Jeune pêcheur

il y a
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Sur son scooter, il était arrivé au bord de la rive, hier sur le soir et avait planté sa tente prêtée par sa tante. Il aurait aimé tendre une ligne de fond, comme certains font, mais il n’en avait pas par manque de fonds justement. La nuit tombée, il s’était glissé sous la tente, et dans l’attente, à la lueur de sa lampe Camping gaz, il avait commencé d’écrire une nouvelle. Il avait  vite abandonné; écrire des mots tard n’est pas facile, la fatigue, les yeux qui papillonnent en dessous de la lampe. Rien ne vaut d’aligner des mots tôt le matin, l’inspiration vient plein pot,et ça gaze, pour certains c’est aussi l’expiration, mais c’est la faute à pas de chance pensa-t-il en s’allongeant sur le lit de camp.

Le lent demain se montrait, il regarda sa montre, cinq heures, l’heure du pêcheur. Pourquoi était-il là ? Une idée de sa mère et de sa tante. Il écouta le silence et regarda la rivière, l’eau plus chaude que l’air, une vapeur s’en élevait, la rivière fumait. Pourquoi lui n’avait jamais fumé ?
Il regarda devant, les feuilles amassées avaient fait un tas bas. Soudain derrière lui, sur le dévers, une voix féminine l’interpella : bonjour ! vous voulez des vers ? Je suis la fille de la fermière que vous avez vue à la ferme hier. Je suis l’amie des pêcheurs. Avec des gros vers, dans le canal, vous pourriez pêcher la carpe.
Pa possible, je viens d’être opéré du canal carpien.
Si jeune ?
Oui si jeune, mais il faut aussi que je déjeune. A plus tard, merci !
Il s’engouffra sous la tente, pourtant rien ne le tentait. Quand il ressortit, il ouvrit son grand sac et le vida, il en retira un short et dix scions, un pour chaque ligne, car chaque ligne diffère d’une autre, chaque ligne a son caractère et fait du volume.
Il allait lancer son fil lorsqu’il vit un corps qui descendait lentement au fil de l’eau, celui-là. Pris dans les remous, le corps dériva et passa pile sous le pont. A ce moment une dame cria : mon mari ! mon mari. Au secours! et il entendit la dame tomber à l’eau.. Au secours je me noie.
Allo ! Allo ! les pompiers. Venez vite appela-t-il, il y’a un noyé qui flotte, un frêne immergé l’a freiné, et sa emme qui se noie.
Où est-elle cette dame ?
Elle est sous le noyer. Le seul de la rivière.
Heureusement !
Sirène hurlante , la vedette des pompiers arrivait.
Une sirène d’eau douce pensa le pêcheur.

Cet épisode passé, il reprit sa pêche, une ligne bien plombée qui pourtant coula à pic brusquement. Sous un soleil de plomb, il sentit une forte résistance, il tenait un chevesne en bout de ligne. Il l’évalua, il devait faire au moins deux livres. Deux livres au bout d’une petite ligne, ça fait un drôle de volume. Le chevesne se débattait, alors le pêcheur tout de même à la page, imprima des mouvements circulaires à sa monture heureusement reliée au scion par un élastique.
Un accent grave doublé d’un accent aigu : attendez, on va le mettre à l’épuisette. C’était la fermière et sa fille.
Il vous a fait tirer la langue celui-là, approchez le, on va le mettre à l’épuisette.
Un dernier coup de reins du poisson et il retrouva la liberté. Le fil parti en vrilles ! suite aux manœuvres du chevesne. Un hameçon mal noué, Exclamation du pêcheur... M...
Vous vous êtes trop dépêché, à la pêche, on ne se dépêche pas, à part qu’un imprévu vous en empêche. Quand il est parti, le poisson fallait lui crier : Arrête ! Il aurait peu-être été toute ouïe.
Merci pour le conseil et le coup de main, et comme dit une pub à la télé : je l’aurai,un jour je l’aurai.
Vous pêchez toujours du bord, vous n’avez pas de barque ?
Non, mais vous savez, on me mène souvent en bateau dit-il en riant. Quant à la langue, c’est une bonne langue française, regardez vhum !
Nous n’en doutions pas répondirent avec un parfait ensemble la mère et la fille.Vous pêchez toujours du bord ? Sans barque, on ne sait jamais où on s’embarque !. La nôtre est amarrée seule au saule, là, si vous voulez vous en servir, vous pouvez, mais à la rame.
Merci, je travaille en imprimerie.
Et alors ?
Je suis toute la journée à la rame. Pour en revenir à la barque, en barque j’ai toujours peur que l’agent des VNF débarque et me débarque. Pas marrant d’aller amarrer devant les autres qui se marrent. Mais dites donc votre ferme, vous y vivez seules ?! elle me parait bien isolée.
Pour ça oui, elle est bien isolée, Isolation à un euro !
Je ne parlais pas de...
J’avais compris, Je suis comme la margarine je saisis vite.
Vous utilisez la Margarine ?
Non, je suis cultivatrice... je fais mon beurre !

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Jeanne en B · il y a
Bonjour Georges un texte très agréable pour réveiller mes neurones :-) des jeux de mots bien sympas et le "short et dix scions" m'a bien amusée. Bonne journée !
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Georges Marguin · il y a
C'est mon style. merci pour votre passage.
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Georges Marguin · il y a
C'est ma vraie plume. Ça vous a mieux amusée que le comité. Merci pour votre passage.
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M. Iraje · il y a
Comme un tourbillon sans fin, comme des sables mouvants en bordure de berge. Le lecteur est appâté et les âmes sont tristes sans vers ...
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Georges Marguin · il y a
C'est vrai, c'est un tourbillon sans fin. Merci
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jusyfa *** Julien · il y a
L'esprit de Devos transpire à travers tes lignes, l'exercice est excellent, bravo Georges.
Julien.

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Georges Marguin · il y a
C'était pour moi, une grande spécialité, qui s'est un peu usée au fil des ans mais bah! un grand merci pour votre passage.
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Georges Marguin · il y a
C'est mon style et ma signature Merci d'avoir lu
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Joëlle Brethes · il y a
Je vois que Félix a déjà lu et apprécié ton texte : vous faites une fameuse paire de rigolos, tous les deux 😁😉
Quant à ton chevesne : pas de regret ! Duborgel dans son livre sur la pêche avec des recettes pour cuisiner ses prises préconise "le chevesne sauté... par la fenêtre" tant l'animal est dégueu ;)

Ceci dit, j'ai pas pu répondre à ton dernier mail et t'ai donc laissé un MP sur ce site (petite enveloppe à ta droite sous ta binette et entre la clochette et le +
Bonne après-midi, bon week-end et biiiiises.

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Georges Marguin · il y a
J'arrive seulement. Ce que tu m'as demandé est fait Bises
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jc jr · il y a
Quand un mot en appelle un autre par le jeu des associations, cela donne, à mon sens une partie de pêche, légèrement décousue dans laquelle le poisson a toutes ses chances.
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Georges Marguin · il y a
La preuve il est parti. Mais vous, êtes venu, c'est bien le principal. Merci
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Felix Culpa · il y a
Je suis sous le charme de ces magnifiques jeux de mots. Une tradition qui, hélas se perd, et que vous remettez à la page, et je vous dit un grand merci !
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Georges Marguin · il y a
Merci surtout d'avoir lu.