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Jeremy sauve les aiglons

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Pierre Lieutaud

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Jeremy sauve les aiglons

Jeremy habitait au bord d’une rivière, dans un petit village blotti au pied d’une falaise si haute que certains matins elle se perdait dans les nuages. Une falaise de craie blanche où les alpinistes venaient s’entrainer en rêvant à l’Himalaya...
Tout en haut, sur les derniers rochers un aigle avait fait son nid. Derrière les vitres de l’école, Jeremy passait son temps à regarder le roi du ciel qui planait dans les courants d’air..
- Enfin, Jeremy, tu passes ta vie à regarder les nuages...Tu n’écoutes pas, lui disait le maître.
Jeremy redescendait sur terre et répondait :
- Je vous jure que j’écoute, monsieur, je regarde ailleurs, mais j’écoute.
Ce matin là, L’aigle tournait au dessus de l’école, toujours le même cercle pendant la matinée entière.
Quand la cloche sonna midi, les écoliers s’éparpillèrent en riant et retournèrent chez eux. Jeremy regagna sa maison. Le spectacle qu’il avait sous les yeux était si extraordinaire qu’il s’immobilisa et lacha son cartable : l’aigle était posé sur le toit de sa maison et poussait de petits cris en battant des ailes, il le regardait et tournait la tète vers la falaise.
Il m’appelle au secours, il doit se passer quelque chose là haut, se dit Jeremy.
L’après midi, au lieu de retourner en classe, il s’en alla chez le marchand d’équipements de montagne. Sur sa vitrine était écrit : « Matériel d’escalade homologués en tout genres, manilles, piolets, pitons, cordes, sacs de couchages ».
Il ouvrit la porte, une clochette tinta et un vieillard aux cheveux ébouriffés sortit de l’arrière salle
- Bonjour Jeremy, tu n’es pas a l’école, à l’heure qu’il est ?
- Je vais y aller, mon père m’a demandé d’acheter un piolet, des pitons et une corde...Alors, je suis là...
- Ton père va faire de l’escalade ?
- Oui, dit Jeremy, il passera vous payer
Jeremy sortit avec gros sac sur le dos et il se dirigea vers la falaise. L’aigle avait changé de place, il était maintenant au dessus de lui, posé sur un rocher en surplomb. Jeremy commença l’escalade. Au début, c’était facile, il accrochait ses mains aux grandes fissures dans les rochers, il appuyait ses pieds dans des trous. Il avait escaladé dix ou douze mètres et la montée devenait difficile ; il commença à planter les pitons, il faisait un nœud dessus avec la corde qui entourait son corps, et il tirait, il montait, un autre piton, un coup de piolet, un autre nœud...Le soleil de l’après midi éclairait la falaise.
Au fond de la classe, un élève l’avait aperçu:
- Jeremy, c’est Jeremy...Il escalade la falaise, c’est lui, c’est lui !
Jeremy grimpait. Maintenant il traversait de petits nuages, l’aigle volait à ses cotés
-Il a disparu dans les nuages, Jeremy a disparu en haut de la falaise !
Jeremy grimpait depuis quatre heures, le soleil descendait tout doucement. A l’ombre de la falaise, il montait toujours accompagné par le vol de l’aigle. Par moments, il était si près de lui qu’il voyait ses yeux, des pointes noires brillantes au milieu de cercles dorés et ces yeux semblaient lui dire : continue, Jeremy, continue...
Brusquement, la lumière du ciel revint, il était arrivé au sommet. Et là, entre deux rochers, dans un nid de branchages, trois aiglons appelaient désespérément leur mère...Un filet aux mailles serrées recouvrait le nid et les tenaient prisonniers...
Jeremy se rappela l’histoire de ces hommes qui capturaient des oiseaux sauvages pour les vendre aux zoos, aux parcs d’attraction. L’un d’eux avait emprisonné les aiglons et reviendrait bientôt s’en emparer. C’est pour cela que l’aigle l’avait appelé au secours...
Il déchira le filet avec son couteau et libera les aiglons. L’aigle se posa aussitôt dans le nid. Il regardait Jeremy fixement. Un aigle ne parle pas, mais Jeremy comprit qu’il le remerciait.
Un après l’autre, les trois aiglons se jetaient dans le vide, heureux de voler quelques instants et retournaient dans le nid. L’aigle s’était posé tout contre Jeremy, il sentait ses plumes le caresser. L’aigle était immense. Ses ailes déployées semblaient un grand parachute. Il regarda longtemps Jeremy, comme s’il réfléchissait et il s’envola et se posa sur son dos. Il enfonça ses serres délicatement dans son anorak, sans lui faire mal et il se jeta dans la pente en emportant Jeremy. Derrière lui, les trois aiglons suivaient.
La nuit tombait quand l’aigle, après avoir décrit de grands cercles au dessus du village, se posa devant la maison de Jeremy. Tout le village regardait le ciel L’aigle déposa Jeremy et puis alla se poser sur le toit de sa maison avec ses trois aiglons alignés comme des hirondelles.
Alors, Jeremy raconta l’histoire du roi du ciel qui avait eu besoin d’un petit garçon comme lui pour sauver la vie de ses aiglons. Sur le pas de la porte de son magasin, le vieux aux cheveux ébouriffés se grattait le nez, l’instituteur regardait le ciel comme s’il cherchait une explication à cette histoire extraordinaire, les enfants applaudissaient le héros du jour pendant que sa maman recousait les trous de l’anorak en se disant que son garnement de fils était encore allé courir dans les ronces et les buissons...
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Image de RAC
RAC · il y a
Un magnifique récit qui délivre une morale et fait rêver, bravo !
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