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L´amour des mots

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Naima BEK

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Il fut d’abord merveilleux.
Après les baratineurs et les beaux parleurs...
Il fut apaisant, rassurant, signe d’une certaine sincérité...
Ton silence.

Il ne créait aucun malaise.
Il compensait mon excès de paroles.
Ton silence.

Il était signe de notre complicité.
De notre capacité à se comprendre en un regard.
Ton silence.
Puis vite, il devint pesant pour moi.

Car j’aime les mots, car j’ai été éduquée comme ça. Car chez nous, on parle, on crie nos maux.

Chez vous, on marche sur la pointe des pieds pour ne pas déranger. On parle du beau temps mais pas de nos tracas parce qu'on ne veut pas gêner...

Et déjà mes mots te reprochent ce silence.
Nos disputes sont des monologues.
C'est d'un ennui de se disputer avec toi.
Ce silence. Ton silence.

Alors, j’ai voulu la jouer fine.
Je me suis demandé ce qu’il se passerait, si je devenais aussi silencieuse.
Ce fut dur mais je tenais bon.
Tu n’as même pas relevé.
Les mots sont tellement importants pour moi, en me les retirant, tu m’as éteinte.
Plus de joie à me lever le matin dans cette maison silencieuse.

Et un jour, assise sur un banc en attendant que le temps passe pour avoir moins de temps à affronter ce silence à la maison, il s’est assis. Il m’a parlé. Il a parlé, parlé. Je l’ai écouté. J’ai retrouvé mes mots. J’ai parlé, il m’a écouté. Il m’a reconnecté avec les mots. Il m’a reconnecté avec moi-même. Voilà, ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est pour ça que je ne rentrerai plus. Je suis désolée.

Je sais que tu as toujours été comme ça. Que ce silence fait partie de toi. Mais j’aime le bruit, la musique, les conversations passionnées et enrichissantes. J’aime dire 15 fois par jour aux gens que j’aime que je les aime, j’aime me sentir écoutée quand je parle, j’aime crier, chanter, refaire le monde avec des mots. Les mots sont ma vie. Je ne te fais pas de reproches, tu as toujours été comme ça. Tu ne l’as jamais caché. C’est moi qui suis bien trop bête d’y avoir vu de la sagesse. Nous n’avons pas le même mode de communication. Je n’ai jamais compris le tien, tu te fiches bien du mien.

Adieu. J’espère que ton silence te tiendra chaud... Oui, j'ai quand même de la rancune...Car si tu avais daigné me parler, sache que moi, je t'aurais écouté...
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Michaël ARTVIC · il y a
Un beau récit ! bravo !
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RAC · il y a
Un récit qui sent le témoignage ! A bientôt...
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