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Je ne vis pas comme vous

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Clarajuliette

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Je ne vis pas comme vous. Vous le savez bien en vérité, mais vous feignez de l'ignorer.

Cette nuit je n'ai pas dormi, j'avais faim. On pourrait dire que je mourrai de faim, si seulement je pouvais mourir. Je traînais dans ma chambre d'hôtel au Lady's Day. Je suis connue là-bas, aimée même. Il y a des nuits où on me chouchoute. Ils me préparent des gueuletons. Je ne sais pas qui prend soin de moi comme ça ? Souvent ils m'offrent du poulet froid ou encore mieux un rôti bien saignant. Mes dents sont blanches, mes canines acérées comme des poignards luisants. Déchiqueter cette viande froide la nuit, pendant que vous autres dormez, c'est tout simplement jouissif ! Seule dans la nuit à me délecter de cette viande, à boire ce sang c'est presque le bonheur. Presque...Il me manque du sang, encore et encore du sang. Il me manque des proies plus humaines, vous voyez. Des proies moins consentantes qu'un poulet froid.


C'est arrivé un matin, très tôt. J'étais dans ma chambre, devant mon miroir, je vérifiais ma dentition. J'ai toujours peur que mes dents me fassent faux-bond. J'ai entendu des bruits métalliques qui provenaient des cuisines en bas, des voix humaines, des cris, des hurlements. Puis le silence à nouveau. Le réceptionniste de l'hôtel est venu me chercher. « Tout est prêt » m'a-t-il annoncé en me souriant. « Vous pouvez descendre dans la cuisine. Venez comme vous êtes, tout ira bien »


Sur la grande table de la cuisine, un avocat (je l'ai reconnu à sa longue robe noire) était couché sur le dos. Quelqu'un l'avait découpé en deux dans le sens de la longueur. J'admirais le travail soigné, une scie circulaire sans doute. Le sang avait cessé de s'écouler de cette plaie gigantesque. La chaire blanche sentait bon. Je pouvais déguster mon avocat, nature, sans besoin de crabe ni de mayonnaise. Ce pauvre homme qui avait eu le malheur de rencontrer la lame d'une scie, était bien plus appétissant qu'un banal poulet froid ou qu'un simple rôti saignant.


Je ne savais par où commencer. Déchiqueter une cuisse (ce n'était pas du poulet), planter mes canines en plein cœur (ce n'était pas une offrande), grignoter comme un apéritif des morceaux d'oreille ou de nez ? Trop caoutchouteux. J'étais affamée, j'ai mangé dans le désordre un peu de tous les morceaux, jusqu'à satiété.


Le jour se levait. Les premiers clients arrivaient pour prendre leur petit déjeuner. Je devais m'éclipser dans ma chambre, à l'abri de ces humains qui ne m'aiment pas, de ces avocats vengeurs qui ne me défendront jamais !

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