La captivité

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S’évader : 1. S’échapper d’un lieu où l’on était retenu, enfermé. 2. FIG. Echapper volontairement à (une réalité). Enseignant à plein temps à des mômes aux vies souvent plus  [+]

Depuis combien de temps était-il enfermé ? Il l’ignorait. Il avait perdu toute notion temporelle depuis qu’il avait cessé de compter le temps qu’il avait passé ici. Il ne possédait plus le moindre repère. Perdu. Les secondes semblaient des jours, les minutes des mois, les heures des années. Comment avait-il atterri ici ? Il ne se souvenait plus très bien. Des bribes de souvenirs incertains. La seule chose dont il était à peu près sûr c’est qu’il se trouvait là. Une geôle sombre dont il ne parvenait pas à s’extirper. Ses souvenirs lointains avaient cédé la place, peu à peu, à l’oubli. Continuer à vivre. Ne plus se poser de questions. Survivre. Tel un animal.

Au début de sa captivité, ils étaient deux. Deux destins liés dans un même isolement. Un compagnon de cellule avec lequel il avait partagé les premiers moments d’angoisse, bien sûr, mais aussi des moments de complicité et de réconfort qui laissaient entrevoir un espoir de libération. Une présence rassurante à tout point de vue. Un soutien. Puis, la solitude, lorsque ce compagnon de fortune était parti, mort, épuisé. Il avait alors plongé, à nouveau, dans ses doutes, plus profonds et plus violents encore. Anéanti.

Y avait-il d’autres prisonniers comme lui, quelque part ? Il l’espérait. Il voulait le croire. Il ne pouvait se résoudre à accepter d’être le seul ici. Il avait bien entendu, quelquefois, des bruits étranges qui l’assuraient d’une présence. Le rassuraient aussi. Ces bruits demeuraient lointains, à peine perceptibles. Son ouïe s’était, certes, développée, mais il ne parvenait pas à identifier les sons qui lui parvenaient. Existaient-ils ou les avait-il seulement rêvés ? Espérés ? La folie s’était-elle emparée de son être ? Sa raison peut-être lui jouait des tours. Son imagination certainement. Jamais, depuis le début de sa séquestration, cette présence ne s’était faite réelle. Comme à chaque fois, l’espoir avait cédé la place, au doute, inévitablement. Résigné, il avait fini par accepter son enfermement. Avait-il seulement d’autres choix ? Il finirait son existence seul dans cet endroit qu’il n’avait pas choisi. Il ne pouvait en être autrement. Otage de sa propre existence, privé de sa liberté.

Un bâtiment austère l’accueillait. Exigu. Une petite partie grillagée lui permettait de prendre de grandes et longues bouffées d’oxygène. Le confort des lieux était sommaire. Il dormait à même le sol. Un lit de paille pour unique matelas. Les nuits passées n’étaient jamais sereines. Agitées et tourmentées comme toutes les pensées qui traversaient son esprit dévasté. Au début de sa captivité, il ne parvenait pas à fermer l’œil. Mais, la fatigue l’emportait dans des cycles de sommeil courts, toujours trop brefs, rythmés par des cauchemars plus violents les uns que les autres. Le lendemain, chaque lendemain, le moindre effort physique devenait insoutenable. Mais son corps s’était accoutumé à ces conditions de vie. Il s’habitue à tout.

A l’entrée de sa prison étroite, un point d’eau était installé. Il s’y désaltérait régulièrement. L’eau était limpide et fraîche, changée chaque jour. Il prenait le temps de la déguster par petites gorgées. Cette bassine lui permettait également d’effacer les saletés qui s’accumulaient sur son corps meurtri. Il y plongeait la tête pour se laver. Cette sensation de propreté l’humanisait davantage. A quelques reprises, il avait songé mettre un point final à son emprisonnement et choisir de disparaître. Abréger les souffrances qui l’éteignaient à petits feux. Mais, il manquait de courage. A côté de la source, une gamelle de nourriture réduite à la portion congrue l’attendait. Cette nourriture qu’il ne parvenait pas à identifier, lui était suffisante. Ce n’était jamais de grands festins. Ses menus n’étaient pas variés mais cela l’importait peu. Son estomac s’était considérablement réduit. Il grignotait plus qu’il ne mangeait.

Il sentait parfois la présence de ses gardiens. Il en avait identifié au moins trois. Ils étaient peut-être quatre. Mais, c’était toujours le même qui était en charge de le nourrir. Jamais, il ne lui avait adressé la parole. Mais ce jour-là, cette présence s’était faite plus forte. Après une nuit pleine de rage et d’étincelles, il s’était fait surprendre au petit matin. La lumière du jour l’aveugla intensément. Il n’avait pas eu le temps d’avoir peur. Il sentit une main large et calleuse le saisir. Avant qu’il ne comprenne ce qui lui arrivait, il sentit un coup sec sur la nuque. Un bruit épouvantable. Un choc violent qui résonna longtemps. Son geôlier avait décidé de mettre un terme à sa captivité. La lame aiguisée du couteau vint lui sectionner les carotides. Son sang gicla et s’écoula en flots continus. Puis, plus rien. Son bourreau hésitait encore. Lapin à la moutarde ou lapin aux pruneaux ?
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