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In Extremis

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Cyrano

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Je n’avais aucune idée de la façon dont j’avais atterri là, ni pourquoi. Je tentais au début d’essayer de comprendre, de trouver une explication à ce que je vivais mais rien ne me venait à l’esprit. Aucune réponse, aucun souvenir de ce qui avait précédé le moment où je m’éveillais dans ce lieu. Comme pris dans un brouillard, j’avançais malgré tout dans l’inconnu qui me tendait les bras.
Avec le temps, je m’habituais à vivre dans cet endroit exigu, humide et ou le calme et le silence régnaient en maîtres absolues.

Par moment, j’entendais des bruits provenant de l’autre côté de ma cellule. Un ailleurs que je ne connaissais pas, un ailleurs qui me semblait différent du mien. Parfois des voix, de la musique, une multitude de son que je n’arrivais toujours pas à distinguer précisément. Une image flou de ce monde se dessinait dans mon esprit et je n’avais qu’une envie : y aller.
Mais comment faire ? Comment sortir d’ici alors que je ne savais même pas comment j’y étais entré ? Les voix des geôliers autour de moi me rappelaient sans cesse que je n’étais pas maître de mon destin et que pour passer de l’autre côté, il me fallait passer par eux.
J’avais envie de découvrir ce monde mais l’habitude d’être ici me gagnait et la peur de cet extérieur que je ne connaissais que trop peu, se faisait de plus en plus présente à mesure que les jours avançaient.

Bien plus qu’avant, je les entendais parler de moi. Leurs voix me parvenaient toujours avec peine mais je savais que c’était de moi dont il s’agissait. J’étais au centre des préoccupations et des interrogations. En plus des innombrable voix que j’entendais d’habitude, d’autres bruits inconnus venaient remplir mon espace silencieux. Je ne savais pas ce qu’ils me voulaient. Pourquoi tout d’un coup, alors que jusqu’à prend je m’étais toujours tenu tranquille, ils avaient changé leur comportement avec moi ?
Un jour alors que je m’éveillais à peine, je senti une pression autour de mon cou. Un cordage meurtrier y avait été noué. Je ne comprenais pas pourquoi. J’essayais tant bien que mal de le retirer, de me dégager de cette emprise mais à mesure que je bougeais, l’étreinte se resserrait. Je continuais malgré tout à me débattre avec l’idée que ma persévérance pourrait payer et que je sortirais vainqueur de cette affrontement. Avec l’énergie du désespoir, je tentais de glisser mes mains entre le cordage meurtrier et mon cou mais l’espace y était trop petit, aucune saisie possible. Je m’agitais dans tous les sens, implorant à mes geôliers de me venir en aide mais mes cris de détresse restèrent lettres mortes. Je suffoquais, mes forces me lâchaient de plus en plus.

J’entendis soudain un râle de l’autre côté, les voix se mêlaient les unes aux autres dans un vacarme assourdissant. Je ne savais pas ce qui s’y passait mais j’espérais qu’ils venaient à mon secours. Je perdis peu à peu connaissance, l’étreinte autour de mon cou avait réussi à couper l’afflux de sang dans mon cerveau. Mes dernières pensées allèrent vers cet ailleurs qui avait alimenté mes journées d’innombrables sons. Je repensais avec nostalgie aux images que je m’étais faîtes de cet endroit qui semblait offrir bien plus que ce que je pouvais avoir ici. Sans plus d’énergie, mes bras fébriles retombèrent le long de mon corps. Mes yeux mi-clos replongèrent une dernière fois dans cette lumière pâle qui aura été mienne durant tout ce temps.

Quelque chose d’étrange se passa soudain, un vif point lumineux vint déchirer l’atmosphère ambiante. Il dessina vers moi un tunnel vers lequel je me sentais attiré et aspiré. Il s’agrandissait de plus en plus et d’un coup, ma cellule fut entièrement baignée d’une lumière vive. Je senti une main, puis deux, me saisir et me tirer vers elles. Le cordage était toujours autour de mon cou et d’un geste vif, l’une des mains, le retira. Je pris une grande inspiration et sentis l’air frais envahir mes poumons. Cette libération et ce passage dans ce nouveau monde furent tellement brutaux que je ne pus m’empêcher d’émettre un cri qui déchira l’atmosphère. J’ouvris grand les yeux mais ne distinguais rien, hormis des formes abstraites qui gesticulaient autour de moi. Les voix s’étaient toutes tues, comme voulant profiter de ce que j’avais à dire et seuls mes cris remplissaient l’espace.

Je fus transporté dans une autre pièce. Des personnes autour de moi s’activaient et me bougeaient dans tous les sens. Les bruits étaient plus forts et l’intense clarté de la pièce m’obligeait à fermer les yeux. Je repensais avec nostalgie à ma prison, où tout n’était que calme et sérénité.
Je fus de nouveau transporté dans une autre pièce et là j’entendis plus distinctement une voix qui m’était familière.
— C’est lui ? dit avec calme la voix.
— Oui monsieur, on a agit juste à temps, le cordon ombilical était beaucoup plus serré que ce qu’on avait vu à l’échographie. Heureusement, il va très bien et votre femme aussi. On va bientôt la conduire en salle de réveil. Installer vous là et enlevez votre chemise. Vous allez le prendre contre vous...voilà...comme ça...qu’il entende bien votre cœur et ressente votre chaleur.

J’entendis la voix au-dessus de moi me parler à travers des sanglots et m’appeler Victor. J’étais passé de l’autre côté et, maintenant, j’allais pouvoir découvrir ce que ce monde avait à offrir.

PRIX

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Nicolas Privat · il y a
Bravo ! Belle surprise.
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Elena Hristova · il y a
je me suis laissé prendre au jeu, et vous m'avez bien tenue en haleine jusqu'à la délivrance finale, chapeau!
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Marie · il y a
Touchant !
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Sylvie Talant · il y a
Je ne m'attendais pas du tout à cette chute ( bien que j'aie eu la même idée au concours " au féminin com avec mon texte " Cataclysme ' ( pas la peine de voter pour " Cataclysmes " son concours est passé et là je participe, comme tout le monde, à la Matinale ) Pour en revenir à In Extremis, l'écrtiure est maîtrisée, efficace. Mes votes.
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Jean Calbrix · il y a
Un joli texte avec une chute inattendue ! Bravo, Cyrano ! +5
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Pascal Depresle · il y a
Sans la chute je partais moi aussi dans une mauvaise direction. Bravo, mes votes. Aimerez vous "l'invitation" et "reflets" ? Ou Tropique dans un tout autre genre.
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Klelia · il y a
J'ai vraiment cru à un prisonnier... bravo pour l'illusion ! Bienvenue à ce bébé malgré un début angoissant ..
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Béatrice Gloda · il y a
:-) Je me suis fait avoir, je ne m'attendais pas à ce thème mais à celui d'une mise à mort d'un condamné ! Peut-être peut-on d'ailleurs l'interpréter un peu comme ça aussi....
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Cyrano · il y a
: -) Effectivement on peut aussi l'interpréter comme une mise à mort jusqu'au dernière phrase qui nous font totalement changer de régistre.
Merci d'avoir parcouru mes lignes.

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Martin · il y a
Un glissement imperceptible et très inattendu (pour moi) vers ce final qui permet de reprendre son souffle. Bravo
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Cyrano · il y a
Merci beaucoup Martin et heureux de savoir que le final a bien fonctionné.
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette œuvre qui nous touche profondément, Cyrano ! Mes votes !
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