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L’homme animal

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A la fin des années soixante, mon père vétérinaire passionné d’aventure, nous amena au Rwanda à la découverte de sa faune. C’est ainsi que je me retrouvais en compagnie de mon père, ma mère, et de 2 guides rwandais, en pleine ascension, dans le parc national des volcans. Notre destination aujourd'hui était d atteindre le petit replat de Karisoke à plus de 3000 mètres d’altitude, afin d’y planter nos tentes et d’y établir notre camp de base pour la durée de notre séjour.
La brume tenace, collante aux flancs de montagne, nous emprisonnait peu à peu. Plus que quelques mètres avant d’arriver à notre but, enfin !! Du plat. Après avoir grimpé depuis tant d’heures, je ne sentais plus mon corps, autour de moi je devinais plus que je ne voyais
Quand tout à coup, les cris de ma mère percèrent à travers la brume, je courus jusqu’à elle croisant nos 2 guides Rwandais qu prenaient la fuite, en sens inverse, les yeux pleins de terreur. Je trouvais mon père et ma mère prosternés au milieu du replat, face aux arbres et là je vis l’horreur : dans le plus grand arbre, deux corps maculés de sang, à moitié déchiquetés, pendaient aux branches ; nous ressentions une étrange sensation de présence, et aussitôt, mon père et moi tenions nos machettes plus fermement, tout a coups ils apparurent, des dizaines de gorilles, plus grands plus impressionnants, plus menaçants les uns que les autres.
Un d’eux s’approcha de nous, il nous fût impossible de bouger, nous étions tétanisés de peur que nous en lâchâmes nos machettes, il était là à quelques mètres, quelques centimètres de nous, nous étions à sa merci.
Et l’inimaginable se produisit, j’entendis qu’on me parlait.
Que le gorille me parlait.
Pas physiquement mais dans ma tête, j’entendais qu’il me parlait et vu la réaction de mes parents je n’étais pas le seul à l’entendre.
« Nous avons tué ces deux braconniers, ils faisaient partis d’un groupe qui massacre les nôtres.
Il y a une semaine, on a enlevé mon fils qui venait de naître. Nous avons donc décidé maintenant que ça serait œil pour œil, dent pour dent. ils ont tués deux des nôtres, nous aussi. Ils ont enlevé mon fils donc nous allons garder l’enfant et vous laisser partir, vous le récupérerez quand vous m’aurez ramené le mien ! »
Un gorille m’attrapa et m’emmena.
Ils disparurent.
Mes parents paniqués et encore sous le choc des événements surréalistes qui venaient de se produire, redescendirent jusqu’au village le plus proche.
Deux semaines se passèrent, durant lesquelles mes parents recherchèrent le petit gorille, qu’ils retrouvèrent avec l’aide d’une jeune chercheuse américaine Diane. Il avait été vendu par les braconniers à un zoo en Europe, mon père acheta le petit gorille juste avant qu’il ne soit expédié. Il était en vie mais en piteux état et mon père le soigna de son mieux avant de le ramener.
Moi, pendant ces deux semaines, je fus prisonnier dans la forêt, les gorilles me nourrissaient sans plus communiquer avec moi et surtout me surveillaient afin que je ne m’échappe pas.
Mes parents ramenèrent enfin le petit gorille, sur le replat de Karisoke, ils n’eurent pas longtemps à attendre pour que les gorilles se manifestent, le petit se jeta dans les bras de son père.
Le gorille prit la parole, de la même façon que la dernière fois :
« Je vous remercie de l’avoir ramener, mais le votre vous le récupérerez dans une semaine comme à durer la capture de mon fils, ça servira de leçon à vous les hommes ! »
Et ils partirent
Mes parents restèrent là fou de rage, ne sachant quoi faire, respecter le pacte ou alors tenter l’impossible mais à quel prix ? Ils décidèrent d’attendre une longue et interminable semaine
Je fus surpris de voir arriver le petit gorille mais ne fus pas relâché. Pour la première fois depuis que j’étais là, il me parla : « tu restes ici une semaine encore ».
Je me demandais se que j’allais devenir, s’ils n’allaient pas me tuer...
Je restais toujours dans ma prison sans barreau, quand le petit gorille vint me voir, il me parla. J’appris qu’il était le seul jeune gorille, que les autres ainsi qu’une partie de sa famille avaient été massacrés, il revint tous les jours, on se promenait un peu plus loin chaque jour et à ma grande surprise je conversais avec lui comme avec un ami...comme avec un humain.
Lors d’une de nos promenades,il y eut un glissement de terrain, dû aux fortes pluies de la veille , nous tombâmes tous les deux dans un ravin nous eûmes juste le temps de nous accrocher à une branche au dessus du vide et de crier à l’aide .lorsque la branche à laquelle s’agrippait le petit gorille cédât !j’eus juste le temps de l’attraper au vol d’une main, mais rien n’était gagné car le petit gorille pesait son poids et je n’avais plus qu’une main sur la branche, qui nous maintenait avec un faible espoir de vie et qui menaçait de céder à tout moment.
Juste à temps les gorilles vinrent nous secourir.
Le dernier jour arriva, mes parents étaient là, je courus dans leurs bras ma mère était en pleurs, mon père remercia le gorille.
Quand celui-ci prit la parole :
« En 3 semaines, vous avez vu de quoi étaient capable vos semblables et vous avez vécu ce que nous avons subi, et de notre coté, votre fils nous a montré qu’il était encore possible de croire en l’Homme.
Mais dîtes aux vôtres que la prochaine fois nous irons plus loin et prendrons votre place « 
Ils disparurent.
Quelques années plus tard, Diane Fossey qui avait aidé mon père à retrouver le petit gorille fut la première à communiquer et vivre avec ces gorilles, elle fut assassinée par des braconniers selon les dires.
Et Il parait que bien des dizaines d’années après cette aventure un astronaute échoué sur une planète inconnue découvrit enfoui dans le sable, la Statue de la Liberté.
Sur cette planète où les singes régnaient en maître...

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote. 5 voix.
Je suis aussi en compétition avec une brume brumeuse ... :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Elena Hristova · il y a
un texte original que j'ai beaucoup apprécié..
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Topscher Nelly · il y a
Entre la planète des singes et diane fossey, un très bon texte.
Mon univers si vous souhaitez: http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/de-lautre-cote-31

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Jeanne · il y a
Planète des singes, planète des Hommes et vice versa, L'homme et l'animal, le mal nommé et entre les deux naissent des amitiés, loin de toute animosité.
Si nos amies les bêtes parlaient l'Homo Sapiens, elles nous conteraient des histoires, des pans de vie, bêtes à pleurer, bêtes et tristes à mourir.
Un tendre récit, une très jolie leçon de vie, une belle implication pour la (bonne) cause animale, en l'espèce les gorilles dans leur milieu naturel.

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Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Intéressant...un bel hommage à Diane Fossey et à Pierre Boulle. Mes votes. Je vous invite au Vietnam le temps d'un songe si ça vous tente Stéphane ! http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2
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Christopher Olivier · il y a
Génial votre nouvelle mélange subtilement les genres entre SF et triste réalité. Ce gorille dans la brume mérite mes tous mes votes Je vous invite à lire : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/reservoir-dogs-les-chiens-du-lac-artificiel
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Serge · il y a
Bravo pour ton texte, j'aime beaucoup l'idée de communiquer au delà du langage...
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Sapho des landes · il y a
J'ai beaucoup aimé l'idée, son développement et la chute, originale, mais j'ai trouvé la narration un peu trop enfantine, trop ancrée dans les "bons sentiments". Mais ceci n'est que mon avis personnel.
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