La Bulle

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Le froid glaça la pièce.
Ce fut tout. Une porte claquée dans un silence écrasant.
Zoé reçut une gifle, un verre en pleine figure.

C’était sans issue. Un cul de sac dans ses pensées.

Elle avait tant cru en cette histoire qu’elle sentit ses lèvres qui tremblaient et le rythme de son coeur s’accélérait. Tout se jouait dans les yeux.

C’était sans issue. Elle se le répétait depuis des jours et des jours.

Dans sa tête le refrain demeurait bien ancré, mais dans son coeur c’était une autre mélodie. Il allait falloir un peu plus de courage. Ou de la lucidité, vite!
Si seulement Quentin n’était pas revenu....
Il devait continuer sa vie sans penser à elle et elle s’en était accommodée grâce à la force mystique du temps. Le temps efface tout : bla-bla-bla.

On croit toujours qu’on oublie tout, la belle sottise. Savoir et fermer les yeux. On apprend à s’en satisfaire. Mais elle s’aimait plus que cela.

Chacun avait créé sa bulle.
Elle ne pouvait pas la percer pour lui ouvrir car elle savait trop bien que Quentin ne pourrait s’empêcher de respirer tout son air comme un nouveau-né tète le sein de sa mère.
Zoé suffoqua.
Elle voyait à travers lui. Elle lisait ses pensées. Son coeur ressemblait à un sablé oublié dans un placard. Il s’effritait au contact de sa main et elle avait beau vouloir le recomposer, tout lui filait entre les doigts.
C’était comme Sisyphe et sa pierre : une répétition douloureuse et infinie.
Elle pensa définitivement qu’on pouvait aimer sans savoir comment et sans rien y comprendre.
D’ailleurs c’était surement ça l’amour : ne rien y comprendre. Au milieu de tout ce qui peut arriver, de toutes ces/ses rencontres, rien n’avait de sens.
Elle prit sa peine malgré son envie de résister. Elle en sentait l’odeur mélancolique partout sur son corps. Ce jeu malsain lui fit comprendre qu’elle ne voulait plus vivre cela. Elle n’était plus capable de le porter dans ses pensées, tout devenait glauque. Elle avait appris avec le temps que tout pouvait changer ou évoluer et qu’il fallait se donner du mal. Elle avait gagné des combats perdus d’avance, traversé des océans enragés et vu des tunnels sans fin. Mais rien aujourd’hui ne pouvait plus l’atteindre.
Elle en garderait une petite cicatrice, au fond d’elle, une toute petite sur son coeur déjà rafistolé.

Lui n’y comprenait rien, il savait simplement que son destin c’était Zoé. LaVie.
Il ne voulait pas la briser ni la faire fuir.
Panser ses pensées. Il n’en pouvait de vivre son quotidien, plus de vivre dans ses rêves l’histoire qu’il ne pourrait jamais assumer.
Parfois il se voyait changer dans son miroir et puis....: plus rien. Le brouillard reprenait place dans sa tête.
Plus rien n’était envisageable. Un horizon lugubre dans un nuage anthracite.

Ils s’effleuraient sans jamais se serrer, ils ne se trouvaient plus.
Dans un couloir sans fin, une dernière fois, ils se prirent la main et marchèrent, comme dans un rêve, comme deux gamins, le souffle coupé.

Ce fut la fin. Ils fermèrent les yeux et les murs se gorgèrent de leurs larmes.
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