L’échappée rebelle

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Il était une fois une petite fille rêveuse qui voulait faire partager ses rêves  [+]

« Le plus difficile était de partir, de claquer la porte, mais une fois en route... »
Cela fait une demi-heure qu'elle déverse un flot de paroles ininterrompu à son portable. Comment une femme peut-elle s'épancher autant ?

Tout a commencé par une insignifiante altercation. Puis j'ai entendu ses cris à elle lorsque ses mots à lui ont dépassés leurs pensées. À couvert, j’attendais que l'orage s'éloigne. Mais l’atmosphère s’est irrémédiablement enflammée. Elle l’a assené d’un dernier bouillon d’injures. Le placard s'est ouvert. Elle m’a saisi vigoureusement pour me jeter sur le lit. De portes coulissantes en tiroirs grinçants, elle a délesté la chambre de ce qui avait fait sa vie et m’a surchargé de ses souvenirs. Elle est partie. J’ai vu la maison s’éloigner depuis la banquette arrière de sa Mini.

Le téléphone coincé entre l'épaule et sa joue baignée de larmes, elle se contorsionne pour garder un œil sur le volant dans le trafic. Je doute que cela soit conforme au code. Cela m’arrangerait que les forces de l’ordre l'arrêtent. Je ne voudrai pas finir compactée dans un carambolage.

Elle se résout à raccrocher en s'engouffrant dans le parking de l'aéroport avant de me traîner à contre-courant des voyageurs. Je manque de me faire percuter par une grosse écossaise. Je vacille puis me redresse in-extremis. Elle prend un billet au hasard. Peu importe la destination pourvu que ce soit loin ! Elle répond l’esprit ailleurs en tendant son passeport : « Non, pas de bagage en soute !» Tant mieux ! L’agent d’escale me colle une étiquette et elle me prend dans ses bras pour rejoindre la porte d’embarquement. Phase terminale, ma préférée !

Dans la carlingue je suis enfin à l’abri. Elle m’a déposée avec tendresse au-dessus de son siège. Je peux observer les employés qui chargent la soute. Les valises sont poussées sur le tapis roulant. Je vois passer la grosse écossaise. Elle n’en mène pas large avec ses sangles usées. Moi je suis en première classe pour admirer l’aurore se lever sur le tarmac. Alors que l’hôtesse ferme doucement le coffre à bagage, j’ai juste le temps d’apercevoir les premiers rayons d’un nouveau jour.
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