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Yèle

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Dès l’arrivée sur le plateau, mes yeux cherchent la petite borie, au bord du chemin. Je caresse du regard la rondeur des murs, du toit simplement posé sur la petite construction. Tout est apaisé. L’ouverture basse invite à entrer. On y vient sans bagages, seul, les mains nues. Il faut se courber pour entrer, se mettre à hauteur des quatre pattes qui franchissaient ce seuil, s’approcher de la terre pour en éprouver la nudité. Le sol de terre battue sent encore le suint et l’urine séchée mais cette odeur ne vous assaille pas. On arrive ainsi jusqu’au centre. Là, on peut se redresser et découvrir la voûte, réconfortante, chaleureuse. Les murs ont une douceur laineuse comme si le troupeau avait laissé là un peu de sa toison. C’est l’église romane des moutons.
Je fais le tour de ce refuge. Une grosse botte de paille a été déposée là. Invitation à s’asseoir pour respirer le parfum doux qui habite l’espace. L’air entre par les interstices des pierres disjointes. Des toiles d’araignées restent suspendues à la voûte. J’ai envie de m’allonger. Envie que la paille se transforme en un énorme monticule comme jadis dans l’étable familiale. Je me hissais jusqu’au sommet, je faisais un trou et m’y lovais comme dans un nid à l’abri des regards. De là les yeux clos et l’esprit rêveur, je participais à toute l’activité. Sur mes bras, le contact rugueux de la paille devenait tiède au bout de quelques instants. J’entendais les bêtes mâchant le foin, le bruit du lait bourru qui tambourinait sur le récipient métallique, les beuglements, les écoulements. Là, personne ne venait m’importuner.
Dans la borie nulle présence, mais je retrouve ce même sentiment de sécurité, comme si rien de violent ne pouvait venir en ce lieu. Le silence lui-même est tiède. Je sens l’haleine fleurie des brebis, j’effleure la bouche laiteuse des agneaux, la peau rosie de leurs narines et le duvet de leurs oreilles. Ils sont tendres et fantasques, jouant à cache cache avec leurs mères. J’entends leurs bêlements, leur têtement ; je me réjouis de leurs ébats.
Les brebis ont disparu, le berger est parti mais le lieu reste marqué de leurs empreintes. Sobriété, rusticité, tendresse. Je reste sur ma botte de paille un long moment. Mes pensées font le tour de la borie, inlassablement puis s’apaisent. Le silence gagne l’intérieur. Je m’enveloppe dans ce voile de vapeurs, j’endors mes souvenirs, me dégage des questions qui me hantent. Mon esprit se vide, il ne reste bientôt qu’un soupir de bien-être. Je vais rester encore un peu dans ce souffle frais qui me pénètre. Je respire, j’éprouve le bonheur d’être là, simplement, sans fixer mon attention sur rien. Le cœur se dilate, l’absence devient présence.
Une cigale, non loin de là, commence à chanter. Je me recueille en sa joyeuse adoration. Une cloche tinte. Ma nuit ici sera à l’abri des ténèbres.

PRIX

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Yèle · il y a
Merci de votre lecture
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Guy Bellinger · il y a
Un beau moment de souvenirs d'enfance, de paix et de communion avec la nature exprimé dans une langue d'une tendre poésie.
J'aimerais vous faire partager un autre moment (presque) serein avec mon poème "Les émois du promeneur solitaire" (http://short-edition.com/oeuvre/poetik/les-emois-du-promeneur-solitaire).

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Utilisateur désactivé · il y a
J'ai reconnu l'endroit, son calme et même les souvenirs d'enfance : Merci !
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-coq-et-l-oie si le cœur vous dit.

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Yèle · il y a
Merci de votre message. Est-ce bien en Provence?
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Bruno Teyrac · il y a
Quelle paix, quelle douceur se dégage de ce texte que j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ! Une nostalgie pleine de tendresse. Avec sincérité et simplicité, vous parvenez à trouver "l'extra dans l'ordinaire" (ce mot n'est pas de moi). Bravo. Mon vote.
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Yèle · il y a
Bonjour Bruno
Si vous aimez ce que j'écris, voici un lien pour mon roman : http://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/767476/s/dans-le-secret-des-femmes-citrouilles-yele/
Bonne lecture

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Yèle · il y a
Merci de votre commentaire sympathique !Je pense qu'écrire c'est justement ça: trouver un nouveau regard sur l'ordinaire des choses.
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Ontzie · il y a
Plein de douceur et de poésie !
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Yèle · il y a
Merci Ontzie!
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Joëlle Brethes · il y a
Les murs ont, dit-on, des oreilles... En tout cas, quand ils sont vieux, abandonnés, et qu'un visiteur empathique se présente, ils trouvent une voix pour restituer ce qu'ils ont vu et entendu... :-)
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Yèle · il y a
Merci pour ce commentaire tout à fait approprié
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une lecture douce et apaisante qui ressource nos esprits citadins.
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Yèle · il y a
Merci Patricia pour ta lecture
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Envoldemots · il y a
Un brin poétique et délicieux
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Yèle · il y a
Merci
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Pradoline · il y a
Au contact de la nature, une atmosphère sereine pour s'y reposer et s'y ressourcer... Borie ou capitelle dans l'Hérault... Merci, Yèle, pour ce bon moment.
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Yèle · il y a
Merci
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Bisaigue12 · il y a
Allons tous méditer au Larzac ce soir, merci pour cette sérénité.
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Yèle · il y a
En fait c'est plutôt en Provence, mais il doit y avoir aussi des bories au Larzac! Merci
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Bisaigue12 · il y a
ouais y en a plein ici, Borie est même un nom courant.
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