La dame de l'affiche

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Michel, boulimique de livres et de films. Adore les mauvais genres Conteurs appréciés ? Vian Pennac Nougaro Reiser J-Crumley Pratchett S-King Dumas Calvino Hergé H-Murakami Bukowski Sturgeon  [+]

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Je suis dans les dispositions ad hoc. En fait « ad hic », car subtilement enivrée au point d’être elle, de m’oublier une fois encore afin que nos corps, si proches par le grain, les proportions, les courbures, soient confondus. D’aucuns prétendraient que j’en suis le calque. Le plus souvent je lui évite ces interminables heures où une nuée de larbins peaufine cadrages, lumières, essais de costumes, jusqu’aux nuances du maquillage. Cette nuitée particulière – légèrement éthylisée – se dédie aux scènes de draps, celles où, me dissolvant en l’autre par un fondu déchaîné, je suis séquencée morceau par morceau, du talon aux épaules, devenue par le nu puzzle de l’autre dont seul le visage sera soigneusement évité, parce qu’il est indiscernable de celui du modèle. Son contrat mentionne ce point précis et justifie mes émoluments, indexés sur ses succès. Parce que c’est elle, parce que c’est moi. Mon office est de la faire désirer sans qu’elle ne soit là, offrant mon derme en guise de masque de sa pudeur. Je suis un paravent d’intimité, le lieu du leurre qui s’exhibe, l’objet d’attraction détaché de sa chair qui sera encore plus chair d’elle, le déploiement de ces ailes de désir adulées de ses fans, le vampire par elle vampirisé, ombre indissociable de sa présence. Je n’existe et ne gagne ma vie que parce que tous m’ignorent autant qu’ils en sont obsédés, poursuivant sa silhouette sur l’écrin de tant d’écrans, sur le glaçage des couvertures de fanzines people. Je la côtoie depuis toujours, ou peu s’en faut, pourtant nous avons pris toute précaution pour que nul ne nous voie ensemble. Excepté quelques techniciens et habilleuses qui savent que leur embauche est corrélée à un silence tombal. Sûrement le secret le mieux gardé de la faune cinématographe et de sa cour de fondus de la pelloche. Jusqu’aux paparazzi qui la bouclent. Depuis son premier triomphe, éclos dès l’orée de l’adolescence, son prénom trône tout en haut de l’affiche. Son souhait serait qu’il y figure gravé en relief pour que même les aveugles puissent la déchiffrer et la défricher du bout de leurs doigts. Je suis celle que l’on nie, celle qui ne sera jamais citée ni connue et qui s’en fiche d’être affichée. Je réside dans les cœurs battant d’une foultitude d’hommes et de femmes, en creux de leurs reins, dans les vibrations de leurs diaphragmes. Je suis ce bloc de désir d’elle que cristallisent les scènes dénudées. Ces extraits pelliculés, terreaux de fantasmes, font de moi l’essence d’elle. Ainsi suis-je.

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