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IVG

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Lulla Bell

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37 voix

Elle m'a accompagnée jusqu'à l'infirmerie et a décliné mon identité. On m'a faite asseoir pour une prise de sang et, tandis qu'une Infirmière s'en chargeait, une autre énumérait les éléments de mon dossier : nom prénom âge etc. Motif de l'hospitalisation IVG. Elle se tourna vers moi et me demanda sur un ton neutre :
- vous n'avez pas changé d'avis ? Je fis non de la tête.
- Vous remplirez et signerez cette autorisation ! C'est une décharge. Maryse, vous l'accompagnerez avec les autres dans la chambre commune." Je remplis le document, signai et me retrouvai dans une chambre où étaient entassées une dizaines de jeunes filles. On me désigna mon lit en me tendant une chemise blanche à mettre le lendemain après ma douche. Je me souviens des visages hagards de certaines et d'autres filles, très jeunes, qui rigolaient ensemble et fumait leur clope devant la fenêtre en surveillant d'un œil la porte d'entrée pour ne pas se faire choper.
Assise sur le lit, je repensai à lui, à ses mots : "je prends tout en charge Mais tu sors de ma vie ! Tu es allée traîner avec un autre que moi, c'est pas le mien, c'est impossible il n'est pas de moi". Malgré mes larmes et protestations il refusait de me croire, lui, mon grand amour, qui avait juste commis une erreur pendant un acte d'amour. Il m'avait déposée à l'entrée de l'hôpital. Mes parents me croyaient chez ma sœur. J'étais seule avec cette vie au creux de moi à laquelle je devais renoncer. Parce qu'il ne fallait pas, parce que ce n'était pas le moment, parce que je ne pouvais pas, parce qu'elle avait été donnée à deux mais qu'à présent j'étais seule et je ne pouvais l'assumer. Ça battait au creux de mon ventre... un petit coeur comme un appel au secours. Ça battait et, malgré le stéthoscope que le médecin avait planté dans mes oreilles afin que je réalise cette vie qui poussait, je me refusais de me sentir coupable d'assassinat. pourtant, j'aurais voulu partir en courant, revenir en arrière, dire "je le garde" et me battre pour nous deux. Mais je ne l'ai pas fait. Faible j'étais, lache aussi.
Le médecin est passé pour nous voir à tour de rôle. Il expliqua à chacune la méthode, à haute voix, afin que les autres apprennent bien la leçon avant leur tour. D'abord avaler la pilule et puis il aspirerait le fœtus. Ce serait douloureux mais c'était le prix à payer. La petite chose mourrait et nous retournerions dans la chambre, saignantes et en pleurs. Ensuite, on nous donnerait une ordonnance avec une contraception et un cours d'éducation pour ne pas que cela se reproduise. Le soir nous pourrions rentrer chez nous. Arrivé à moi, au vu de mon dossier médical il me dit :
- Vous, vous ne devez pas avoir d'enfant, c'est interdit, donc comme c'est une raison médicale vous aurez une petite anesthésie générale. Vous ne sentirez rien mais il faudra songer à une ligature des trompes dans l'avenir !" Je restai bouche bée, pesant ma chance et en même temps l'injustice. Les filles avaient la trouille, certaines pleuraient, une m'a même dit que j'étais pistonnée. Moi je ne pensais qu'à cette vie que je condamnais. Je ne pus rien manger au souper et, afin que je trouve le sommeil, on me donna un somnifère. Les interventions commençaient tôt le matin. Nous, les ivg, passions entre deux opérations, à la va vite. Les autres filles avaient pris leur pilule, on m'avait placé une perfusion. Toutes effarés comme des enfants nous attendions notre tour, nues sous nos chemises blanches ouvertes dans le dos. On venait nous chercher à tour de rôle et l'on partait vaillamment à pied, une main tenant la chemise dans le dos pour cacher notre intimité. Elles avaient l'air de condamnées à mort ces gamines et pourtant, elles étaient bourreaux. Quand ce fut mon tour j'avançai en chancelant, ma main droite cramponnée à ma potence et la gauche essayant de cacher mon pauvre derrière. Mais le pied à perfusion roulait mal et, en désespoir de cause, j'abandonnai ma chemise pour ne pas que ma perf s'arrache et j'arpentai ainsi les longs couloirs les fesses à l'air. Mais finalement quelle importance. On aurait tout aussi bien pu me faire déplacer à poil, ou me raser la tête pour l'horreur que j'allais commettre. Arrivée dans la salle, on me fit monter sur la table, les pieds calés dans des étriers. On appela l'anesthésiste. Les ustensiles cliquetaient sadiquement autour de moi. On testa l'aspirateur en me précisant que c'était avec cela qu'on allait enlever l'intrus. Je posai alors la plus idiote des questions :
- Mais vous allez l'endormir avant, ou lui faire une anesthésie aussi ?" C'est ainsi que je su que pendant mon sommeil, cette petite chose agoniserait automatiquement puisque détachée sauvagement de mon utérus. Quand l'anesthésiste m'injecta le produit en m'avertissant que ça allait piquer, les larmes coulèrent en flot, telle une rivière, boueuses comme mon coeur l'était ; et quand, étonné, il me demanda s'il m'avait fait mal je répondis :
- non j'ai juste peur ! il me rassura :
- cela va bien se passer ne vous inquiétez pas !" Pour moi, oui mais l'innocence, elle, allait mourir. C'est ainsi que j'ai tué mon bébé un mois de septembre, en toute légalité ! Aujourd'hui j'arrive à parler de lui en le nommant mon bébé, en l'incluant dans ma vie de femme comme une première grossesse, consciente de l'acte commis. J'ai fait un déni durant des années avant d'accepter ma vérité et de me pardonner. L'intervention volontaire de grossesse n'est pas une décision que l'on prend à la légère et que l'on peut banaliser. Et si c'était à refaire ? Je n'ai pas de réponse ! Il n'y qu'une seule chose dont je suis à présent certaine : si je n'avais pas fait cela, aujourd'hui, je n'aurais pas le bonheur d'être comblée par mon enfant.

37 VOIX

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Kiki · il y a
vous avez écrit sur un sujet pas évident. C'est poignant. Le mec salaud.... et la dureté de cet acte et vous seule au mileu de tout ça; Pas évident mais j'ai aimé lire jusqu'au bout. BRAVO.
Je vous invite à aller lire le poème les cuves de Sassenage et vous guiderais dans les entrailles de celles ci. Merci d'avance et à bientot.

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Jo Hanna · il y a
Un texte pas facile à écrire et pourtant très beau et très réussi. Un sujet qui fait polémique mais pour moi il est très bien traité avec tes mots toujours pleins de justesse. Bravo !
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Zurglub · il y a
Dur... mais beau texte !
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AntonioDelAro · il y a
réaliste, ça me rapelle une histoire vécue avec ma première fiancée, quand nous avions 16 ans...
bisous, Antoine

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Yann Suerte · il y a
Superbe de touchant...Chapeau bas...Mes votes. Et si vos pas vous y perdent, je vous invite cordialement à visiter mon Atelier, en finale du concours d’automne. Yann
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Pascal Depresle · il y a
J'ai eu des frissons pour ce sujet délicat si bien traité, bravo. A l'occasion, si le cœur vous en dit, mon "Gamin" est en finale et mon univers vous est grand ouvert Amicalement http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gamin-le-pont
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Che · il y a
Respect Lulla, texte dépouillé, récit minimaliste qui signe un vrai moment de vie, oui de vie
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Jean Calbrix · il y a
Un sujet difficile très bien traité. On en sort la larme à l'œil. Bravo Lulla. Vous avez mon vote.
Je vous invite si vous avez un peu de temps à lire mon sonnet Pétrole : http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/petrole.

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Patricia Burny-Deleau · il y a
Poignant, bouleversant, je n'ai pas de mot pour exprimer ce que je ressens.
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DANY 14 · il y a
texte poignant ,mais situation malheureusement assez fréquentes.Un amant qui ne veux pas reconaître être le père,laisse sa compagne affronter une situation difficile pour elle et qui laissera des traces sur le plan psychologique et dans certain cas physique.Un corps médical pas toujours très compréhensif.Il faut beaucoup de courage aux femmes pour affronter cette situation...
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