Je n'aurai pas marché pour rien...

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Étant passionnée d'écriture depuis quelques années, j'ai décidé de mettre sur ce site mes textes, et de partager ma vie, mes sentiments et mes ressentis avec d'autres personnes. Il y aura  [+]

Marcher, marcher sans fin, lâcher ses repères, quitter les territoires connus, avancer à travers les rues et les quartiers de plus en plus excentrés, transformer sa propre dimension et espace en labyrinthe, s’amuser à perdre le fil.

Être un explorateur, n’avoir ni sac à dos, ni guide, ni beaucoup d’argent – juste un carnet, une plume, et un livre et se servir des bancs publics, des cafés sans charme, des porches sous la pluie pour spéculer autour des fleuves de souvenir.

J’aime marcher. J’aime traverser la campagne, longer le bord des lacs. J'aime surtout marcher dans cet espace et c'est là que j’éprouve mon vrai rythme. Je parle des vraies campagnes, celles de la France, la Suisse, la Suède et des Pays-Bas. Je parle de Shirakawa-go, le véritable refuge japonais où la vie paisible et le paysage pittoresque sont réunis pour calmer les esprits tordus. Je parle de Giethoorn, cette dimension villageoise aux combinaisons naturelles originales, qu’il faut connaître aux Pays-Bas pour croire qu’on n’y circule qu’au travers des canaux.

En marchant, je contemple les sommets et la nature face à moi, d’un regard apaisé, pendant que l’astre du jour surgit, joyeux de retrouver le monde. L’air est d’une transparence extraordinaire et en plissant les yeux, je pourrais voir presque tous les détails de ce merveilleux tableau en couleurs garni de beaux détails de ce paysage. Devant la prodigieuse majesté de ces montagnes, l’anecdote de la marche devient inutile. Il n’y a qu’à lâcher prise devant ce spectacle pour se fonder dans les pierres et se réchauffer dans les rayons du soleil naissant.

En marchant dans cette nature, son monde m’envahit d’un seul coup et comme une rivière, il m’aspire dans ses creux. Pendant quelques furtives secondes, mon âme s’emplit de couleurs et de senteurs me transperçant de toutes parts.

Marcher dans la ville a également son toucher exceptionnel. Toutes les villes ne fonctionnent pas de la même façon. A Bruxelles, à Paris, à Berlin, à Toronto, le sentiment du vide pourra gagner les âmes tout de suite et freinent les pas des humains, mon propre témoignage et celles des gens que l'on côtoie tous les jours. En Asie, je préfère circuler en taxi, le nez écrasé contre la vitre, comme pour visualiser tous ses édifices enchantés et ses miniatures.

Il ne s’agit pas d’explorer une ville inconnue, mais de la feuilleter comme un livre préféré. Il ne s’agit pas de la découvrir, mais de se redécouvrir au fil des rues et des perspectives familières, infinies, pleines d’Histoire.

C’est en marchant que je fais des rencontres. Pas les rencontres amoureuses – pour ces rencontres-là, il y a les scénarios. Non, les rencontres sans sexe, sans espoir défini, sans avenir.

Marcher, marcher, respirer, voir et résumer les gens, tous les gens, en comprimé et en détail, les sept milliards figurés par les quelques milliers que vous pouvez croiser chaque jour. Mille, déjà, forment une foule innombrable.

Longues promenades sans rendez-vous à la clé, sans courses à faire, sans pittoresque, qui vous apprennent plus sur la vie que les témoignages directs, qui changent votre rythme et votre esprit, qui vous remettent dans le ‘mood', quelqu'en soit la ‘couleur' (blanc, noir ou gris – neutre).

Les chiens qui foncent sur vous, dans les squares. Tête triangulaire, concentrée et puissante. La plupart ne sont pas méchants. Se jettent sur vous, ou pas, vous stoppent sans vous renverser. On met la main dans la fourrure, sur le flanc. On surveille quand même la gueule, l’œil, la langue.

Les quartiers difficiles et ceux qui sont plus calmes et qui vous noient dans l'absolu, sans référentiel ni mesures. Les gens qui vous regardent d’un drôle d’air parce que vous êtes différent. Vous êtes né quelque part dans le monde, vous faites deux mètres, vos cheveux sont gris, vous ne portez pas d’écouteurs : forcément vous détonnez. Dans certains quartiers, l’hostilité est sensible, mieux vaut passer à grands pas.

Sans marcher, on existe encore, mais comme un pur esprit qui se cloue immobile dans son coin fuyant ainsi la folie de l'existence humaine...

On prend un taxi, on saute dans le bus, c’est bien aussi, on regarde par la fenêtre mais la boussole n’est plus couplée sur le regard.

Aller de l’avant. Vivre en marchant le poème du jour. Ne s’arrêter que pour regarder le ciel.

C'est bien, non ?
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