Impersonnel

il y a
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Pour toi, lecteur, lectrice, qu'est-ce qui va bien pouvoir te plaire dans mes très courtes histoires ? Cherche ! Et tu m'en diras des nouvelles. Merci de me lire  [+]

Les deux hommes contemplent une dernière fois le champ qu’ils viennent de moissonner. Lorsque la poussière est retombée, le spectacle est magnifique, les fétus d’or dansent encore et tournoient. Qui a dit qu’ils ne valaient pas grand-chose ? Qui a dit qu’ils étaient sans valeur ? Leur couleur, leur mouvement, leur légèreté laissent admiratifs le père et son fils.

- Tu rentres ou tu vas voir ta conquête ?  demande Jacques.

- Il rentre, il est célibataire, répond Dominique.

Soucieux, Jacques remonte dans la moissonneuse et Dominique enfourche sa 50cc, torse nu, couvert de sueur, en jeans pattes d’éléphant, les filles se retournent sur son passage. A quarante ans, il est tellement beau que l’on pourrait le comparer à un « Robert Redford » des années 70. Une petite accélération devant chez Floriane pour lui montrer sa rage au cœur. Un petit coup de klaxon devant chez sa sœur Catherine pour lui signaler son retour des champs. Arrivés à la ferme, le père manœuvre la machine agricole sous le hangar et Dominique range sa moto dans le garage puis, en entrant dans la cour, ils se rafraîchissent les mains et se jettent de l’eau au visage. Depuis que Léontine est décédée, ils dînent tous les soirs la même chose, un steak frites petits pois avec de la mayonnaise. Malgré cela, ils ont un bon coup de fourchette et le travail dans les champs creuse l’appétit. Après avoir mis sécher la vaisselle sur l’égouttoir, ils s’installent dans les fauteuils devant le téléviseur. Habituellement, Jacques s’endort au bout de dix minutes mais ce soir, impossible, la présence de son fils le contrarie :

- Pourquoi es-tu célibataire ?  

Pensif, Dominique tire quelques bouffées de sa cigarette blonde puis consent à répondre au paternel :

- Eh bien , il ne comprend pas, y s’interroge, pourtant y partait bien en vélo quand il faisait noir, il prenait bien les contours du giratoire, y passait par le bout du village, y passait par le cimetière, y n’a jamais été pris. Toujours à l’affût, il n’a jamais croisé personne. 

Jacques tapote de la main sur le guéridon :

- Bah ! Une de perdue, dix de retrouvées ! 

Le fils s’agace :

- La Floriane ! C’était la première ! Il n’en a jamais eu avant, elle lui a tout appris et il n’en pouvait plus ! Elle était gentille et il aimait bien lui faire des cadeaux. Elle faisait bien à manger, elle lui faisait couler des bains chauds avec des bougies tout autour et il avait de la mousse jusqu’aux oreilles ! Elle lui disait qu’il était bel homme ! 

Bienveillant, le père le conseille :

-  Il faut y retourner ce soir, tu mets ton costume du dimanche et hop, emballez, c’est pesé ! 

Impatient, Dominique croise et décroise les jambes, puis se dirige vers la vieille garde-robe en se réjouissant :

- Il va mettre sa belle chemise en soie rouge, son pantalon en velours noir côtelé , ils lui vont toujours, y va mettre du parfum et des bijoux. 

Dans la belle nuit étoilée, il traverse le village, ni vu ni connu, en respectant bien les détours afin de ne pas être surpris. Il ouvre le portillon de la petite maison et pose son vélo sur la haie. Doucement , il frappe à la porte et Floriane, en nuisette, lui ouvre :

- Que fais-tu là ? Je t’ai dit que c’était terminé et c’est quoi cet accoutrement ? Ce n’est plus d’époque ! 

Dominique reste interloqué dans l’encadrement de la porte, il ne comprend pas la réaction de Floriane qui, il y a quelques jours encore, le complimentait :

- C’est pour toi qu’il s’est fait beau ! Et pourquoi elle dit que c’est terminé la jolie fleur des champs ? 

La jeune femme en a assez et tente de lui faire comprendre en répliquant :

- Elle aimerait bien que tu ailles te coucher et que tu arrêtes de parler à la troisième personne ! 

Il s’écarte de la porte en riant et s’exclame :

- Mais Floriane ! Il n’y a pas de troisième personne! On n’est que deux !
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Ginette Flora Amouma · il y a
La communication n'est certes pas facile !!
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Françoise Desvigne · il y a
Oui, l'illéisme est difficile à comprendre et à écrire :-) Merci Ginette.

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