Jogging de survie !

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Je cours, plutôt lentement mais tout le temps.
Ils ne sont pas loin. Jamais. Juste un peu plus lents que moi, souvent, mais ils ne s'arrêtent jamais. Du moins, ne me suis-je jamais arrêté pour le vérifier.
Je longe l'ancienne autoroute à six voies où finissent de rouiller les véhicules d'autrefois. J'avance sur la vieille piste cyclable, défoncée par les racines des arbres qui reprennent leur espace. Un vieux panneau rouillé, de guingois, tente encore d’indiquer quelque direction « ..RSAIL.E. »
Mon énième paire de baskets finit de s'user dans les anfractuosités de ce revêtement instable. Mon souffle reste régulier et pourtant un début de panique m'envahit. J'entends grogner, trop près de moi, dans mon dos. J'accélère, sûr de les distancer. Mais là, en haut de la côte, j'aperçois des précurseurs, leur cheveux fous voletant dans le matin frais. Ils paraissent cassés mais pourtant, ils avancent. Inexorablement.
Une large faille dans le bitume éclaté m'impose de bifurquer sur un des chemins du sous-bois. Elle ne les arrêterait pas.
Là, je ne veux pas aller, c'est le plus dangereux, je le sais.
Mais là, pas le choix.
Devant et derrière, c'est la première fois. Je suis comme cerné. Si ils m'attrapent, je serais dévoré.
J'allonge ma foulée sur ce nouveau terrain, mou, glissant. Une chute et...
Mais non. Pas cette fois. Je connais mon terrain. Ils ont plus peur que moi.
La terre s'ouvre sous mon pied. Plus d'appui. Je n'y comprend rien. Au même instant, une main décharnée griffe mon épaule. Inouï ! L'un d'entre eux, bravant sa propre peur, m'a quasiment rattrapé. Je vais tombé dans cette crevasse funeste, mais retenu dans la douleur de cette étreinte imprévue, j'ai le temps d'un ultime appui avec l'autre pied sur le rebord opposé du piège. La langue de feu jaillit, juste à l'endroit où j'étais une milliseconde plus tôt et agrippe à son tour le décharné qui m'attrapait. Ses serres griffues me relâchent l'épaule comme un hurlement inhumain souligne sa fin proche. Je bondis tant sous la peur que sous l'intolérable souffrance qui assaille l'articulation. L'être immonde, qui fut autrefois mon semblable, hurle comme la langue le digère déjà et l'entraîne dans le terrier de cette courtilière géante.
Je reprend mon équilibre et relance ma course, sans penser au mal qui déchire mon bras.
J'échappe à deux morts.
Pour cette fois... .
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