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L'amandier

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Fionavanessa

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Je trône au milieu de mes orangers comme un prince entouré de ses sujets. Je suis unique et admirable et ils me respectent. Je contemple mes pieds, dont les racines avec l'âge ont creusé de minces rigoles dans la terre durcie. Je redresse ma chevelure et je respire l'air sec. Mes feuilles espèrent le soulagement d'une brise qui traverse l'été, désespérément torride.

De mémoire d'amandier, l'été n'a jamais été aussi coriace. Pas âme qui vive ne gravit la colline. Pas une chèvre ne s'aventure sur ses sentiers sinueux. Pas une grenouille dans le fond d'eau glaciale du bassin voisin, dont aucun bras paysan n'a alimenté le moteur, pour que s'y baigne sa marmaille.

Que ne donnerais-je pour entrevoir les arguments d'un visage, d'une silhouette ! Grappiller le parfum étrange d'une de ces espèces privilégiées qui a le don de se mouvoir au gré de leurs envies. Hélas, mes coques sont vertes et mes amandes encore virtuelles. Elles n'attirent aucun gourmand et je goûte à la solitude la plus mordante.

A quoi me sert le tempérament altier de mon écorce, marbrée de noeuds divinement sculptés , si le moindre vieux, le plus petit amoureux des arbres ne me rejoint ? Echec cuisant. Je ne vaux pas mieux qu'une flaque nauséabonde. La danse gracieuse de ma ramée, ma tendresse odorante n'incitent personne à l'allégresse. Elles me sont un poids, une illusion de mouvement et soulignent mes entraves, mon immobilité.

Je me traînerais à terre si je le pouvais, je ferais naître l'événement, je tortillerais du tronc pour éveiller l'intérêt d'un regard. Alors, mon image déformée serait une énigme et l'on viendrait me voir de loin.

Mais je suis cet amandier roi des fourmis que personne ne caresse et je hais ce soleil de plomb qui fait de moi un objet aussi vil qu'un ustensile, aussi mal-aimé.
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