Inconscient

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Quand les mots me prennent Par le coeur, ils m'entrainent Dans mes rêves, mes peurs puis je les dépose, douce rumeur Aujourd'hui je vous les livre Vous me lisez vivre Ne soyez pas trop  [+]

Noir.
La lumière s'accroit tandis qu'un feu s'allume dans l'âtre. On n'entends que le râle des flammes léchant les buches et le ronronnement d'un chat se prélassant sur une peau de bête posée devant la cheminée. L'odeur des braises est bientôt rejoint par celle du tabac pour pipe de l'oncle Yvanoë. Celui-ci tire à grande bouffée sur son ouvrage en bois de santal et se laisse doucement s'enfoncer dans le gros fauteuil en cuir matelassé.
Et tandis qu'il commence son récit fabuleux, mon esprit s'embrume en regardant le ballet rougeoyant qui se déroule sous mes yeux fatigués.
Mes yeux s'ouvrent sur un navire plus vrai que nature. A mes côtés se tient mon oncle qui, malgré les années en moins, est reconnaissable à sa pipe dont il ne se sépare jamais.

Alors que mon regard ne peuvent se défaire de la parade amoureuse de deux mouches sur le pont, mon esprit lui, n'est plus là. Il voyage en ces eaux troubles que l'on appelle inconscient. Peut-être son nom lui vient du fait qu'il faut être fou pour s'égarer en pareil contrées. Des villages entiers habités de démons et de sorcières, regorgeant de mille pièges affreux pouvant retenir un homme fort comme un taureau. Alors une petite fille... mais que fait cette petite fille fait là, c'est bien trop dangereux ! Petite fille, sors de là ! Tu vas te noyer dans ces océans profonds et jamais tu ne pourra atteindre la rive.
Mais il est trop tard, elle ne m'entends pas. Son pied à fait le pas de trop et je la vois se faire engloutir dans la masse des souvenirs. Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai couru, j'ai sautée et je me suis perdue.
Où suis-je ? Il fait noir. Tout à coup, la lumière s'allume. Une salle de classe. La fillette est là, au dernier banc, elle n'a pas l'air de me voir. Elle a les bras croisé, sa petite tête reposant négligemment dessus. Elle le regarde à peine, ce professeur dont la voix lui rappelle les aboiement d'un gros toutou, sa barbe mal rasée lui donne un air d'Homer Simpson mais en moins drôle, beaucoup moins drôle... mais voilà que la cloche sonne et elle s'enfuit en courant à travers les couloirs. C'est la récré. Les autres enfants jouent aux billes, s'échangent des cartes ou se disputent la balle. Loin de ces jeux, elle cherchent les feuilles les plus bourgeonnantes de vie afin de confectionner la maison la plus délicieuse qui soit pour les coccinelles qu'elle trouve. Elle a l'air seule mais en même temps c'est comme si elle n'était pas vraiment là, personne ne semble la remarquer. Elle ne se sent pas remarquable.

Noir

Devant eux, une colline laissant entrevoir une brèche à plusieurs mètres de hauteur et des champs à perte de vue. Derrière eux, un monstrueux et gigantesque tas de corps en décompositions avançant tel un seul homme droit dans leur direction. Ils sont foutus. Tel des biches apeurées ils courent droit devant eux. Se dresse une porte et son chambranle, rien d'autre. La poignée est sculpté avec précision, ornée d'une tête de loup. Elle se tient là, au milieu de rien si ce n'est une mort assurée. Il ouvre la porte, elle s'y engouffre le tenant par la main. Il ferme la porte derrière lui. Elle est broyée sous le pas d'une multitude de cadavres animés. Ils sont déjà loin, dans l'espace et le temps.
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