J’ai peur du printemps

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J'ai attendu des années avant d'ouvrir cette boîte de Pandore d'où ne cessent de s'échapper mes histoires qui ne sont que la transfiguration de petits souvenirs épars. Que me restera-t-il après  [+]

Image de Printemps 2020

On dit que le printemps est là. D’accord. Ce matin les oiseaux étaient en concert et ont monté leurs trilles dans leurs notes les plus aigües. Et, au bout des branches, il y a ces minuscules feuilles vert tendre qui ne peuvent tromper. Et la luminosité n’est plus la même. Ah ! La lumière du printemps, si indiscrète, si impudique ! Elle dévoile tout : la poussière oubliée sur les meubles, les taches négligemment laissées dans les recoins des pièces, le blanc nous apparaît crème, le noir semble gris. Il est temps de faire le grand nettoyage ! Si ça pouvait être possible pour tout ! Car il reste toujours les cicatrices mal refermées que l’hiver avait masquées et qui sautent aux yeux maintenant, immondes et déplacées. En hiver, il suffit d’avoir chaud pour être bien. Mais le printemps est plus exigeant. Il veut que l’on soit heureux. Heureux ! Vous vous rendez compte ? Quel challenge !

Le printemps a ses exigences, mais on ne peut lui faire confiance. C’est un amant volage. Il vient vous faire de l’œil, vous attire et quand il vous a bien séduit, crac, il est parti ! Et on ne sait quand il va revenir. Il est infidèle et flirte avec l’hiver. On range les gros pulls, on dépose les armes qu’on avait fourbies pour nous défendre contre les assauts du froid et il nous prend en traitre. Il envoie ses armées de lanceurs de pollen qui nous font éternuer puis il nous saisit à la gorge et au moment où l’on s’y attend le moins – par une belle journée lumineuse par exemple – il nous plante un coup de couteau dans les poumons.

Et pourtant, au printemps tout le monde est content. Les filles sont belles, elles dévoilent leurs longues jambes souples sous leurs jupes légères, elles osent les imprimés de couleur ou préfèrent la douceur des tons pastel. Certaines paradent comme de jolis oiseaux, d’autres donnent envie de les caresser comme des poussins fragiles. Elles vous laissent imaginer des mots susurrés sous les arbres en fleurs, la tête dans l’herbe fraîche et les yeux dans les nuages, qui se font la malle dans le ciel. Ils se sauvent, ils ont peur de rester là et d’être mal vus. Alors ils pleurent et on dit : « Encore une averse ! ».

Le printemps est inconstant. Je lui préfère l’automne. La tête pleine des souvenirs de l’été, il nous mène d’un pas sûr, là où il doit. Une petite vague d’été indien ? Il nous laisse profiter encore un peu de cette douceur, mais nous rappelle bien vite qui il est avec ses couleurs mordorées et ses jours qui raccourcissent. Alors, il nous reprend par la main et nous emmène tout droit vers l’hiver. Mais chut ! N’en dites rien au printemps ! Il pourrait mal le prendre et je serais bien triste s’il ne revenait plus.

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Joan · il y a
Superbe, tout simplement.
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Ombrage lafanelle · il y a
C'est très joli et réaliste. On se fie aux rayons du soleil qui pointent, on se dit qu'avec quelques degrés de plus on ose la robe légère ☺️ et puis il pleut ou bien le vent se montre. Bravo pour ce texte :)
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Eric diokel Ngom · il y a
Magnifique J'ai bcp aimé ..un texte original et bien structuré.. une maîtrise des mots .. un style particulier merci de m'aider à progresser en donnant un commentaire à mon texte je suis nouveau
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Brandon Ngniaouo · il y a
Quel beau sens de l'observation, et quelles belles descriptions. Bravo à vous. Vous-avez toutes mes 3 voix.
Je vous prie de me soutenir en allant voter pour mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs, si bien sûr il vous plaît.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
Et à me laisser quelques commentaires si l'envie vous vient.

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Arnaud-Christ EKONE · il y a
Pénélope, bravo! Tu as mes voix.
sincèrement c'est très profond, sans parler de l'imagination caractéristique du récit.
Aussi, les nuances linguistiques y sont.
Je te convie à lire «Les cieux,la cime et la prairie» et d'y laisser tes voix si jamais tu es emporté dans le voyage de ce conte.

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Ozias Eleke · il y a
Suis sans voix face à ce texte. J'ai adoré Pénélope. Merci
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Fodé Camara · il y a
Bravo ! Vous mes 5 voix.
Merci de passer faire un tour chez moi et voter mon texte si vous avez le temps 👇👇
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lerrance-spirituelle-1

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Bahatiane LONLI · il y a
Félicitations à vous Pénélope. Texte bien beau ! Bravo! Vous avez mes voix. Je vous invite à parcourir "La nuit noire" en compétition pour le prix des jeunes écritures, et la voter; si vous la trouvez intéressante bien sûr!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-nuit-noire-1
Encore une fois, félicitations.

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Blandine Rigollot · il y a
C'est bucolique, malicieux, frais, et même si vous annoncez lui préférer l'automne, on sent bien que le printemps, tout fourbe et imprévisible qu'il puisse être, a tout de même vos faveurs (réservées cependant). Je vois aussi dans ce texte des subtilités de langage tout à fait charmantes.
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Pénélope · il y a
Printemps déconfiné : nouvelle angoisse pour les âmes intranquilles.
Que faire de tout ce bonheur pour ne pas le gâcher? Merci pour votre lecture.

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Boubacar Diallo · il y a
Très beau texte. Bravo et bonne chance pour la suite...
Toutes mes voix!
Je vous invite aussi à lire mon histoire https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/de-l-amour-au-trepas-une-mere-morte-1
Et à voter pour me soutenir!!

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