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[ Le kaléidoscope est un instrument optique réfléchissant à l'infini et en couleurs la lumière extérieure. ]



Enfin, la porte s’est ouverte et mes poumons avec : Elle est rentrée.
J’allais pouvoir quitter mon apnée d’inquiétude. Recommencer à respirer de façon calme entre deux longs soupirs de détente...
Le tout discrètement parce que je sais comme ça l’agace fort.
Elle déteste qu’on se fasse du souci pour elle, elle dit que c’est comme si on ne lui faisait pas confiance quant au fait de gérer sa propre sécurité, comme si on l’infantilisait, que ça l’enfermait sous cloche trop protectrice.
« De quoi me démanger la claustrophobie. »
Elle pouvait supporter un petit enfermement physique, un qui ne soit pas trop long, mais il fallait juste qu’elle puisse avoir la liberté de ses pensée et mouvements.
Ma meilleure amie, c’était une sauvage, un peu dans tous les sens du terme.

Ce soir, elle m’avait prévenue qu’elle avait encore un rendez-vous.
Le cinquième depuis le début de la semaine.
On était mercredi.
Un énième mec avec qui elle discutait depuis un ou deux jours, un nouveau qui lui avait donné envie de creuser un peu et de « plonger dans la somme de leur aura » comme elle dit.
Les rencontres comme ça, c’était par passes, comme des phases de boulimie de chair fraîche.
« Tant que je n’ai pas trouvé la pépite qui passe au-dessus des autres. »

A la regarder s’apprêter en suivant toujours les mêmes rituels, je l’enviais un peu...
Se gommer la peau, qu’elle accueille les caresses : « Plus je suis douce, plus ils veulent la toucher, chérie, CQFD ! » ;
Chantonner en s’épilant : « Zou, la seule pilosité qui survit, c’est sourcils et cils, le reste : exit ! » ;
Se glisser dans sa plus belle dentelle : «  Il faut TOUJOURS rester attentable ! Même pour un premier rendez-vous... On ne sait jamais ! Je préfère suivre mon envie qu’une morale débile ! » ;
Répéter toujours les mêmes gestes en choisissant presque à chaque fois les mêmes habits et le même maquillage : « Ma tenue de séductrice, le parfait déguisement « sûre de soi » pour se convaincre qu’on assure de ouf ! Testé et surtout approuvé moult fois par la gente masculine ! ».

Oui, parfois je la jalouse de la voir partir, euphorique et sautillante vers sa nouvelle proie. Vers l’aventure, vers l’inconnu. Mais je préfère amplement la sécurité de mon cocon-couple. Surtout qu’il n’est pas rare que ses affaires tournent en eau de boudin.

Ce soir, déjà, je suis sûre que ça n’a pas été une grande réussite: elle a foncé dans la salle de bain à peine la porte passée. J’entends l’eau couler longtemps, de la fumée s’échappe de la pièce, elle a besoin visiblement de se réchauffer le dedans. Comme de temps en temps, ce n’est pas de bon augure.



Il y a « les rituels d’avant » et « les rituels d’après »... La douche en fait souvent parti.
Sauf les rares rencontre-passion où elle décide de garder encore un peu l’odeur de sa conquête. Alors, sans toucher à son verre de whisky – chose exceptionnelle - elle me raconte sa soirée, les zygomatiques niaisement activées, entre deux profonds reniflements des endroits de son corps portant encore l’ADN du chanceux.
J’aimerai tellement que cette configuration soit sa norme... Et qu’elle s’y range en cocon aussi. Mais elle ne sait pas faire ça. Se ranger. La faute à la claustro.

Quand elle ressort de la douche, en général, elle passe par le bar avant de me rejoindre sur le canapé. Très vite je peux anticiper son humeur : par la dureté de son regard, par la dose de whisky dans son verre et par sa peau rougit d’avoir été plus ou moins trop frottée, technique éliminatoire des potentiels souvenirs de contacts.

Et alors, comme à chaque fois, elle commence à me raconter sa soirée.
Au début, elle me décrit les faits, placidement, un à un, en respectant la chronologie. Comme un résumé de compte-rendu scientifique, sans âme.
L’âme et ses sentiments, elle les insuffle petit à petit, au gré de sa descente éthylique. Elle remonte la chronologie et les descriptions se réchauffent jusqu’à en devenir un peu trop intenses.

[à suivre]
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