jour 31

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Les mots, les mots! Pour crier, pour parler, pour pleurer, pour raconter, pour rire, pour jouer. Je suis donc j écris  [+]

_Le coronavirus par-ci, le coronavirus par-là... C’est bon, c’est juste une grosse grippe et voilà ! Ces cons, ils nous ont confinés pour un rhume quoi ! J’te jure... avait-il pris l’habitude de répéter à voix haute même quand il était seul.

Il avait halluciné de la tournure que les choses avaient prise.

_Tout ça pour quelques dizaines de milliers de morts à l’échelle mondiale. Ca fait d’la place dans les EHPAD les vieux qui crèvent ! Ca fait plus d’argent pour nous, on n’aura pas à payer leurs retraites ! La sélection naturelle, y a qu’ça de vrai ! ajoutait-il souvent exaspéré à quiconque voulait l’entendre.
Placer les populations en confinement, les priver de leur liberté de mouvement, de leur boulot, laisser les gamins à la maison... Il avait trouvé ça inconcevable.

Lui, il s’en était foutu, il était sorti tous les jours. En respectant les règles : une heure max et à proximité (grosso-modo).
Chaque semaine, il avait pris l’apéro avec Pat et Hugo. Tous les vendredis, ils avaient contourné les consignes et s’étaient retrouvés tous les trois, chez l’un ou chez l’autre. Une bonne bière, des grignotages... Ils se marraient comme jamais et se foutaient de la gueule de tous ceux qui sortaient gantés, masqués, le gel hydroalcoolique greffé à leur ceinture. Les super-héros de l’hygiène et de la prévention, les super-blaireaux de la psychose collective ! Ah quelle bande de flippettes... On se marrait bien le vendredi !
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Ce soir du 16 avril 2020, il n’était pas tard. Pourtant, les stores étaient déjà fermés et il pensait que le soleil n’était sûrement pas encore couché.
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Ses magasins habituels avaient fermé, ses restos aussi et le centre commercial. Chaque jour depuis mi-mars, il s’était ennuyé et avait pris l’habitude de pester contre ces décisions gouvernementales de tout fermer. C’était n’importe quoi !

Heureusement qu’il y avait internet, il avait pu commander ses plats favoris régulièrement. Mais, deux semaines auparavant, ce connard de livreur qui devait avoir peur de chopper le machin, avait laissé le colis en bas de l’immeuble. Son colis ! Evidemment, il avait été volé. Putain quel con ce livreur ! Et bon appétit au malin qui l’a piqué. Celui-là s’il tombait sur lui...

Quelques jours après ce fâcheux épisode, il était allé faire ses courses comme d’habitude. De plus en plus de cons avec leur masque et leurs gants ! Il fallait faire la queue à l’entrée du magasin, respecter un mètre de distance entre chacun, ne pas toucher les produits qu’on ne prenait pas... Lui qui aimait tâter son camembert pour bien le choisir ! C’était pas le covid-machin qui allait l’empêcher de continuer ! Il en avait justement trouvé un ! Fait comme il aimait : encore un peu ferme mais pas trop. Le camembert parfait !

Cinq jours après, il eut les premiers symptômes.
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A présent, il se repassait le film de ce mois de confinement. Il sentait qu’il s’endormait bercé par les bips de son scope et le souffle de son respirateur. Il fixait sa perfusion et sentit une larme couler sur sa joue.

Car ce soir-là, dans le service de réanimation du CHU de Toulouse, il y avait box 8 un confiné qui se sentit à cet instant, un con fini.
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JAC B · il y a
On a plus qu'à souhaiter qu'il s'en soit quand même sorti (!!)