L'authenticité d'un cadeau d'élève

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Nikita/Nicole MACE retraitée: romantique comme ma Normandie, râleuse car je trouve que le Monde va droit au mur...ancienne sportive, volontaire, exigeante, généreuse.. J'aide des enfants au Maroc  [+]

Image de Hiver 2014
Un week-end de novembre, avec Zora, une élève bachelière, nous partons dans sa maison paternelle dans la région d’Inzekri. Conduisant pendant quinze kilomètres, sur des routes sinueuses et sans aucune barrière de sécurité, nous arrivons au terminus un peu angoissées. Nous garons la voiture sur un emplacement jonché d’herbes sauvages. La route n’existe plus. Mon élève s’absente quelques minutes. L’observant du coin de l’œil, je la vois contourner un vieux bâtiment. Elle en ressort quelques instants après, précédée d’un vieil homme Berbère accompagné de son âne. Il me baragouine dans sa lange Amaghizr à laquelle je réponds « imikimik » qui veut dire : « un peu ». Il me sourit, il sait que je n'ai rien pigé, cependant je lui renvoie son sourire.
Oui, malgré mon appréhension, je dois monter sur cette bête venue d’un autre monde, car le chemin caillouteux, pour accéder à la maison, est difficile à effectuer, et mes genoux arthrosiques souffriront énormément.
Le contraste entre la magnifique nature sauvage, dans laquelle poussent les arganiers, les oliviers et les palmiers, et ce paysan dont les rides creusées comme des sillons servent de réceptacle à quelques mouches, me fait rire cette fois. Son pauvre compagnon n’a toujours pas compris ce jour-là pourquoi ses flancs étaient si humides. J’ai beau lui insuffler à l’oreille qu’il mette le turbo, tout en contant fleurette à son maître édenté qui ne capte rien à mon charabia, l’animal continue de me promener à la vitesse d’un escargot déprimé ; il s’arrête parfois, broutant par ci, par là, les quelques dernières herbes de la saison automnale, qui lui chatouillent les mollets. Cet âne est vraiment têtu comme une mule !
Au détour d’un virage, il s’arrête d’un coup sec, des figuiers de Barbarie le narguent. Oh ! non, n’y va pas, je t’en prie, leur peau est pourvue de « glochides » minuscules épines invisibles à l’œil nu, mais très agressives et très difficiles à enlever.

Le fou rire ne me quitte pas ; je me trémousse comme une dinde, et sans aucun dysfonctionnement rénal, je laisse choir, malgré ma toute ma bonne volonté, ma vessie bien remplie.
Zora est déjà descendue depuis bien longtemps afin de chauffer l'eau pour la toilette de l’incontinente dame que je suis, perdant involontairement ses urines. Elle a l'oeil Zora, mais elle rit tellement du spectacle, qu'elle se précipite dans sa maison, éclatée de rigolade. C'est trop mortel, dit-elle !
Le couscous et ses arômes d’épices, préparé religieusement par sa grand-mère, la balade sur le petit chemin en contrebas, accédant à la baignade dans les cascades, une petite soupe à base d’orge au diner et le silence monacal, ont eu raison de ma fatigue : j’ai sommeillé plus de treize heures en rêvant à Don Quichotte, sur une natte tressée par les femmes du village et couverte d'une peau de chèvre.
Ce village, comme beaucoup d’autres, s’alimente en eau potable à partir de puits des alentours, tâche souvent accomplie par les femmes du village. Grâce à de généreux donateurs, les villages se dotent d’infrastructures de service d’eau, au plus grand bonheur des villageois. La position géographique des villages est souvent assez défavorable et difficile d’accès. Tout projet de développement et d’amélioration de route et autres infrastructures paraît onéreux. Les principales cultures sont l’orge, le blé tendre, l’olivier, la figue de barbarie et l’argan.
Ce petit village berbère d’Inzekri, à la limite de trois tribus Haha, Ida Ou Ziki, et Ida Outanane, dispose d’un grand rucher traditionnel, collectif, géré par plusieurs villages des environs.
Les ruches traditionnelles ont une forme cylindrique et sont fabriquées en roseau tressé et rendues étanches par un enrobage d’argile et de bouse de vache.
Le miel de thym de cette région montagneuse, est le plus prisé au Maroc.

La nature apporte l’essentiel à condition de bien l’écouter, la sentir, la respirer, la contempler et lui parler.

Ces deux jours passés dans l'Atlas, parmi les abeilles, les cascades, les palmeraies, dégustant le pain fabriqué traditionnellement et cuit dans un four en argile, ma première balade en âne accompagné d'un éventuel prétendant, mes deux nuits allongée à même le sol, me firent oublier la nostalgie de mes montagnes alpines.

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