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Jean

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Spi

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Condamné dans cette prison intellectuelle qu’est devenue l’UOB
Il souhaitait étudier le droit, devenir avocat et porter la robe noire.
C’est le regard vers le ciel et le cœur dans les nuages que Jean se rend à Libreville
Fraichement bachelier il se permet de rêver, de croire qu’un jour dans ce pays il pourra étudier
Major de sa promotion, Jean est un élève d’exception
Il a enchainé les tableaux d’honneurs, Jean n’a jamais connu de déception
C’est un lundi matin que Jean s’en va recevoir le prix d’excellence des mains de son Excellence
Cérémonie faite Jean est encore honoré et sa mère restée au village ne le voit qu’à la télé, ses yeux se remplissent de larmes de joies lorsque sa progéniture serre pour une dernière fois les mains de son Excellence, sans imaginer que dans peu de temps son fils sera cloué sur une croix.
100m après avoir quitté le palais de son Excellence
Une pluie torrentielle de maux de tête vient à gâcher l’ambiance
C’est alors qu’il est amené de toute urgence à l’hôpital général
Et comme d’habitude il trouve le personnel médical qui ralle
Absence de médecins, il n’est que 8h du matin
Ils sont dans leurs cliniques mais Jean n’a pas les moyens
Livré à un interne et à une infirmière peu citoyenne
Il perd peu à peu son souffle et l’enfer scande amen
Jean est allongé sur le sol de l’hôpital, il cherche l’espoir au milieu d’un personnel qui déçoit.
« Examen de sang, de l’urine et de la glycémie... »
C’est l’ordre donné par l’interne à son infirmière qui vient de siffler ses deux bières
De la prise de sang jusqu’aux résultats des examens il a fallu attendre 2h et demi pour qu’on se rende compte que Jean faisait une anémie
- Je crois cet enfant n’a pas bien mangé
Il devient de + en + pâle et sa fièvre ne fait qu’augmenté
S’exclame le 2e interne à la vue de Jean qui flirt avec le comma
« Qui sont les parents de cet enfant ? » Demande l’interne
A default d’une assistance familiale, Jean bénéficie de l’identité standard :
Enfant de Kinguélé ou surement des akébé
Il a la bouche qui put on dirait la décharge de Mindoumbé
Vue ses vêtements je dirai qu’il les a volés
Je ne perdrai pas mon temps avec un enfant abandonné

Dans tous les cas ce n’est pas de notre faute si l’hôpital manque d’équipement à la pointe de la technologie
Ce n’est pas de notre faute si l’hôpital souffre d’hémorragie
Pendant que les deux internes s’attardent sur “à qui la faute“
L’infirmière se persuadait que Jean avait fait une surdose
Que c’est probablement un consommateur de "kobolo"
Et c’est pourquoi à l’appel de la mort il a répondu "oui allo"
Un seul cas et déjà 3 avis médicaux différents
Qu’est-ce qui ne va pas dans notre système médical ? Qu’est-ce qui calle ?
Voilà un, 3e interne fière allure, blouse très blanche sur mesure qui s’avance dans le long couloir
Du coup sans le savoir il écrase la main droite de Jean
Voyant que ses collègues et l’infirmière sont dans une impasse face au diagnostic du patient
Il hoche sa tête tout en esquissant un sourire hautain, lui, le diagnostic il le connait : « Cet enfant n’a rien de grave, ce n’est parce qu’il bave que vous serez aussi vraiment bavards, Jean a des céphalées au ventre »
Ne riez pas c’est sérieux !
Ces internes qui prescrivent des médicaments qu’ils ne connaissent pas pour traiter des maladies qu’ils connaissent encore moins à des patients qu’ils ignorent.
Tandis que le cas de Jean s’empire, pire que les internes ne savent quoi dire, la salle de réunion du palais de son Excellence accueille trois personnes qui visiblement, visent librement prendre possession du corps et de l’esprit de Jean. Mais l’esprit du petit génie cri audiblement, vit péniblement sa séparation d’avec le corps qu’il anime de mouvement. Mais son Excellence et ses deux associés insistent, persistent et finissent par se servir chacun à son tour le cervelet de Jean qu’ils dégustent tout en ingurgitant les globules blanc et rouge qui se mouvaient dans le corps du désormais défunt Jean. Par terre les yeux ouverts, Jean découvre le revers de la médaille, Jean vient de daye . Et comme il n’a personne de son sang à l’hôpital pour verser des larmes sur son corps, aucune femme n’a noué un pagne autour des reins pour réclamer la dépouille de Jean. Une larme lente entame une descente alarmante...sur sa joue
Qu’ont-ils fait de sa destinée ?
Ils se sont amusé à la gaspillée
Se partageant ainsi sa nudité
Une gloire de plus s’est éteinte trop tôt
Trop tôt le soleil s’est levé dans ses idées
Et ici dans notre bled c’est un malheur d’exposer son géni
Alors ce soir donnes un battement de ton cœur pour Jean
Et l’autre pour nos dirigeants
Alors ce soir donnes un battement de ton cœur pour la mère de Jean
Et l’autre pour tous ces gens
Et chaque fois que je me souviens de son rythme cardiaque
Un temps je m’essouffle
Un autre je m’étouffe
Lorsque sur le brancard de la morgue ils emportaient son corps
Je me suis donné tout le tort du monde, pourtant j’ai soufflé dans ses narines et dans sa bouche
Pour lui transmettre mon souffle, Jean s’en est allé et moi je souffre
Alors ce soir donnes un battement de ton cœur pour Jean
Et l’autre pour nos dirigeants
Un battement de cœur pour ceux qui ont besoin de nous aux urgences
Et l’autre pour ceux qui ont perdu le bon sens
Un battement de cœur pour tout ce qui comme Jean
Ont eu la malchance de naitre un peu trop intelligent
Un battement de ton cœur pour un rêve émergent
Et l’autre pour une réalité énervante
Qu’ensemble nos battements de cœur puissent redonner la vie à Jean
Qu’ensemble nos battements de cœur interpellent nos dirigeants
Qu’ensemble nos battements de cœurs portés par le vent soient des signaux express dans un univers où la mort nous guette, presse, elle nous agresse.
Il souhaitait étudier le droit, devenir avocat et porter la robe noire.
Désormais lorsque tu sens battre ton cœur : saches qu’un coup un enfant naît et un autre meurt
Mais saches surtout qu’un battement de ton cœur exprime la vie et un autre la mort.

Si je dis tout, tout ne sera pas dit.
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