La borie

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Bonjour ! J'aime écrire depuis l'enfance. J'ai publié chez Edilivre plusieurs nouvelles et deux romans. Actuellement je n'écris que des fragments. J'aime les textes courts et les longues phrases  [+]

Image de Eté 2016
Dès l’arrivée sur le plateau, mes yeux cherchent la petite borie, au bord du chemin. Je caresse du regard la rondeur des murs, du toit simplement posé sur la petite construction. Tout est apaisé. L’ouverture basse invite à entrer. On y vient sans bagages, seul, les mains nues. Il faut se courber pour entrer, se mettre à hauteur des quatre pattes qui franchissaient ce seuil, s’approcher de la terre pour en éprouver la nudité. Le sol de terre battue sent encore le suint et l’urine séchée mais cette odeur ne vous assaille pas. On arrive ainsi jusqu’au centre. Là, on peut se redresser et découvrir la voûte, réconfortante, chaleureuse. Les murs ont une douceur laineuse comme si le troupeau avait laissé là un peu de sa toison. C’est l’église romane des moutons.
Je fais le tour de ce refuge. Une grosse botte de paille a été déposée là. Invitation à s’asseoir pour respirer le parfum doux qui habite l’espace. L’air entre par les interstices des pierres disjointes. Des toiles d’araignées restent suspendues à la voûte. J’ai envie de m’allonger. Envie que la paille se transforme en un énorme monticule comme jadis dans l’étable familiale. Je me hissais jusqu’au sommet, je faisais un trou et m’y lovais comme dans un nid à l’abri des regards. De là les yeux clos et l’esprit rêveur, je participais à toute l’activité. Sur mes bras, le contact rugueux de la paille devenait tiède au bout de quelques instants. J’entendais les bêtes mâchant le foin, le bruit du lait bourru qui tambourinait sur le récipient métallique, les beuglements, les écoulements. Là, personne ne venait m’importuner.
Dans la borie nulle présence, mais je retrouve ce même sentiment de sécurité, comme si rien de violent ne pouvait venir en ce lieu. Le silence lui-même est tiède. Je sens l’haleine fleurie des brebis, j’effleure la bouche laiteuse des agneaux, la peau rosie de leurs narines et le duvet de leurs oreilles. Ils sont tendres et fantasques, jouant à cache cache avec leurs mères. J’entends leurs bêlements, leur têtement ; je me réjouis de leurs ébats.
Les brebis ont disparu, le berger est parti mais le lieu reste marqué de leurs empreintes. Sobriété, rusticité, tendresse. Je reste sur ma botte de paille un long moment. Mes pensées font le tour de la borie, inlassablement puis s’apaisent. Le silence gagne l’intérieur. Je m’enveloppe dans ce voile de vapeurs, j’endors mes souvenirs, me dégage des questions qui me hantent. Mon esprit se vide, il ne reste bientôt qu’un soupir de bien-être. Je vais rester encore un peu dans ce souffle frais qui me pénètre. Je respire, j’éprouve le bonheur d’être là, simplement, sans fixer mon attention sur rien. Le cœur se dilate, l’absence devient présence.
Une cigale, non loin de là, commence à chanter. Je me recueille en sa joyeuse adoration. Une cloche tinte. Ma nuit ici sera à l’abri des ténèbres.

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