ; un cri silencieux et ils me prièrent d’écouter la folie qui me gagnait. Mon nez, objet trivial par habitude, me fit savoir que la fille ressemblait pour lui à un mélange épicé de roses et de santal, élixir, parfum de peau. Ma bouche exhala un O presque parfait et susurra à mon oreille que le bas de ses reins, le gauche, le droit, volait à chaque éclat de ses chaussures sur les gravillons pour emporter ce qu’elle recélait de plus précieux.
Mon cœur traversé de son fer à béton déclara à ma tête, qui s’était inscrite comme malade des péchés du monde et des miens, qu’elle s’était trompée, qu’il était temps de faire une trêve, qu’elle devait le laisser faire son travail de cœur. Mes pieds adoptèrent la souplesse de la course, mes chaussures blanches couraient et moi dedans, dessus, corps traversé de l’idée que le dos devant moi était une vraie fée.

Je n’eus pas envie de la dépasser... Me laisser bercer par ses chaussures blanches, qui passent les chaises de fer, contournent le bassin, chaussures fidèles, obéissantes, fille en vol, en musique. Il me semble que sa poitrine heurte tendrement à chaque foulée des morceaux de chaleur, d’air, et que j’attrape derrière elle de ces morceaux de vie, éclaboussures qui m’inondent. Je vais à son rythme, je ne veux pas la dépasser Tap, tap, à gauche, à droite, sa queue de cheval couleur chocolat brille au premier soleil. Fille de dos, sûre d’elle, de sa force, de son allure, épaules rondes, mollets dessinés sous le pantalon fluide, elle franchit le portail de sortie, en direction du Boulevard saint Michel. Et moi ? Derrière elle. Le bruit mat des chaussures sur l’asphalte du trottoir, tap, tap, fille de dos, je l’aime, elle remonte la rue Soufflot, moi aussi, le Panthéon, église Saint Etienne Dumont tap, tap, je n’ai pas peur, rue de la montagne Sainte Geneviève tap, tap tap...

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Keith Simmonds · il y a
Bonsoir, Louise! Vous avez voté une première fois pour “En Plein Vol” qui est en Finale de l’Automne 2016.
Je vous invite maintenant à le soutenir de nouveau si vous l’aimez toujours! Merci d’avance! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/en-plein-vol

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une rencontre pleine de promesses pour ces inconnus.
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Louise007 · il y a
Merci Keith pour ce gentil commentaire. Vos poèmes sont très beaux j'ai voté. A bientôt.
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Keith Simmonds · il y a
J'adore ce récit! Bravo! Mon vote! A bientôt!
Il ne nous reste que 3 jours pour voter et c’est pour cela
que je vous invite à visiter ma page, merci! Mes deux haiku, BAL
POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES, sont en lice pour le Grand Prix Été
2016. Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur vous en dit!
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