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L'année des pommes de terre

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Clarajuliette

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J'étais partie.
J'avais quitté la maison brusquement, sans la regarder, s'en me rende compte que c'était la dernière fois.


Il faisait gris, presque noir, c'était en novembre. J'avais emporté peu de chose avec moi, quelques provisions, des vêtements chauds. Je ne laissais aucune lettre, à quoi bon, « il » verrait bien ce soir que j'étais partie. Que la break n'était plus dans le garage.


Depuis quelques heures déjà,je roulais sous les nuages qui rendaient le paysage gris, trop gris à mon goût et pourtant je le connaissais bien ce triste paysage. Des champs de betteraves et de pommes de terre à perte de vue. Je n'ai jamais su les reconnaître ces deux-là, qui s'enfoncent profondément dans la terre noire. Ça ne m'a jamais intéressé d'ailleurs. Qu'ils poussent sans moi. Je m'en fous, comme je me fous de tous ces gens d'ici...


Je m'en vais. Et mon cher François ne va pas comprendre le pauvre imbécile. Mais comment a-t-il pu s'imaginer que je l'aimais ? Moi, aimer un type qui fait pousser des patates dans cette terre noire ? Un homme qui connaît la vie des pommes de terre mieux que ma propre vie ? Comment j'ai fait pour tenir toutes ces années ?


Maintenant ce qui compte, c'est la vieille Volvo break qui roule, inusable. Et j'avance tout droit au milieu de ces champs monotones. Je vais m'en sortir, c'est sûr ma vie ne sera plus un champ de patates uniforme. Encore quelques kilomètres et je serai sauvée.


Soudain une forêt m’apparaît au loin. Un horizon existe, sombre et vertical. Je pense à la couverture de laine que j'ai emportée ainsi qu'aux paquets de gâteaux. Il vont m'être utile pour dormir dans la forêt. Je gare la Volvo sur le bas-côté d' un petit chemin forestier. Car la forêt m'attend, je la ressens dans tout mon corps. Mon dros qui se redresse droit comme un pin, mes pieds qui deviennent lourds, qui s'enfoncent dans cette terre. Il ne me retrouvera pas ce soir, plus jamais.


La couvertures de laine sur les épaules, lampe torche en main,j'avance. Lentement, je pénètre dans la forêt. Je suis loin de tout ces autres. Pourtant une fumée sombre s'échappe au loin. Je me dirige vers elle même si le chemin n'est pas facile. étroit, caillouteux, je me tord les chevilles, je trébuche. Des ronces me griffent les mains et le visage, je saigne.


La fumée se rapproche et maintenant je distingue un tuyau rouillé, une sorte de cheminée. Comme coincée entre des troncs, une cabane de branchage m' apparait. Qui peut vivre ici ? Soudainement la Volvo me semble bien loin d'ici. Je ne peux plus faire marche arrière. Je me dissimule derrière un tronc et immobile j'attends, quelqu'un, quelque chose, en écoutant le moindre bruit. Quelqu'un va sortir de cette cabane, c'est certain. Mes pensées s'accélèrent : les hommes seraient-ils tous fous, sanguinaires, assassins ? Je n'en sais rien.


Peut-être que François a retrouvé ma trace ? Et la Volvo qui est garée si loin... François, ma maison, les terres lourdes et noires. J'ai voulu tout quitter...Est-il déjà trop tard ?

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Miraje · il y a
A frémir ... Il y a comme un soupçon de "Petit Poucet" et d'ogre derrière ces sillons agricoles ...
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Gérard · il y a
Merci encore un beau texte à la fin ouverte ...
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