La découverte de ce corps meurtri ...

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La mastectomie inévitable marque l’entrée dans la maladie mais je ne suis pas malade.L’opération s’est bien passée,une première victoire! L’infirmière m’explique les soins et me demande si je veux voir la cicatrice mais rien d’urgent, il faut prendre le temps si ce n’est pas aujourd’hui,ce sera demain.C’est trop tôt.Je ne le souhaite pas maintenant.Elle m’entend,m’écoute et me rassure la main posée délicatement sur mon bras,je lui fais confiance,elle a trouvé les mots pour me tranquilliser.Je suis plus détendue et les soins facilités.J +2 après l’opération je me prépare à découvrir ce nouveau corps,une nouvelle épreuve.Vous êtes prêtes? Même si de ma bouche sort le son oui,je ne suis pas certaine de sa véracité mais je dois le faire pour avancer dans ce parcours.Un moment difficile que l’infirmière accompagne avec bienveillance sans brusquer l’instant,je suis allongée et elle approche un miroir,je vois une plaie en cicatrisation sans trop réaliser qu’il s’agit du témoignage de l’absence de ce symbole féminin.C’est plus tard lorsque l’on m’accordera la possibilité de prendre une douche que je découvrirai réellement ce nouveau moi face au miroir qui me renvoie le reflet d’un corps mutilé.Un frisson me traverse,je chancelle,je suis embarquée sur un sacré foutu bateau.Voilà comment je suis devenue une amazone.Je m’approprie ce nouveau corps ou plutôt je fais connaissance avec lui,j’apprends à le connaître,le reconnaître, est-ce vraiment le mien? Je ne me reconnais plus!Tout cela ne pas va se faire en un jour.J’apprends à mettre ma prothèse externe initiale histoire d’avoir une apparence presque normale,l’apparence ce mal sociétal.J’ai perdu une partie de la mobilité de mon bras,il va falloir du temps, j’aime que les choses avancent mais là je ne maîtrise pas tout;certes c’est un peu normal mais je n’aime pas ça du tout.Un peu de sport chaque jour avec le kiné pour remobiliser mes bras endoloris, mes bras car si la mastectomie et le curage sont à gauche,à droite j’ai le PAC pour la suite du parcours en chimiothérapie.Heureusement la gentillesse et l’humour du kiné rendent les séances presque agréables malgré les difficultés.Quelques exercices rigolos l’agrémentent comme l’araignée gypsie qui monte à la gouttière,souvenir de jeux et poésie avec les enfants.Mon séjour arrive à son terme.Le point avec la chirurgienne,les ordonnances,le rendez-vous fixé dans quelques semaines pour la suite,tout est planifié, enfin presque,il reste l’ablation des drains de Redon avant le départ.L’acte a été rapide, sans douleur,un simple ressenti étrange comme un chatouillis.Une petite appréhension m’envahit à la sortie,j’ai la prothèse en mousse,c’est un peu bizarre,particulier et puis cette crainte non maîtrisée que cela se voit,du regard des autres.Cette société qui nous formate devient un obstacle,un travail sur soi à mettre en place,je suis moi.Je respire profondément.Mes jambes sont un peu tremblantes,je manque d’assurance dans ma démarche,je me réfugie dans la voiture de ma fille un peu pressée,normal je rentre chez moi retrouver mes enfants.La vie va reprendre son cours mais avec un invité surprise,non désiré comme cette personne que l’on invite parfois par obligation pour éviter les susceptibilités.Cancer tu es entré dans ma vie et m’a ôtée une partie symbolique de mon corps.Mastectomie,pas facile de parler de ce vécu,de ce traumatisme en moi.Il va falloir du temps et le prendre.Se réapproprier ce nouveau corps un grand moment de solitude.C’est un travail sur soi,pour soi ! Pour moi tout simplement,ce moi qui n’est plus moi,je ne suis plus la même.Accepter ce corps meurtri,différent n’est pas une chose facile,je dois prendre mon temps pour me l’approprier.J’ai tendance à me refermer sur moi-même,cet instinct de protection,protéger cette blessure certes mais aussi je pense cacher inconsciemment cette asymétrie.L’image est quelque chose de fondamental malheureusement dans notre société,le regard de l’autre,cette impression que l’on vous regarde,que cela se voit.Cette perte du sein n’est autre qu’une mutilation de ma propre image.C’est un peu comme si j’avais perdu une part de mon identité avec cette atteinte physique par l’ablation et tout cela impacte l’image et l’estime de soi.Qui peut me comprendre?Mes sœurs de combat!Mais chacune est une,chaque être est unique,le cheminement est personnel.Cependant se faire aider, accompagner n’est pas à rejeter,je ne le ferai pas pourtant, ce sera pour plus tard...
Laisser du temps au temps,être patiente et laisser le temps faire et accepter les choses.Patiente le mot porte à sourire.Je me protège,je pense,je m’approprie ce nouveau corps,je l’apprivoise et je le peins pour mieux sceller cet instant qui est le mien,mon exutoire,mon échappée,les mots ne sortent pas mais se dessinent et se colorent sur la toile.Un bien être nécessaire à l’instant T,ce moment inconnu,quand le besoin se fait ressentir.Vivre ces instants est un combat dans le combat,les journées se succèdent avec ces moments de doute,d’incertitude, de peur mais les nuits le cerveau ne se pose pas et tourne en boucle.Trouver le sommeil un parcours et lorsqu’enfin je sombre ce n’est que pour une courte durée, des réveils répétitifs rythment la nuit, cauchemars,pensées morbides,le fautif : ce crabe!Mais ce n’est pas tout,il y a ce sein fantôme qui me hante, c’est difficile à croire mais bien réel, me libérer de ces instants et de ce poids une nécessité.Qui pourrait m’entendre et me croire? En parler avec la chirurgienne après réflexion j’ose et oui elle m’a confirmé que cela arrive après une mastectomie. Je croyais perdre la tête mais mon cerveau n’a pas encore mémorisé l’absence de ce sein et continue d’envoyer des signaux même s’il n’est plus là. Des sensations étranges, des symptômes particuliers sont ressentis, douleurs, picotements, une impression que le sein est toujours là,le temps jouera là aussi!Tout un cheminement pour sentir,ressentir,aimer ce nouveau corps.L’aimer c’est l’accepter comme il est ou le remodeler pour qu’il redevienne un corps normal si corps normal est. Tout est personnel, propre à chaque individu, propre à chacune qui n’est qu’une et unique dans ce parcours. Il n’y a pas une finalité sur ce point, la seule commune est de vivre, survivre avant tout, guérir n’étant qu’une option rarissime, rémission plus d’actualité
La question de la reconstruction est une autre étape indépendante de l’objectif de soigner ce mal bien que pour certaine patiente elle soit la représentation nécessaire et attendue de la fin du parcours ; est-ce un rejet de l’acceptation, une dissimulation, un effacement ?...peu importe je ne suis pas psy...
Pour moi la décision est ferme et définitive, pas de reconstruction. Alors sera évoquée la peur de nouvelles chirurgies, peut-être mais peu importe. Les avis il y en a à prendre et à laisser. Tous ces gens qui parlent à votre place, moi je serai toi je...et bien tu n’es pas moi, tu es toi. Chacune prendra sa décision en toute connaissance de cause ce que j’ai fait et la discussion a été ouverte avec la chirurgienne à ce sujet. J’ai su assez tôt, dès l’explication de la chirurgie, que je voulais rester asymétrique, une amazone.Mon corps et moi,mon corps est moi,je ne ferai pas de reconstruction, un choix réfléchi et bien arrêté où je me sens bien,je me sens moi.La cicatrice est le témoin d’un combat,le mien,et si mon corps en garde un stigmate il est vrai,réel et je l’aime comme il est parce qu’il est moi,je suis comme je suis peu importe les idées préconçues,faire pour faire, faire pour être conforme à la représentation féminine non ! Rester asymétrique ou se faire reconstruire peu importe,l’essentiel est que chacune est le choix.Je reste femme et je vis!Rien n’est prévisible,rien n’est impossible.Je suis une amazone.
Annick GERARD
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