La balançoire

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Il me semble que je plane au-dessus d’un lac aux eaux sombres, dont les contours sinueux s’élargiraient sans fin... Vu du plafond, le salon n’est qu’un capharnaüm silencieux. Bouteilles vides renversées sur le sol, vêtements déchirés et emballages de préservatifs jonchés sur les canapés souillés, paquets de cigarettes froissés, restes d’herbe et poudre blanche éparpillés sur la table basse graisseuse. Vu du plafond, le salon n’est qu’une débauche de chair immobile. Sous l’éclat falot des bougies, les corps dénudés se touchent et s’enchevêtrent dans des positions lascives. Ici une cuisse charnue sur laquelle repose une main massive, là un sein généreux pressé contre un visage blême. À qui appartient ce pied ? Ce mollet ? Et ces fesses ? Peaux lunaires, hâlées et luisantes, ou sombres comme l’ébène, semblent avoir fusionné à la faveur d’une singulière étreinte collective. La soirée a battu son plein, ils se sont amusés et ont goûté – consumé ! – tous les plaisirs et les excès de la vie. Puis, la nuit est venue, leurs passions se sont diluées dans les vapeurs d’alcool et les paradis artificiels, et l’épuisement les a envahis. Les voilà, à présent, vidés de toute substance, êtres nus et innocents comme au premier jour. Innocents ? J’aimerais être une petite culotte déchirée ou un string comme ceux suspendus au meuble de bibliothèque et qui ont dû atterrir là au moment du débâchage sauvage... Eux au moins n’ont pas l’air de souffrir, ce ne sont que de vulgaires morceaux d’étoffe.
Je me demande quand je retrouverai le plancher des vaches, et surtout dans quel état. Si j’avais su, je ne serais jamais monté sonner à leur porte pour leur demander de faire moins de tapage. « Merdeux de rabat-joie ! », « Sale bouffon ! », « Viens par là, connard, on va te faire ta fête »... Ah ! Les relations de voisinage, c’est parfois très compliqué. Je dérangeais en plein milieu de leur partouze, forcément... C’est qu’ils étaient nombreux, les salauds, comment aurais-je pu me défendre ?
Pour sûr, l’empalement sur le lustre en métal m’a ôté toute envie de faire le mariole. Ça fait vraiment un mal de chien, cette connerie ! Mais j'ai peur que le foie ne soit touché. Depuis une demi-heure au moins, je me vide, et la tache de sang noir et épais s’élargit sous mon corps embroché... J’ai la tête qui tourne, et je crois que je ne vais pas tarder à m’endormir d’un profond sommeil. Allez, reposez-vous bien, les jeunes, et essayez de faire un tout petit peu moins de bruit la prochaine fois, s’il vous plaît, hein, c’est demandé poliment !
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