Joyeux vacarme

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Finaliste
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Thème

Image de Tintamarre du soir
— Est-ce qu’il me nargue ? s’interroge Camille, confrontée au bruit du climatiseur.

Allongée sur son lit, Camille hésite. Soit elle coupe la climatisation encourageant la chaleur et l’humidité à envahir sa chambre d’hôtel. Soit elle la laisse allumée se condamnant à entendre 15 cliquetis par minute.

— 7 500 kilomètres parcourus, 5 heures de décalage horaire et toujours rien. Impossible de fermer l’œil, s’exaspère Camille. Quelle heure est-il ? Et surtout, qu’est-ce qui m’a pris de tout plaquer pour venir ici ?

Comme en réponse à sa question, de nouveaux sons résonnent dans sa petite chambre d’hôtel écartant celui du climatiseur. Clac. Clac. Clac.

Debout derrière la fenêtre, Camille observe un groupe de trois femmes avec l’objet du délit. Des talons qui martèlent le pavé. Cheveux tirés, vêtements serrés, elles rient fort, se dirigeant d’un pas assuré au bout de la rue où des loupiotes clignotent.

Intriguée, Camille se penche pour les suivre du regard avant de se cogner le front à la vitre.

— Putain ! hurle Camille, qui étouffe dans cette chambre d’hôtel. J’ai besoin de prendre l’air, se révolte-t-elle tout en enfilant hâtivement son jeans.

Dehors, sur le trottoir, l’air lui semble plus frais. Respirable. Attirée par les lettres scintillantes du « CUBAN CAFE » déchirant l’obscurité, Camille se met à les suivre tel un somnambule.

C’est alors que chaque mètre sillonné l’éloigne peu à peu des silences pour laisser place aux décibels. Du murmure nocturne au brouhaha dans lequel notes de musique, bruits de pas, voix et rires s’entrechoquent. Arrivée à hauteur du « CUBAN CAFE », Camille découvre une étroite terrasse en plein air où les corps moites se frôlent, se séparent et s’enlacent au rythme des percussions de trois musiciens, dissimulés au fond du jardin.

— You dance ? lui demande un jeune Cubain, lui tendant la main.
— Je... Je ne sais pas danser, explique Camille, assommée par toute cette agitation, dont la réponse n’a pas suffi pour en être dispensée.

Suspendue à une main ferme et déterminée, la voilà entrainée au milieu de la foule. Son récent partenaire la saisit par les hanches, plante son regard dans le sien et lui fait signer d’écouter. Ecouter les sons graves et aigus, harmonieux et discordants.

D’ordinaire souple comme un verre de lampe, Camille s’abandonne à ce joyeux vacarme. Elle l’absorbe et s’anime en pleine nuit, d’une énergie nouvelle, qu’elle ne se connaissait pas. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent libre et heureuse.
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de l air · il y a
Camille découvrant les effluves de la liberté ... et le cubain, très heureux de découvrir Camille ! Mon vote !
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Keith Simmonds · il y a
On y trouve bien le tintamarre! Bravo! Je vote! Merci de venir faire un tour sur ma page pour lire et soutenir, si vous les aimez, “Coups de Vent”, “Je Voudrais Bien t’Aimer Encore”, “Paradis Reconquis” et “Un Soir Retentissant”! Bonne journée et bonne chance!
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Subtropiko · il y a
Très bien vu (ou plutôt entendu), le climatiseur. Moi qui suis incapable de danser, je vote triplement pour cette histoire heureuse et miraculeuse !
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Mary Benoist · il y a
C'est comme si on y était !