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Eddy Riffard

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Silencieux et concentrés, tous les sens aux aguets, rien ne permettait de détecter la présence des deux hommes embusqués de part et d’autre de l’entrée. Ils gardaient les yeux fixés sur la porte de la cabane perdue au milieu des bois. Seul le tic-tac de l’horloge tentait de casser le silence sépulcral qui baignait la place. D’ici peu, le propriétaire des lieux allait réintégrer son domicile. Ils connaissaient par cœur ses moindres faits et gestes depuis des semaines qu’ils l’observaient. Ils effectuaient toujours le même travail avant de passer à l’action. Collecter du renseignement, filer leur victime, noter ses habitudes, suivre ses allées et venues puis, fort de ces renseignements, établir un plan et le mettre en application.

Ce contrat s’était révélé facile à honorer jusqu’à présent. La cible désignée n’était qu’un homme à la santé déclinante. C’était à se demander ce qui motivait le commanditaire. En effet, le vieux solitaire avait subi une lourde opération à cœur ouvert l’année précédente. D’après son dossier, il était évident qu’il n’allait pas durer très longtemps.

Et maintenant...

Dans quelques minutes, il allait rentrer, tourner la poignée de la porte puis sa silhouette s’encadrerait dans l’entrée. Les deux automatiques enverraient alors leurs projectiles, les multiples détonations étouffées par les silencieux. Les dispositifs utilisés par les exécuteurs permettaient d’effectuer des tirs avec un bruit inférieur à celui d’une six millimètres bosquette en milieu clos.
Autrement dit, aucune chance que l’opération attire l’attention de quelque curieux, spécialement ici, dans cette forêt perdue de l’Ohio.

Dans ce silence troublé par le seul décompte mécanique des secondes, les deux tueurs à gages songeaient à la singularité de cet homme. Tout en lui était minuté à la perfection. Une vie réglée comme du papier à musique comme l’avait précisé leur commanditaire au téléphone. Et, de fait, le particulier ne se permettait jamais la moindre fantaisie. Chose curieuse, son mauvais état général n’affectait aucunement son maintien tandis que son visage volontaire restait éclairé par un regard où se lisait une détermination intacte. Autrefois, au temps de sa jeunesse, il s’était révélé un redoutable adversaire pour ses ennemis lorsqu’il combattait le Viêt Công au sein du 4e régiment de Marines, comme l’avait appris Candela de son commanditaire. Les Marines... Jadis, Candela avait voulu intégrer ce corps d’élite au point de tenter sa chance à Parris Island. Après les tests d’usage et l’entraînement de base, il était retourné chez lui pour inaptitude. Finalement, il s’était livré à quelques mauvais coups avant de tâter un peu de prison, où il avait rencontré Martino. Libérés à quelques semaines d’intervalles, les deux comparses avaient mis à profit leurs contacts avec le milieu pour se charger de sales besognes, jusqu’à devenir tueurs à gages.

En songeant à ce type qu’ils allaient descendre, Candela éprouvait une crainte diffuse. Les gars de ce genre pouvaient détecter le danger, littéralement sentir les pièges. D’ailleurs, il lui avait semblé que leur bonhomme avait adopté une attitude équivoque en certaines occasions, comme s’il avait conscience de faire l’objet d’une surveillance.
Ce n’était guère rassurant de penser à ça, dans ces lieux baignés dans la pénombre, avec pour seule distraction le bruit obsédant de cette horloge.

Candela se risqua à briser le silence et murmura la question qui le taraudait :
— Eh, qu’est-ce qu’il faisait déjà au Viêt Nam, ce type ?
— Je crois bien qu’il était dans le génie.
— Le génie... oui, spécialiste du déminage si je me souviens bien...

Candela eut une fulgurance au moment où l’horloge cessa son tic-tac.
Au lieu de sonner les sept coups attendus, le mécanisme fit exploser deux kilos de Semtex dans un tonnerre d’apocalypse.

Monsieur Walter devrait engager d’autres tueurs. L’ancien Marine avait quant à lui rejoint une retraite tout aussi paisible et connue de lui seul. La maladie viendrait le délivrer de ses tourments avant que son ex-associé retrouve sa trace.

PRIX

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Potter · il y a
Très très bien , ma voix !!!!!!!
N'hésite pas à venir jeter un coup d’œil à mon dessin finaliste : https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/poudlard-3?all-comments=1&update_notif=1533195954#fos_comment_2874290

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Hervé Mazoyer · il y a
Et boum jamais une chute n avait aussi bien porté son nom. Trop bien. Toutes mes voix pour vous. Si vous souhaitez lire mon texte en competition il est sur ma page. Bien amicalement.
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Eddy Riffard · il y a
Merci. J’ai déjà lu et soutenu votre texte, un bon récit d’épouvante qui renoue avec l’esprit du jour des triffides.
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Moniroje · il y a
Soufflé!!! l'explosion probablement.
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Sapho des landes · il y a
Excellent, percutant, précis, bon travail !!
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Flore · il y a
Un bon style, du rythme bravo. Et cette horloge....
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Soseki · il y a
Bravo pour ce thriller si bien écrit dont la lecture est un plaisir !
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Eddy Riffard · il y a
Merci.
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Lo2mer · il y a
C'est ce qu'on appelle se faire "hacher " sur place ....
ps j'aime beaucoup votre "vulcain" .

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Eddy Riffard · il y a
Merci pour votre soutien et surtout pour votre appréciation concernant mon avatar.
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Bertrand · il y a
un court précis
qui détaille
avec
minutie
et machiavélisme
l’exécution
de deux
exécuteurs^^+5

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Eddy Riffard · il y a
La présentation un peu curieuse de votre intervention, c’est de la déformation professionnelle ? ^^
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Bertrand · il y a
mes commentaires sont toujours
écrits comme ça^^

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Patrick Peronne · il y a
J'avais deviné, grâce au tic tac" que l'ancien Rambo était spécialiste des explosifs mais cela n'enlève rien à la qualité de votre récit que vous devriez songer à exploiter de manière romanesque. Vous tenez-là un bon sujet de bouquin et les personnages principaux sont déjà en place. Mon vote
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Eddy Riffard · il y a
Justement, un TTC peut ouvrir la voie à un récit plus long dont il est finalement le condensé. La boucle est bouclée en quelque sorte.
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Fred Panassac · il y a
Un thriller d’espionnage réglé comme une horloge avec ses détails techniques crédibles et son professionnalisme. Dans ces cas là on se fiche des motivations des tueurs...
L’horloge personnellement ne m’avait pas mis le tic tac à l’oreille.
Le genre de texte noir que j’aime. Repassez par ma page à l’occasion, cela me fera plaisir.

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Eddy Riffard · il y a
Merci pour votre commentaire avisé. Je fais un passage chez vous de suite.
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Fred Panassac · il y a
Merci Eddy !
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