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La comptine

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K57

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La comptine est d’abord intégrée à la fin de son rêve ; il est en train de diriger une chorale d’enfants dans une cathédrale, avant de s’apercevoir qu’elle est réellement émise par une voix dans la maison.

Les réalités adoptent ce détour pour parvenir jusqu’à nous lorsque la conscience se dissout dans les limbes léthéennes du rêve.

Il connaît cette comptine ; sa fille ce matin, au déjeuner lui chantait. Il se souvient avoir applaudi à sa fin, et le sourire de fierté qui enlumina les traits de l’enfant durant toute la dégustation de sa tartine beurrée.
Il pense que, comme lui, elle est en train de revivre cette scène de complicité et, qu’investie dans son rêve, elle s’est mise à fredonner. Il est cinq heures du matin, il se laisse bercer par la douce mélopée qui monte jusqu’à sa chambre, puis décide de s’extirper complètement de son sommeil, pour récompenser d’un tendre baiser, pour recouvrir, un bras ou un pied découverts, de la couette, comme il le fait presque chaque nuit, l’auteur de sept ans de ce chant morphéen.

Il descend les marches.

L’homme est appuyé au chambranle de la porte de sa fille, ses jambes repliées en tailleur, ses mains ensanglantées reposent paumes vers l’extérieur, poignets sur les genoux.
C’est lui qui chantait la comptine.
Son visage zébré de sang regarde nulle part, loin...très loin. Un couteau gît dans le prolongement de ce regard vide. Le père le ramasse. D’un coup transperce l’orbite, la lame ressort par l’occiput, le coup est tellement violent que le torse bascule en arrière, les jambes croisées suivent le mouvement, le bout de la lame qui saille le cloue au parquet, tel un culbuto dérisoire.


Il prend le corps de sa fille contre lui, recouvre de la couette un pied rougi.
Il entonne la comptine d’une voix de pain grillé aux accords de chocolat chaud.

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