Le cirque Tinder

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Écrire pour exprimer ce qu'on ne sait pas dire. Écrire pour exister. Écrire et puis mouri  [+]

Résumé des épisodes précédents qui n’ont jamais vus le jour:

Nous retrouvons nos deux protagonistes qui se sont donnés rendez vous suite à un contact sur Tinder dans un café du centre ville.
Apres moult péripétie et quiproquos hilarants sur les conditions de leur rencontre ils s’installent enfin dans le débit de boissons.

C'était pas très raisonnable de se faire la bise, hein, mais ce qui est fait et fait, n’est ce pas?
Bon, alors, qu’est ce que tu veux boire? Je lui demande en l’observant un peu à la dérobée.
Bien qu’à la dérobée, ne soit pas l’expression la plus juste, car uniquement séparés par la table du bar, ça donnerait plutôt à voir le regard enfiévré de l’anthropophage qui découvre son repas du midi!
Sans commentaires pour le moment, elle est fringuée comme un sac, ça fait une masse informe, je ne distingue pas vraiment de poitrine, ni de taille, ni de hanches. J’en suis perplexe. Bref, il faut bien passer le temps maintenant et je commence à déballer ma vie.
Il n’y a que moi qui parle et qui parle de moi, c’est ce que je fais de mieux, c’est ce que j’aime faire le plus.
Un ego surdimensionné pensez vous?
Peut être bien, disons que c’est un sujet que je maîtrise et puis je m’amuse à embellir mon parcours de vie, à faire mine de découvrir les sites de rencontre, moi qui les fréquentent depuis l’avènement du Minitel, à me faire passer pour un ignare qui n’a pas le bac mais qui a réussi quand même parce que l’époque le permettait et puis que je suis pas si con et même plutôt intelligent, la preuve je suis devenu entrepreneur, patron, gérant d’entreprise.
C’est assez minable, ça me ressemble finalement, dans la version bio non retouchée.
Elle ne parle que lorsque je l’interroge et ses réponses sont laconiques.
Elle est pas jojo la Corinne.
Mais pourquoi je m’entête comme ça?
Je n’aurais pas mieux à faire plutôt que de perdre mon temps et de lui faire perdre le sien?
J’ai commandé un thé et elle un café.
Alors que je rêvais d’une bière.
Mais voilà, je ne peux pas lui révéler tout de go que l’alcoolisme est un vilain défaut et que si pour certain c’est les fraises tagada, pour moi c’est la bière et le whisky.
Je sors de cure, je suis abstinent depuis un mois et encore sous antidépresseurs.
Mais tout va bien, tu es vraiment tombée sur la bonne personne ma fille!
Bientôt je sortirais les violons et lui expliquerait que je suis malade.
Tout ça c’est à cause d’un traumatisme affectif que le psy n’arrive pas à démêler, gnan gnan gnan.
Et alors elle aura son petit coeur de mère qui se mettra à battre un peu plus fort et elle aura envie de me serrer contre elle, de me faire un câlin: là, là, je suis là maintenant, tout ira bien.
Transition, fondu au noir, changement de ton, attention, ça vire au tragique.
C’est exactement ce que je recherche au fond. On va arrêter de se mentir, non?
J’ai envie de retrouver la main de ma mère qui passe et repasse dans mes cheveux alors que je suis assis à ses pieds, docile, entre ses genoux, petit chat égaré.
Il n’y a rien qui ne me manque plus et rien qui ne pourrait autant m’apaiser, me tranquilliser, me faire renoncer à boire et à mener en bateau des pauvres femmes percluses de solitude. Seules à en crever comme je le suis, bien qu’accompagné.
Seul comme un chien qui en voulant s’affranchir de tout en a perdu sa capacité à aimer, à commencer par s’aimer soi même.
Recroquevillé et replié en position fœtale avec mes seules jambes sous mon ventre pour me tenir chaud, outrageusement grimpé sur mes ergots pour afficher cet air supérieur lors de ces rendez vous pipés, je suis un coq de basse cour sans basse cour, un hidalgo argentin en basse Saintonge et pour paraphraser Giono et Pascal ( le philosophe, pas le grand frère!) un roi sans divertissement.

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