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La découverte

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Lucille Bisson

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FINALISTE
Sélection Public

Jenny marchait dans la forêt d’une démarche incertaine, bien qu’elle se sache en terrain connu dans cet environnement étrange. Elle ne se souvenait pas y être jamais venue, mais ses yeux se souvenaient des couleurs, son nez humait les odeurs, ses oreilles étaient familières avec les bruits ambiants. Cependant, son esprit n’avait aucune idée d'où il se trouvait réellement. Plus elle foulait l’épais tapis de feuilles, plus cette sensation de déjà-vu prenait place en elle. Dans un arbre, un geai bleu s’en donnait à cœur joie pour conquérir une femelle qui lui répondait avec ardeur.

Sur la droite, elle entendit le son mélodieux d’une cascade qui coulait lentement. Elle dirigea ses pas ainsi que son attention vers cette clairière, tout en savourant la chaleur du soleil et la douceur du vent, Jenny prit conscience qu’elle était perdue. Étrangement, elle n’avait pas peur. Le calme et la paix qui régnaient autour d’elle suffisaient à la rassurer.

— Où est-ce que je suis ? se questionna-t-elle sans trouver de réponse.

Elle continua son avancée, s’approchant de la cascade. Faisant une coupole avec ses mains, elle but de l’eau qui s’avérait être fraîche et cristalline.

Tout à coup, elle leva rapidement la tête. Venus de nulle part, des pleurs de bébé se firent entendre sur sa gauche. Elle se précipita vers un bois dense où se mêlaient des sapins, des épinettes, des peupliers et des bouleaux. Se frayant un chemin à mains nues, elle réussit, après maints efforts, à distinguer l’endroit exact d’où provenaient les pleurs. Avec l’énergie du désespoir, mais surtout habitée par l’envie urgente de trouver ce poupon, elle continua avec ardeur son travail de défrichage. Elle n’entendait plus le son de la cascade. À bout de force, elle fit une pause, mais paniqua quand les pleurs devinrent plus stridents.

— Le pauvre ! Il faut que je le trouve ! Il va s’époumoner à crier ainsi.

Sans plus attendre, Jenny poursuivit sa course folle. Plus elle se rapprochait des sons plus ils augmentaient en intensité. Son cœur battait la chamade, ses muscles lui faisaient mal, sa respiration était courte en raison de l’effort surhumain qu’elle déployait pour atteindre le bébé qui avait besoin d’aide.

— Oh non ! Seigneur non !

Son sang se glaça d’effroi. Droit devant elle, à quelques mètres, elle vit avec horreur une imposante créature s’avancer lentement et suivre les cris perçants de l’enfant. Un ours noir, énorme ! Jenny se figea sur place. Elle respirait rapidement, à petits coups, pour ne pas être entendue. Elle l’apercevait maintenant dans toute sa grandeur. Il se dandinait tout en flairant le sol de son gros museau. Jenny, impuissante devant la scène, vit le monstre se lever sur ses pattes de derrière puis lancer un grondement effrayant. Il se pencha de nouveau vers l’enfant, le saisit dans sa gueule et se sauva en courant tenant bien sa proie entre ses crocs. Le bébé ne pleurait plus.

Jenny tenta de crier ! Mais paralysée par la peur, elle n'émit aucun son, ne fit aucun geste pour venir en aide à ce petit être sans défense.

Elle se réveilla en hurlant, le corps en sueurs, les cheveux collés au visage. Elle s’assit brusquement dans son lit et, par réflexe, par habitude, saisit de ses deux mains son ventre dégonflé : ce ventre inanimé, endeuillé, écorché. Encore sous le choc, elle pleurait toujours l’enfant qui n’avait pas voulu d’elle, son enfant mort-né.

Sur l’oreiller, elle trouva une note d’André son mari. « Je devais partir plus tôt, j’ai une entrevue avec une nouvelle employée ce matin. Repose-toi. Je t’aime. À ce soir ! »

Il ne savait plus comment la prendre. Son désespoir était omniprésent, son deuil durait depuis des semaines. Même les séances avec son psychiatre ne menaient à rien. Elle ne faisait que pleurer sur son sort, incapable de comprendre pourquoi la vie ne voulait pas prendre forme en elle. C’était la troisième fausse couche qu’elle faisait en autant d’années.

Les larmes inondèrent une fois de plus son visage ravagé par la douleur. En avalant un cachet de Valium, Jenny se recoucha, tentant de calmer, encore une fois, son cœur inconsolable de maman orpheline.

PRIX

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Thérèse Deschambault · il y a
Fait!
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Jacques Caroff · il y a
Belle courte nouvelle. Bravo
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Louise Contant · il y a
je vote pour toi 100% pour 100%.
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Angelique Guirandou · il y a
bonne chance
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Nathalie Savard · il y a
J'ai essayer de revoter mais je ne suis pas capable.Est ce normal?
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Lucille Bisson · il y a
Non, Nathalie ! Si tu as déjà voté une fois... tu ne peux le faire deux fois ! Merci beaucoup pour ton vote!
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Martin Brouillard · il y a
bonne chance
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Danielle Dumais · il y a
Fait!
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Christine Bourgeois · il y a
belle imlage de detresse intérieure.....bravo!
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Jackie Pottier · il y a
j'ai aimé"..beaucoup..
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Katia Mayer · il y a
Bonne chance
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