La comédie du corps

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Bienvenu(e)s! Comédienne depuis près d'une dizaine d'années (d'abord en France, puis en Angleterre), la fibre artistique s’exprime aujourd'hui par le biais de l'écriture. D'abord exutoire  [+]

Cela lui rappelait d’où elle venait. Ou plus précisément, l’exact opposé.

Cet intellectualisme aseptisé où seul l’esprit (ou l’absence d’esprit) était palpable.L’épiderme maternel avait sans doute été effleuré voilà quelques temps déjà, mais le souvenir était si flou qu’aucune odeur particulière ne pouvait y être associé.
Elle sourit.
Là, elle était maître des deux composantes : l’esprit et la chair. Là, elle, était au commande.
L’errance, pourtant, d’un bout à l’autre.



-« Elle est jolie », disait-on.

-« Je peux t’aider, tu sais », entendait-elle.



La fille de bonne famille se retrouve vile de bonne vermine avec, au fond de la poche, l’hologramme pâle d’une réussite sabotée.

La jouissance à l’écran, c’est son cœur qui pleure.
L’attraction qu’elle provoque, c’est l’angoisse qui parle.

En entendant « action », elle reprend le masque, la virilité du mâle au creux de la paume.

-« Tu es douée », lui disait-on.

-« Je peux t’aider, tu sais », entendait-elle.



Tout n’est que stratégie, faux-fuyant.

Prétendre pour flatter.

Sous leurs corps lourds, feindre l’exception. La peau sèche, sans sueur, sans même cette saveur exaltante du désir salé à l’ombre d’une aisselle, ou au pli d’une nuque.

Sèche, laisser croire à la dilatation, inspirer la perdition des sens.

Schématiser, pragmatiser comme son cursus scolaire le lui a appris. La froideur d’une équation sans inconnu.



Elle-même ne se considérait pas comme étant jolie. Ces traits n’étaient pas fins, ses yeux marrons étaient d’une banalité à les faire eux-mêmes échapper quelques larmes et sa bouche aux lèvres fines, n’était pas de celle qui embrassait ou se faisait embrasser.

L’ensemble appelait toutefois à une certaine harmonie, ce qui visiblement semblait plaire : que celle qui exécute les fantasmes les plus osés ait un visage interchangeable. Rien de mémorable qui ne puisse gâcher l’imaginaire de celui qui la regarde.

Elle en avait tout à fait conscience (et cela l’arrangeait grandement), on se souvenait plus de ses prouesses ou de ses partenaires que d’elle-même.
Grâce à un cadrage réussi, son anatomie était passée au crible, de l’orteil à la nuque, sans jamais s’attarder sur ce visage usurpateur.

Désirs charnels disséqués, dépossédés, dont on connaît l’issu convenue. Un substitut d’explosions partagées. Un médiocre « comme si » prenant faiblement vie entre les deux aboiements du réalisateur annonçant le début des ébats et la fin du calvaire.
L’ironie du sort voulait qu’en pleine apnée sensorielle, son esprit imaginait les hommes exultant leur frustration, un peu sur le velours d’un canapé trop usé, un peu sur l’écran à présent pixelisé par la semence, un rictus encore tremblant au bord des lèvres, le petit doigt encore fébrilement en apesanteur.


Lorsque, le cœur à choc égal, elle s’allonge tantôt sur la moquette, tantôt sur la pierre froide d’une baisse sans âme, l’esprit fuguant sans attendre vers les dernières notions à assimiler avant le grand oral de la semaine prochaine. Les équations et les citations, lui peuplent la raison.

D’objets plastiques et caoutchoucs, elle a fait ses sponsors scolaires, sa bourse universitaire. les alliés d’une longue série de plans séquences que seuls les fétichistes sauront appréciés.

La désillusion parfaite de l’avenir grandiose, crevant à présent dans l'impasse.
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