La fête au village

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Image de Eté 2016
C'est fête au village.
Quelques forains ont installé leurs manèges rutilants et de longues tables ont été dressées. Ça sent la viande grillée, les frites, la bière.
Il y a foule. L'occasion de sortir de sa routine était rare ici, et on ne boudait pas son plaisir. Des rires, des cris d'enfants, les flonflons habituels de ces réunions de campagne résonnent dans tout le patelin. Elles sont de sortie aussi. Elle et sa mère qui, pour une fois, a accepté de quitter la ferme. Elle crut un instant pouvoir se laisser aller comme les autres. Manger, boire, rire... Boire surtout. Ça éloigne la noirceur des jours et libère une forme de joie.
Il est venu. Le copain d'école, avant. Il s'est approché. Elle a eu un petit sourire. Puis il a posé son bras au travers des épaules, lourd comme une bûche. Insistant. Elle aimait cela, cette possession, d'un coup, inattendue. Ça pouvait vouloir dire aussi protection, amour peut-être même je te veux à moi...
Mais elle, ne veut pas. Elle ne peut pas. Il y a le regard de l'autre. Le regard de la mère et ça n'est pas possible. Elle veut retirer ce bois pesant de ses épaules. Il ne faut pas. Mais il a pesé plus fort, alors elle le laisse. Ça fait quand même du bien, tant pis.
Elle n'a plus levé les yeux, a évité d'affronter le reproche maternel, qu'elle devine, lourd, implacable.
Alors ce soir à la maison, elle est gentille, aux petits soins : « veux-tu que je t'aide, regarde, je vais éplucher les légumes pour faire la soupe... T'as rien vu, n'est-ce pas, tu vas rien dire, tu as déjà oublié, tiens, j'en suis sûre... Regarde comme je t'aide bien, ça efface tout, hein ; et puis, il est parti lui, disparu, il n'est plus rien, il n'y a plus que toi et moi et vois comme je suis brave et que je t'aide bien, que veux-tu que je fasse encore... Là, je vais ranger maintenant, t'énerve pas, je suis gentille, n'est-ce pas, je regrette, tu sais, je sais pas comment j'ai pu me laisser aller, mais c'est lui qui m'a forcée, ce bras sur les épaules, j'en voulais pas... 'Suis une mauvaise fille, mais personne n'a rien vu, il s'est rien passé... »
Le repas est prêt.
Elle pose deux assiettes sur la table.
La mère allume la télé.

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