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L’écriture inclusive ? Non merci. Mais…

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Luc Moyères

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Peut-être est-ce un contresens de ma part, mais le cadre Shortédition me semble tout à fait adapté à publier ce petit texte, bien qu’il ne prétende nullement au rang d’œuvre littéraire.
Je voudrais en effet parler ici du support même de nos prétentions d’écrivaillons : notre langue.
L’écriture inclusive n’est pour moi qu’un charabia indigeste de militants, qui sacrifieraient si nous les écoutions un héritage commun, notre langue et ses délices grammaticaux, au seul profit d’une cause qui lui est largement étrangère, sur le thème, si je comprends bien en paraphrasant l’Internationale : « du passé faisons table rase, foule (féminine) esclave, debout, debout ».
Les grands problèmes de société, et Dieu sait s’il en existe, sont en effet propices à une prise en main subreptice par des militants plus ou moins extrémistes, car ils sont, par définition, les plus motivés à s’en saisir et à leur sacrifier du temps et leurs ressources. Ces grandes causes deviennent ainsi quasi assurément le support de la quête en reconnaissance de pouvoir ou d’influence de ces personnes. L’enjeu de la bataille devient alors d’imposer en bloc à toute la société civile l’ensemble des exigences de ces noyaux durs. Le degré de puissance qu’ils auront su atteindre se manifestera in fine le plus glorieusement par la quantité d’âneries, d’absurdités ou d’abus manifestes qu’ils auront pu faire appliquer en sus et au nom de l’intitulé initial de leur revendication.
La question d’avoir, au terme de ce processus de conquête, réellement traité efficacement le vrai problème de société objet initial du débat se discute, qu’il s’agisse de l’ours dans les Pyrénées, d’une gare TGV, d’un aéroport, de la GPA... ou de l’égalité hommes-femmes. Elle peut même devenir totalement secondaire.

Pour en venir à lui, le problème de l’égalité homme-femme est bien plus profond qu’une affaire de langage, puisqu’il faut lui construire un avenir, et changer pour cela une bonne part de nos réflexes conditionnés, souvent séculaires. Son traitement intelligent ne demande cependant pas a priori, sauf gros problèmes d’ordre freudien avec nos aïeux, de devoir absolument détruire au préalable tout ce qu’ils nous ont légué à travers le langage.
En revanche, ledit langage est d’évidence l’expression et le support d’une culture. Il me semble donc clairement urgent, pour orienter enfin nos esprits dans le bons sens, de l’enrichir en donnant un pendant féminin à un certain nombre de termes, et notamment de noms de métiers ou de fonctions, dont seul le masculin est usité aujourd’hui, puis d’agir ensuite avec vigueur et ténacité pour ancrer leur usage dans nos mœurs quotidiennes.
Certains cas sont déjà résolus de fait, leur nom n’étant pas sexué ; c’est, par exemple, l’architecte. D’autres posent problème.
« Le » médecin, puisqu’il n’a pas « d’elle », fournit un bon exemple de ce problème. Ma seule prétention dans ce petit texte est d’évoquer à ce propos une piste dont je n’ai encore jamais ouï parler, que je pense donc originale et soumets à votre examen critique :
Plutôt que de courir désespérément après l’invention inspirée d’une forme féminisée à peu près élégante de « Médecin », et qui ne soit pas « Médecine », forme sémantique de la quadrature du cercle, modifions plutôt en préambule le terme masculin.
Une fois un nom, à la fois « féminisable » et prononçable sans grimacer, trouvé, nous pourrons alors pousser gentiment le vieux mot « Médecin » vers la désuétude.
Ça serait, en termes de négociation inter sexes une concession évidente du genre masculin, acceptation symbolique de la remise en cause d’une primauté, mais ça ouvrirait surtout plus largement le champ des « possibles techniques».
Concrètement : Le titre actuel de « médecin » provient de la contraction de « docteur en médecine », ce qui nous fait l’appeler également « docteur », avec la possibilité d’ailleurs de le confondre alors avec d’autres doctorats. Remontons un peu vers la racine latine, et nous pourrons inventer, par exemple, un « médicateur », puisque nous lui demandons essentiellement de nous délivrer des médications. S’ouvrira alors beaucoup plus facilement le champ des féminisations en «...trice,...teresse,...euse, etc... ».
Il serait d’ailleurs possible d’inverser ce processus et de l’utiliser également pour les noms féminins difficiles à rendre accessibles aux messieurs. Ils sont peut-être plus rares, mais à enjeu symbolique souvent plus fort encore ; comme la ménagère, voire la sage-femme.
Une fois ce processus linguistique laborieusement accompli s’ouvrira enfin une étape plus amusante : vérifier si ces fonctions masculines ou féminines nouvellement nommées sont effectivement assumées par des acteurs en chair et en os, et si leurs contenu et autres caractéristiques, le salaire par exemple, sont eux aussi devenus androgynes. En fait, la réjouissance ne sera alors peut-être pas totalement unanime.
Reste en revanche maintenant, préalable obligé, à démarrer vraiment ce chantier. Sinon le débat sur les outils restera éternellement un aimable jeu stérile, voire un rideau de fumée sournoisement dilatoire ; et ça n’est pas vraiment gagné.

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