Jack la Ventrèche

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Après avoir beaucoup voyagé voilà qu'il m'arrive d'écrire quelques lignes,toujours pour moi,comme un chanteur sous la douche. c'est la première fois que je me dévoile à un éventuel public  [+]

Il était une fois, dans les bas fonds de la ville de Rodez, dans ses quartiers sombres toujours dans la pénombre, un petit garçon qui mettait son doigt dans son nez.
Même les jours de beau temps, cet endroit sentait le moisi et le pipi de chat ; le petit garçon le sentait bien quand il retirait une grosse crotte de nez, qu'il mangeait aussitôt.
Il habitait là, le petit garçon, dans la rue du Sapin Mort au n°6, mais lui, il restait toujours assis dehors devant la porte, même l'hiver, la morve au nez et la figure sale. Il n’arrêtait pas de tousser, pourtant son père lui disait de ne pas le faire en le menaçant de le frapper avec le martinet.
Le petit Paul avait très peur de son père, qui le battait, dès qu'il avait bu du vin. Ça c'était le jour, car la nuit le petit Paul était tranquille. Son père passait ses nuits dehors à attaquer des chats pour faire des pâtés qu'il vendait au marché du Jeudi, et des chaussons bien chauds pour les voisins, Mais rien, pour petit Paul, qui lui, allait pieds nus d'un bout à l'autre de l'année, pour pouvoir tousser très fort et avoir mal dans poitrine, pour énerver son père. Comme il saignait souvent du nez, les gens l'avaient surnommé 'nez rouge', ce qui aurait pu aussi bien aller à son père, à cause du vin, mais lui était déjà surnommé 'Jack la Ventrèche', pour ses activités nocturnes.
Si le petit Paul avait eu une maman il aurait pu pleurer dans ses bras quand il avait du chagrin, mais sa maman était morte depuis longtemps, d'avoir pris l'autobus, en pleine poitrine en traversant sans regarder, ce qui est bien fait. Assis sur un parpaing abandonné sur le trottoir, le morveux aux doigts gelés attendait Noël. Comme il ne savait pas lire, ni les lettres ni les chiffres, il attendait là depuis début Décembre sans savoir exactement ce que voulait dire ce 'bientôt'.
On ne peut pas dire qu'il attendait quelque chose de Noël, mais il trouvait les gens plus pressés que d'habitude, voir nerveux et trouvait ça rigolo. De son vieux short trop grand pour lui, dépassaient des genoux bleus et maigres. Il avait faim comme presque tout les jours, lorsque son père oubliait de rentrer, endormi chez une femme de mauvaise vie.
C'est deux jours avant ce Noël du 'bientôt' qu'il attrapa la tuberculose et un furoncle sur le genou droit. A quarante et deux dixièmes il se laissa glisser sur le trottoir glacé et cela lui fit du bien. Une grande dame noire posa sa main, froide aussi, sur son front pour lui faire encore du bien, elle le souleva puis l'enroula dans une couverture, il perdit conscience.
Mme Laféssa Mareine emporta l'enfant sans se soucier de savoir s'il avait des parents ou bien. Elle avait elle-même déjà six enfants en bas age, puisque le plus grand avait sept ans. Laféssa était arrivée à Rodez dix ans auparavant et s'était mariée à un homme volage, qui l'avait bien fait souffrir avant de s'enfuir avec une blanche. Au moins aujourd'hui malgré les problèmes, elle n'était plus battue, et sa peau avait repris sa belle couleur chocolat.
C'est cette fameuse couleur chocolat qui fit hurler petit Paul à son réveil, quand cinq ou six têtes de cette couleur se sont penchées sur son visage pour l'observer. Lui n'avait jamais vu d'enfants noirs, ni même de parents d'ailleurs. Le premier mouvement de peur passé, il fit les mêmes yeux ronds que ceux des autres enfants, du coup tout le monde se mit à sourire puis à rire aux éclats.
Bon les enfants, il nous faut remplumer ce petit blanc chétif et d'abord le guérir. Après moult soins, massages à l'huile parfumée et grosses assiettées de maïs bouilli dans un bouillon aux herbes aromatiques, le petit Paul tenait une forme comme jamais. Mme Mareine continuait à le masser sur tout le corps avec ses fameuses huiles, ce qui fait qu'il sentait toujours bon. En six ou sept jours il avait pris trois kilos, il avait des fesses et des joues roses, du reste les autres enfants venaient le tâter, le pincer, et caresser sa peau si douce et parfumée. La veille du réveillon de la St Sylvestre, aidée de ses enfants, Laféssa prépara une farce fine au lait, chair de volaille aux truffes et brioche qu'elle stocka au frigo pour la nuit. Au petit matin, elle sacrifia rapidement l'enfant, le farci, le brida en silence et le plaça au four badigeonné d'un mélange de miel, d'épices et de cognac. Cette année là l'invité d'honneur - un homme pauvre du quartier, c'est la coutume - n'avait jamais mangé de blanc confit, souvent des chats, mais pas de petit blanc confit. Pour une fois il aima les enfants.




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Alice · il y a
Oh la la... J'ai cru qu'on était partis sur un truc genre la petite fille au allumettes, moi ! Ah ah
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Chantane P. · il y a
je vous découvre se fut un plaisir dans mon insomnie de vous lire, je vote
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Exophorie · il y a
À mon tour de découvrir tes écrits, ils sont à la hauteur de tes commentaires ! Madame Mareine, prude, avait négligé sa quenelle. Cela eut pu faire, agrémentée d'herbes aromatiques, une petit amuse-gueule exotique !
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Utilisateur désactivé · il y a
ça donne faim !
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Miss Free · il y a
Quelle chute horrible! J'ai naïvement cru à une fin heureuse... enfin tout n'est pas perdu le repas avait l'air succulent! ;-) je l'avais raté ce texte, quelle bonne idée de le lire avant de dormir!
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Utilisateur désactivé · il y a
Ah mais tu es horrible! et raciste en plus ! Trop drôle, je comprends mieux tes remarques sur mes contes pour enfants ! ( contes cruels, c'est une idée ça non ?)
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Bisaigue12 · il y a
De racisme point, surtout pas, mais d'horribilisme certes oui,serait-ce ma seconde nature ? Merci de ta fidélité.
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Sylvie Loy · il y a
Oh la vache t'as fait fort. Tu ne ménages pas ton lecteur !
Confidence n°1: j'ai adoré l'humour que tu distilles sous couvert de bons sentiments. La pitié est là, tu brosses un tableau si triste du petit que même si je souriais j'étais triste de sa situation ! Quand même, il avait pas de chance le gamin !
Confidence n°2: la fin est gore. Si gore que c'en est jubilatoire. Mais comment fais-tu pour nous tirer notre part sombre en nous faisant rigoler d'un destin tragique d'un enfant en plus ???!
Confidence n°3: si t'en as d'autres comme ça des textes, j'en veux encore !!!
Bref, j'ai adoré !
( Quand même, pauvre gamin...)
:-))

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Bisaigue12 · il y a
Quand j'étais petit j'ais été traumatisé par certains contes d'Andersen, qui eux, véritablement destinés aux enfants me semblaient et me semble encore, assez horribles. Dés lors une petite caricature m'a parue possible, voir souhaitable; Vengeance!
Une fois de plus merci de ton soutient encourageant Sylvie.

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Sylvie Loy · il y a
You're welcome my friend !
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Verostmartin · il y a
Dès que la farce fut prête, j'ai hélas deviné, avant de lire les dernières lignes, à quelle faim elle était destinée...
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Bisaigue12 · il y a
On sent la bonne cuisinière!
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F. Chironimo · il y a
cette histoire est horrible! c'est sans doute pour cela que j'ai adoré!
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Bisaigue12 · il y a
allez tout est bien qui fini bien, autour d'un bon repas, sans le barde....
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Dolotarasse · il y a
Oh vous êtes sadique mais pas pu m'empêcher de rire ! Mais quelle histoire...
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Bisaigue12 · il y a
merci , la vie n'est pas une longue rivière calme, et souvent la gastronomie l'emporte sur le reste...crdlt

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