Insomnies

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Elle vole dans les airs, libre, Les ailes tendues le bec au vent, Au gré des quatre saisons, Avec le choix des pâturages, Et, des compagnons de rencontre. La liberté et le plaisir de ... [+]  [+]

Image de Été 2020

Le bruit des sirènes s’entendait au loin. L’alerte avait été donnée vers 20 h par un locataire. Il a vu les containers à ordures ménagères brûler en bas de l’immeuble.

Les pompiers arrivés sur place avaient déroulé la lance à incendie. Un petit groupe de résidents s’était formé en retrait, observait la scène, très en colère.

L’odeur du plastique brûlé a persisté, longtemps après le départ des pompiers. Le feu avait dessiné des ombres noires sur les murs du bâtiment extérieur de l’immeuble.


Cette nuit-là, madame Li Than a appelé ses parents en Chine.

Il était 22 h quand j’ai entendu sa voix venant du balcon d’à côté. Au début, ce n’était que quelques chuchotements étouffés. Maman n’arrivait pas à dormir. Elle avait pris son somnifère.
Elle avait toujours du mal à s’endormir. Les somnifères ne faisaient plus d’effet. Je suis restée à son chevet.

Madame Li Than parlait en chinois. Sa voix était monocorde. Aucun cri, le son de sa voix n’était ni plus haut, ni plus bas. On aurait dit le bourdonnement d’une abeille…

Pour la première fois, maman a réussi à fermer ses paupières. Son visage était apaisé. Je me suis allongée près d’elle.

La sonnerie m’a tirée de mon sommeil. Je me suis levée pour éteindre le réveil dans l’autre pièce.
Après avoir pris ma douche, je suis allé dans la cuisine préparer le café…

Quand, je suis sorti de l’immeuble, pour aller travailler. L’odeur du plastique brûlé était encore présente. Je me suis dirigé vers l’arrêt de bus.
Il ressemblait à une sculpture. Il ne restait que son ossature. Les vitres étaient en menu morceau éparpillé sur le sol.
Le bus est arrivé. Je suis monté à l’intérieur.

La semaine s’était écoulée, nous étions vendredi. Maman allait mieux, elle semblait calme, reposée.
Je lui ai demandé de faire son ragoût de bœuf pour ce soir.
Elle m’a donné la liste des courses pour préparer le dîner. J’étais contente, cela faisait quelques mois qu’on mangeait des plats déjà prêts achetés au supermarché.

Quand je suis rentrée. J’ai déposé la viande de bœuf et les légumes sur le plan de travail. Je suis allé prendre ma douche.

Après le dîner, maman m’a demandé d’apporter du ragoût à madame Li Than.

Je lui ai dit :
— Maman, tu ne connais même pas cette dame.
— À force de l’écouter, je commence à la connaître. Je l’entends chaque soir parler de son pays natal.
— Maman, tu dis n’importe quoi !
— Non, madame Li Than me parle tous les soirs, c’est une petite abeille.
Elle me raconte son pays. Quand les arbres frissonnent, que les fleurs le jour se dressent fières et pimpantes et s’endorment la nuit, en refermant leurs corolles. Elle dit que la rivière sort quelquefois de son lit, pour venir à la rencontre des roseaux, que leurs corps se plient, pour la saluer et bien d’autres choses.
Chaque nuit, elle me décrit des histoires de son pays. Les montagnes aux pierres anguleuses, les petits chemins invisibles à l’œil nu,
jusqu’aux versants escarpés. Elle chuchote que le vent sculpte leurs silhouettes délicatement, prenant soin de ne pas écorcher leurs corps.
— Maman, tu me racontes des histoires, tu ne parles même pas chinois !
— C’est vrai. Aussi vrai que je comprends tout ce qu’elle dit.
Tu vas lui déposer ce ragoût, je l’ai mis dans le tupperware, tu lui donnes. Tu peux lui dire de le garder, j’en ai d’autres.

Je suis allé déposer le tupperware chez madame Li-Than et je suis rentrée.

Nous avons passé un bon week-end. Maman a fait des gâteaux au miel. Chaque soir, elle s’endormait comme un bébé.

Dimanche soir, j’ai jeté à la poubelle les somnifères que le docteur lui avait prescrits sans un regret.
Ils n’ont jamais prouvé leur efficacité.

Lundi, je suis allé au boulot avec des pâtisseries orientales pour mes collègues, maman avait insisté pour leur offrir.
Je les ai déposées dans la salle de pause avec un petit mot, « servez-vous de la part d’Alya ».

Mardi, on était dans la cuisine, maman et moi occupées à éplucher les légumes pour la soupe. Quand la sonnette a retenti.

Maman s’est levée pour aller voir qui venait sonner chez nous. Je l’ai entendue parler à quelqu’un.
Je suis venu voir ce qui se passait. C’était le voisin, monsieur Garrido. Il était rouge de colère.

Je lui ai demandé ce qui se passait. Il m’a dit :

— Votre mère refuse de signer la pétition contre madame Li Than pour nuisances sonores. Elle téléphone tous les soirs tard dans la nuit jusqu’à l’aube.
Je l’entends de chez moi, je ne suis pas le seul à l’entendre.

— Oui, j’ai refusé. Je ne veux pas signer votre pétition. Pourquoi, vous ne feriez pas une pétition contre le vandalisme que nous subissons chaque soir qui nous pollue la vie, celle-là, je la signerais bien volontiers.

Monsieur Garrido a tourné les talons. Il a dévalé les escaliers, il avait l’air mécontent…
J’ai pris maman dans mes bras. Je ne lui ai rien reproché.
Elle trouvait le sommeil avec la voix de madame Li Than. Même si je doutais qu’elle comprenne le chinois.
J’ai refermé la porte d’entrée…

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Eva Dayer · il y a
Une immersion dans cet immeuble, des gens qui s'écoutent et se comprennent au-delà des langues et des voisinages plus difficiles ... Un texte sensible, qui interpelle .
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Zouzou Zouzou · il y a
Beaucoup d'empathie dans votre texte, et comme çà fait du bien !
en lice poésie, si vous aimez...

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Angel · il y a
Merci
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jc jr · il y a
J'ai apprécié Alya et Madame Li Than avec sa voix à l'étrange pouvoir thérapeutique. Un texte plein de douceur sur le mélange des cultures au-delà de la compréhension. JC
Si le cœur vous en dit, venez me voir dans mon échoppe...

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Angel · il y a
Merci, je n'y manquerai pas.
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Halima Flima · il y a
toujours de bonnes idées pour faire voyager les lecteurs !
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Angel · il y a
Merci
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Randolph B. · il y a
Un texte fort, émouvant et bien écrit, bravo !
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Angel · il y a
Merci
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Tnomreg Germont · il y a
La difficulté de vivre dans ce monde...
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Angel · il y a
Merci
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Isa D · il y a
Merci pour cette très belle histoire. Elle est simple mais contient beaucoup.
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Angel · il y a
C'est gentil, merci.
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Paul Marie · il y a
elle est belle votre histoire, douce et forte a la fois, bravo
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Angel · il y a
Merci pour elle.
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jusyfa *** Julien · il y a
Joliment écrit, un texte qui donne à réfléchir...
Julien.

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Angel · il y a
Merci
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Ombrage lafanelle · il y a
Très émouvant. De la bienveillance cela fait du bien ☺️
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Angel · il y a
Merci

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