La FIAT 500 de trop

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Eclectique, chaotique, poétique  [+]

Une FIAT 500 rouge au fond d’une allée. Vision périphérique de l’œil droit. Un village de l’Est de la France, un peu désert, vaguement déserté, gris. Une FIAT 500 rouge croisée plus tard, file de gauche, elle retourne vers Dijon, je fonce dans l’autre direction.
Là je me suis dit qu’il y avait un truc. On ne croise pas impunément deux FIAT 500 rouges le même jour sans qu’il se trame un truc. Je me suis dit bien sûr que ça me concernait de près. Que je devais étudier, analyser l’affaire. Bon, ça m’arrangeait pas vraiment faut dire. J’étais surtout revenue dans le coin pour retrouver des lieux, des sensations, faire deux, trois observations d’oiseaux. Les bords du lac du Der me reconnaissait, beaux moments, attirée direct par les lieux où je m’étais arrêtée dix ans plus tôt. Les grues cendrées en moins, la migration, c’est en novembre. Mais rien que de les imaginer, ça me donnait des frissons d’émotion. Ce ciel rose profond de novembre, le froid dur et sec, les digues, les grues, par dizaines de milliers...
Le coup de la FIAT 500 ça m’arrangeait pas du tout, du tout ! Il allait encore falloir que je m’arrête dans le bar PMU pour faire mine d’être nouvelle dans la région, de m’intéresser aux lieux, aux gens surtout. La tactique habituelle : poser des questions bateau, jouer un peu au Loto, histoire de, prendre des photos sans se faire voir, lire un journal local insipide, puis un autre, punaiser le tout sur le mur d’une vieille chambre d’hôtel, vue sur une usine désaffectée, etc. Etc.
Je veux MES oiseaux !
Une paire de jumelles devant les yeux, à l’affût des aigrettes et des sternes, j’ai commencé à penser que la FIAT 500, c’était du flan. Un hasard, une sorte de paranoïa professionnelle. A force de filer des criminels, j’en inventais dès que je voyais deux fois la même voiture dans la journée. En gros, je me créais toute seule des circonstances, un lieu du crime, un mobile... Une victime... ou deux...
Jusque là, ça m’avait plutôt réussi comme système. Un peu comme un écrivain qui collecte photos, hasards, faits divers... pour faire avancer l’intrigue ! Même topo ! Bon, sauf que dans mon cas, le meurtre, le vol, le kidnapping étaient vrais. Une fois, j’avais repéré un Scenic. Une grosse familiale Renault, pas de quoi fantasmer sur un serial killer ! Immatriculée 1080 RC 03. Partout je la croisais, par-tout ! De fil en aiguille, j’avais commencé à la suivre. Une femme, blonde, élégante, trop pour un vieux Scenic qui mettait trois fois à démarrer. Elle transportait des valisettes métalliques d’un bout à l’autre de la ville. Pas macaron d’infirmière derrière le pare-brise, pas de pub pour un quelconque commerce sur la carrosserie. Ça m’avait mis la puce à l’oreille. Je l’avais suivie. J’en avais parlé à mes supérieurs, qui s’étaient moqués de moi. Je l’avais suivie encore. Jusque chez le coiffeur. Trois heures de coiffeur pour essayer de comprendre ce que contenaient les valisettes métalliques !
« Une représentante en copies de parfums célèbres... !!!! C’est tout ce que vous avez ???!!!! »
Les yeux rivés au sol, le dos ronds et les oreilles repliées, j’attendais patiemment que le sermon du chef cesse. Mes yeux s’ennuyaient un peu, champ de vision restreint. Des escarpins rouges au bout de jolies jambes mates sont passés. Je les ai déjà croisés quelque part me suis-je dit...
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