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L'œil plus gros que le ventre

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JLT

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Il était une fois un œil. Un joli petit œil noir, brillant comme un diamant et vif comme un lézard. Il avait été attiré par un panier d'osier posé sur une balançoire. Au fond du panier, une pièce d'or. Une pièce d'or sur une balançoire, voilà qui ne manquait pas d'intriguer ! La vision du métal précieux avait aimanté le regard du petit œil. Pour mieux l'observer, il avait décidé de se poser lui aussi sur la balançoire, en face du panier. Aussitôt, la balançoire pencha du côté de l'œil qui se retrouva en bas alors que le panier se retrouva en haut. L'œil aurait préféré être en haut afin de voir le paysage : un parc ombragé et fleuri comme un petit paradis. Mais de là où il se trouvait, il avait une vue réduite sur le jardin, ce qu'il regrettait, mais une vue imprenable sur le panier et sa pièce d'or, ce qui le réjouissait car oui, il aimait l'argent. Alors, l'or !
Tandis qu'il regardait l'objet de convoitise, une pie, tout de noir et blanc vétue, venant d'on ne sait où, se posa sur le rebord du panier, tenant un Louis d'or dans le bec. Elle regarda à droite, regarda à gauche, déposa la pièce dans le panier et s'envola aussitôt. L'œil était aux anges : deux Louis d'or devaient valoir beaucoup d'argent ! Sa pupille se dilata comme pour mieux profiter du spectacle. A peine avait-il réalisé le prodige qui se déroulait devant lui, l'œil vit l'oiseau revenir se poser avec, devinez quoi ? Une pièce d'or dans le bec ! Cela faisait trois pièces d'or dans le panier. « Une belle somme » se dit l'œil avide de richesse.
Lourd de son désir pour ce genre de richesse, l'œil demeurait en bas de la balançoire malgré le poids de l'or qui venait de dépasser le sien. Certes, l'œil ne pesait pas bien lourd, mais son désir était énorme, empêchant le panier de descendre. Du coup, l'œil ne voyait pas grand chose d'autre. Mais qu'importe, il aimait trop l'argent pour se détourner de ce trésor qui venait de tripler en moins de cinq minutes.
Avec la précision d'un métronome, l'oiseau revenait toutes les deux minutes avec une nouvelle pièce. Au bout d'une heure, le panier devait bien peser 500 grammes. A peu près quatre fois plus que notre œil, incapable de détacher son regard du panier. Tout cet or ! Il commençait à imaginer ce qu'il pourrait s'acheter avec cette fortune. Mais son avidité pesait toujours plus lourd que le panier qui s'alourdissait pourtant toutes les deux minutes. Il demeurait donc au ras du sol, côtoyant la poussière et les crottes de chiens.
Soudain, un coup de vent s'abattit sur le parc, faisant voler un tourbillon de sable. Ce qui devait arriver arriva : un grain de sable pénétra dans l'œil grand ouvert sur le trésor. Du coup, l'œil se ferma et ne vit plus rien. Ne rien voir, pour un œil ! Vous imaginez ? Que peut-il arriver de pire à un œil ? Rien. Une larme s'échappa de lui. En un clin d'œil, si l'on peut dire, il réalisa qu'il n'y voyait plus et se mit à réfléchir sur la richesse, la vraie richesse. Toujours fermé à cause du grain de sable, l'œil se sentit soulevé en haut de la balançoire. Au bout d'un moment, il put à nouveau regarder autour de lui. Il ne voyait plus le panier mais ce qu'il vit le transporta de bonheur : les fleurs le saluaient au grès du vent, les arbres bruissaient de toutes leurs feuilles et le ciel lui apparut d'un bleu lumineux. Cette vision lui procura tant de plaisir qu'il oublia le métal précieux. Précieux ? Pas tant que la beauté de la nature, se dit-il. Et il vécu heureux en profitant à chaque instant de la beauté du paysage qui l'entourait.
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JLT · il y a
Gracias Catalina. Hasta la vista !
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Catalina Gimenez · il y a
Ben alors où sont les votes là! Moi j'ai aimé les aventures de cet oeil! Mon vote donc
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