La coquetterie !

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Image de Eté 2016
1-« J’ai faim ! »
Elle dit cette phrase d’une voix mélodieuse, d’une voix qui m’attire, m’ensorcelle, me capture et me fait perdre la tête. Une femme belle et qui a faim. L’idée me suggère des choses inavouables. Elle est debout près de porte et chancelle. Son visage devient pâle : Elle a vraiment faim !
Je la regarde s’éloigner en compagnie d’une amie. Pour la première fois elle me parle sur ce ton, avec cette intimité qui me dégèle .D’habitude, elle est très réservée, parlant peu. Aujourd’hui elle est gaie et sourit même.
Je ne sais sur quel pied la prendre. Il suffit d’une seule phrase. D’un seul sourire pour que l’image que j’ai d’elle s’écroule comme un château de cartes ! Elle me désoriente.
Le soir même je la rencontre dans la rue. Elle est rayonnante. Je lui propose d’aller boire un coup. Elle accepte. Je suis sûr qu’un miracle s’est produit. On se dirige vers un restaurant tout près et on s’attable. Je regarde fixement ses yeux scintillants. L’image de son âme.
-Est-ce que tu as toujours faim ?
Elle éclate de rire et je crois que les verres dansent sous l’effet de sa voix angélique. Mon cœur danse déjà ! On commande une pizza et je la vois manger : Elle découpe soigneusement des petits morceaux et les porte à sa bouche délicate. Vraiment ; j’ai l’impression qu’elle ne mange pas ! Pendant que je dévore elle se délecte. Pendant que sur mon plat il n y a que des miettes, sur le sien la pizza est toutes entière !
-Dis donc...tu n’as pas faim !
Elle me sourit et prend un verre d’eau qu’elle boit en petites gorgées. Je remarque une minuscule miette sur sa lèvre inférieure. Je n’ose pas la toucher. J’hésite, je tremble...
-Qu’est-ce que tu as ?
Sa question me trouble.
-C’est qu’il y a une...une petite miette sur...sur ta lèvre...
Elle sourit et s’essuie prestement. Je la vois tous les jours mais ce soir elle me paraît différente. Changement de décor et de rôle. Nous sommes seuls...L’intimité des lieux et la musique qui flotte dans l’air la rend irrésistible.
-Veux-tu autre chose ? Moi, je veux bien une crème au chocolat.
Le garçon apporte deux coupes. Elle prend une cuillérée et déguste ce dessert délicieux. Je me fonds déjà comme la glace sous un soleil de torride. Il faut voir ses lèvres roses au chocolat ! Les mots me manquent et elle le remarque :
-Aimes-tu ton travail ?
Elle me pose cette question en léchant ingénieusement le bout de la cuillérée.
-Ah le travail ! Il ne prend tout notre temps. Mais que faire ? Heureusement que tu es là !
Elle fait semblant de ne pas entendre cette dernière remarque.
-Moi, je mène péniblement. J’ai besoin d’un long repos et du silence.
Pendant qu’elle parle je me transforme déjà en île déserte et paradisiaque où elle se promène au bord de la mer ! Le maudit garçon vient pour l’addition et me fait sortir de mon rêve ! Je lui propose de faire un tour en ville. Elle refuse sous prétexte qu’elle est en retard. Alors on se fixe un autre rendez-vous demain au même restaurant.
Je suis déjà au rendez-vous ! Mais aujourd’hui il fait mauvais temps : Pluie, vent et brume. Le restaurant est vide. Le propriétaire, hargneux, tourne comme un fou à la recherche des clients fantômes ! Moi, je tiens un recueil de poèmes intitulé « Vive la liberté ». De temps en temps je lance des regards furtifs vers la porte. Elle est en retard !
Le pauvre garçon désespère, fait des va-et-vient .Il se sent inutile. Moi aussi je désespère, je tourne en rond et le poème que je lis n’a soudainement aucun sens. Vive la liberté ! Quelle liberté si elle n’est pas là ?
Le temps est de plus en plus grincheux : Pluie, vent et brume. Les pauvres mendiants mouillés nagent dans la boue. La morosité règne dans le local. Un échec total nous enveloppe de ses ailes............Elle ne vient pas ! Dans un coin noir je me souviens de la veille : Coquetterie féminine autour d’une table. J’essaie de brosser un portrait de ma créature infidèle ! Elle est si délicate. D’ailleurs sa façon de manger montre à quel point elle est raffinée !! Je suis subjugué par sa personne au point de m’oublier complètement.
Je me souviens et je revois le soleil splendide qui illumine mon cœur. Je revois les pizzas ; les crèmes au chocolat ; les lèvres roses et sa peau de velours et j’entends chanter autour de moi :’’La liberté est dans ses yeux....’’
Elle apparaît au seuil de la porte et une lumière si intense m’aveugle. Ma liberté est dans ses yeux !
FIN
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